Glossaire

Un excellent glossaire relatif au littoral est proposé sur www.ens-lsh.fr

Le paysage n'est pas seulement l'aperçu d'un lieu ; c'est aussi l'ensemble des marques imprimées par l'Homme sur la nature pour faire de ce lieu son habitat.

microphytobenthos : petits ( micro, en grec ancien) organismes végétaux ( phyto) vivant au fond de l'eau ( benthos).

Une baie ostréicole gérée par informatique

Huitres © PhotoAlto

La baie de Bourgneuf, en Vendée et en loire-Atlantique, contient des vasières propices au développement de microphytobenthos, algues unicellulaires dont se nourrissent certains mollusques. On y produit chaque année 10 000 tonnes d'huîtres commercialisées par environ 300 entreprises. Richesse naturelle et activité humaine intense ont fait de cette baie un lieu d'études privilégié pour les chercheurs. le Pôle Mer et littoral de l'Université de Nantes (voir p. 16) s'est récemment mobilisé autour de Marc Robin, directeur de lETG (un groupement de laboratoires associé au cNRS), et de l'équipe Géolittomer sur un projet pluridisciplinaire de modélisation de la baie. le modèle issu de ce projet est une mise en équations reliant de nombreux paramètres variables tels que la salinité de l'eau, la concentration de certains produits polluants, la répartition spatiale, la quantité et le taux de croissance du microphytobenthos et des huîtres, le nombre d'ostréiculteurs, leurs chiffres d'affaires et bénéfices... Il permet de prédire les variations de certains de ces paramètres lorsque les autres sont modifiés. Il peut fournir ainsi un outil informatisé d'aide à la décision pour améliorer durablement les rendements de l'ostréiculture locale. Bien qu'il ne s'applique qu'à cette seule activité, il constitue une mise en pratique du concept de gestion intégrée des zones côtières. l'estuaire de la loire fait aussi l'objet d'une telle application, mais avec une complexité plus grande puisque, dans un espace plus vaste, davantage d'activités humaines et de phénomènes naturels sont pris en compte. les études géographiques jouent un rôle essentiel dans ce type de projet. Elles s'appuient notamment sur des images prises par satellite ou par avion. Si le géographe a comme première mission d'établir des cartes en leur associant des données diverses (ensoleillement, taux de pollution, types de sol, population, productions etc.), il met aussi en relation ces données pour estimer les conséquences d'un changement sur le terrain, par exemple l'impact de l'urbanisation d'une zone littorale sur la qualité des eaux côtières.

Microphytobenthos dans la baie de Bourgneuf

© J.-P. Combe / LPGN / EMI

L'image ci-contre indique la répartition de densité de microphytobenthos (en surface, à marée basse et en milligrammes par mètre carré). La richesse de la vase en micro-algues décroît en allant du rose vers le bleu. Elle est élevée près des cours d'eau venant de terre. Ces données ont été obtenues grâce à des images prises depuis un avion et traitées par le Laboratoire de planétologie et de géodynamique de Nantes (équipe du Pôle Mer et Littoral dont le traitement d'images est l'une des spécialités). Elles permettent de réduire le nombre de prélèvements longs et coûteux sur le terrain pour mieux déterminer les relations entre le microphytobenthos et l'implantation des parcs à huîtres.

Littoral et bassin versant

Les littoraux sont des espaces particulièrement exposés. Côté terre, l’érosion due aux vagues, aux courants et aux vents modifie sans cesse le trait de côte, ce qui conduit l’Homme à multiplier les digues. Côté mer, les eaux côtières (qui hébergent la plupart des espèces marines animales et végétales) réceptionnent aux environs des estuaires ou des deltas les eaux ayant coulé sur les terres et chargées des produits que l’Homme y déverse jusqu’à des milliers de kilomètres en amont. Le bassin versant d’un estuaire est la région terrestre couverte par tous les cours d’eau qui aboutissent à cet estuaire.

©RC2C
En complément...

Pour avoir plus d'informations sur les bassins versants, un site canadien destiné aux jeunes : http://www.mddep.gouv.qc.[...]x.htm

DOSSIER
L'homme et la mer

L'homme sur le littoral

Puzzle côtier

Les littoraux s'urbanisent et les activités humaines s'y multiplient. Cette évolution est source de dommages sur l'environnement et de conflits qu'il s'agit de réduire avec une nouvelle méthodologie scientifique et une approche basée sur la concertation.
par Jacques GUILLAUME, géographe, directeur de l’équipe Géolittomer de l’Université de Nantes.
Urbanisation de Matalascañas (Andalousie) © Tecnifoto Sur (Séville)
L'attraction de la mer

S ’il y a un lieu où l’Homme vit en prise directe avec la mer, c’est bien le littoral. Mais qu’est-ce que le littoral ? Un espace qui borde la côte, certes, mais qui n’a ni définition ni intérêt consensuel. L’écologiste y inclut la mer côtière avec sa faune et sa flore, ce qui n’est pas vraiment le cas du promoteur immobilier. Il existe néanmoins un constat largement partagé : la croissance et la multiplication des activités humaines sur les côtes posent problème. Des évaluations récentes indiquent qu’un sixième de la population mondiale réside à moins de 15 kilomètres d’une côte, la densité de la population côtière étant près de 5 fois supérieure à la densité moyenne globale (2,4 fois en France). Ce contraste tend à augmenter et s’accompagne d’une urbanisation croissante. L’extension des villes côtières est en partie due à l’essor du tourisme et des loisirs balnéaires, amorcé il y a 50 ans. Les transports maritimes ont aussi une responsabilité importante dans ce phénomène. Principaux supports des échanges commerciaux dans le monde, ils attirent sur les côtes et dans leurs arrière-pays beaucoup d’autres activités liées aux produits transportés : conditionnement, transformation, réexpédition etc. Dans les pays les moins développés, la croissance économique des littoraux attire les populations défavorisées mais peu de nouveaux résidents en profitent. Cette migration est souvent néfaste tant sur l’environnement que sur les conditions de vie, avec des bidonvilles qui se forment parfois et des déchets qui deviennent envahissants.

La naissance de la GIZC

Dans les pays occidentaux, c’est d’abord l’altération du paysage côtier par les constructions qui a engendré un malaise dans la société. Faisant suite au rapport Piquard de 1973 qui appelait à un aménagement raisonné des côtes, la loi « littoral » a été votée en France en 1986. Elle n’a pas cherché à entraver le développement des activités maritimes et littorales pour préserver l’environnement, mais à maîtriser l’urbanisation due à l’engouement général pour les ambiances de bord de mer. En fait, l’état français a adopté une politique sectorielle voulant développer une zone conchylicole ici, un complexe industrialoportuaire là, une réserve naturelle plus loin, une zone touristique encore ailleurs... tandis que les écologistes militaient au contraire (dans un élan parfois plus idéologique que scientifique) pour un retour à un état « naturel » des côtes peu acceptable par des populations locales demandeuses d’activité économique. Or le paysage ne se laisse pas ainsi morceler. Michel Piquard avait lui-même écrit dans son rapport : « L’aménagement du littoral ne peut faire l’objet d’une doctrine