Oui, c’est bon, le saumon d’élevage de chair bien orange grâce au bêta-carotène qu’on ajoute à son alimentation (comme on donne des micro-algues aux huîtres pour les verdir). En 1986, on en produisait 59 000 tonnes par an ; c’était un produit de luxe. Aujourd’hui, on en consomme 20 fois plus. Sachant que ce carnivore ingurgite l’équivalent de 3 fois son poids en poisson pour arriver à maturité, « pas étonnant que la mer se vide de ses habitants !» diront certains. Cependant, la proportion de poisson dans les farines avec lesquelles on le nourrit tend à baisser grâce à l’utilisation croissante de protéines végétales.
Cf. l'article Cultivateur d'océan
Dans la seconde moitié du XXe siècle, le secteur de la pêche a perdu environ la moitié de ses bateaux et 10 000 emplois chaque décennie. Par ailleurs, il y avait 2 millions de vacanciers sur les côtes françaises en 1937 ; ils sont plus de 50 millions aujourd’hui, et le chiffre d’affaires du tourisme littoral est 12 fois supérieur à celui de la pêche ! Comme les supermarchés ont petit à petit chassé les épiceries, les navires-usines ont raréfié marins et chalutiers, conduisant à ce que le géographe André Vigarié a appelé la « démaritimisation » du littoral. Or le touriste apprécie l’ambiance des petits ports aux bateaux chamarrés. Françoise Péron note même qu’un patrimoine maritime semble se recréer, avec de nouveaux usages attirant " des groupes sociaux de plus en plus larges qui viennent chercher au contact de la mer ... un plaisir des sens, un sentiment de dépaysement appuyé sur l’envie complexe de refuge et d’évasion." Espérons donc que les familles de pêcheurs sinistrées trouvent dans cette nouvelle vague une digne reconversion sans que sombre dans l’oubli leur grande histoire.
Cf. Les Français, la terre et la mer - XIII° - XX° siècle, A.Cabantous, A Lespagnol, F. Péron, Fayard 2005
Pourquoi Pas ? Drôle de nom pour un navire ! Pourtant le commandant charcot, qui permit à la France d’être à la pointe de l’exploration océanographique au début du XXe siècle, a lui-même navigué à bord de quatre bateaux du même nom. En baptisant ainsi le fruit de leur collaboration, la Marine nationale et l’Ifremer ont rendu hommage au fondateur de l’océanographie française... et aux esprits audacieux. Son laboratoire de 950 m2 peut accueillir une quarantaine de scientifiques chargés de mieux comprendre les mécanismes physiques, biologiques et géologiques des océans, de cartographier leurs fonds et d’étudier des sites encore inexplorés à l’aide de vedettes et de petits sous-marins. construit aux chantiers de l’Atlantique et lancé en septembre 2005, le Pourquoi pas ? a déjà effectué plusieurs campagnes scientifiques, en mer de Norvège, aux Açores et dans le golfe de Gascogne. En mars, il devrait avoir rejoint Achadze, au large des Antilles, le plus profond site hydrothermal actuellement connu
® O.Barbaroux / IfremerLe Conservatoire du littoral a été créé en 1975 en réaction à la prolifération des constructions en bord de mer. Son rôle consiste à acquérir des terrains côtiers et à déterminer « la manière dont doivent être aménagés et gérés les sites qu’il a acquis pour que la nature y soit aussi belle et riche que possible ». Onze ans plus tard, une loi « littoral » a été votée pour réglementer ces aménagements mais, comme le remarque Michel Houdart (Ifremer), « le législateur n’a pas jugé nécessaire de définir son pendant marin ». Il a fallu attendre 2000 pour que les directives européennes se soucient de l’état des eaux côtières. Il faut dire qu’aux yeux du baigneur, la mer n’est essentiellement qu’un beau paysage à conserver... jusqu’à ce qu’il s’inquiète par exemple de l’augmentation des « marées vertes », c’est-à-dire de la prolifération des ulves (ou laitues de mer), algues friandes des nitrates issus de l’agriculture intensive. Préserver l’environnement côtier ne rendra pas pour autant les plages immuables car vents et marées les modifient sans cesse et, selon les prévisions du Groupe intergouvernemental sur l’évolution du climat, le réchauffement du climat pourrait élever le niveau de la mer de plusieurs dizaines de centimètres d’ici à 2100.
Documents "littoral" à télécharger sur le site de l'Ifremer http://www.ifremer.fr/env[...]htm#4
Des mesures océanographiques très précises sont aujourd’hui réalisées grâce à des ondes émises dans l’eau par des navires ou depuis l’espace par des satellites. Elles permettent de cartographier en détails les fonds marins et de détecter des variations du niveau moyen de la mer de l’ordre du centimètre, ce qui contribue à mieux connaître les courants. Pour déterminer la hauteur des fonds sous votre barque, vous pouvez faire plus simple, comme John Brooke (lieutenant de l’ U.S. Navy en 1853) avec son « fil à plomb perdu » : prenez une ligne graduée avec un crochet à son bout et placez-y un plomb ; trempez, déroulez... et hop ! quand le plomb se décroche, c’est qu’il a touché le fond. Il n’y a plus qu’à observer la longueur de la ligne mouillée... et à récupérer le plomb .
Vous pouvez aller voir TOPEX / POSEIDON (satellite océanographique) et JASON, un tandem franco-américain en orbite pour mieux décrypter les océans sur le site du CNES.
Il existe également un site dédié à JASON et à l'altimétrie spatiale pour les novices.
Une vidéo de l'Université de tous les Savoirs traite également de ce sujet.
Le romancier Alphonse Allais a écrit « La mer est salée parce qu’il y a des morues dedans. Et si elle ne déborde pas, c’est parce que la providence, dans sa sagesse, y a placé aussi des éponges. » Plus sérieusement, on ne connaît pas bien l’origine des 35 grammes de sels contenus en moyenne dans un litre d’eau de mer (sels au pluriel, car il n’y a pas seulement du chlorure de sodium). Ce n’est pas la chaleur du Soleil, comme on l’a pensé au Moyen Âge en constatant que chauffer l’eau de mer fait apparaître le sel (la chaleur évapore l’eau, certes, mais elle n’augmente pas la quantité de sel !). Il s’agit plus vraisemblablement d’un apport en minéraux par l’action de pluies acides et par le ruissellement des eaux sur les roches, il y a 4 milliards d’années. L’atmosphère fut alors suffisamment refroidie pour que la vapeur d’eau s’y condense et dissolve le chlore et des gaz corrosifs rejetés par un volcanisme encore intense. Quant aux morues, il n’y en a plus beaucoup, tant elles ont été pêchées.
© OhazarComme l’indique Françoise Péron (Université de Bretagne occidentale), la mer a longtemps laissé libre cours à un imaginaire peuplé de monstres, signes du dérèglement du monde et de la folie des hommes. Vers 1850, on entreprit de sonder les mers. Le naturaliste anglais Edward Forbes, observant la raréfaction des espèces avec la profondeur, déclara que la vie n’avait plus cours au-delà de 600 mètres. conclusion hâtive, car l’absence de limite à l’étendue de la faune fut établie peu après. Avec Michelet, Hugo et Verne, la littérature romantique redonna vie aux monstres mythiques inspirés de grands spécimens tels que l’ Architeutis (calmar géant) et des êtres étranges découverts dans les abysses. Bien que des nouvelles formes de vie aient été récemment découvertes dans les fonds océaniques, autour des sources hydrothermales, la faune marine pourrait ne plus réserver de surprises de grandes tailles. Cependant, « au fond de notre esprit, l’océan conserve son mystère », ajoute F. Péron ; peut-être les fictions telles que les Dents de la Mer ou Godzilla sont elles moins là pour nous évoquer ses dangers que pour continuer d’incarner nos craintes de transgression d’un ordre naturel.
par Olivier Néron de Surgy et Marie Demathieu
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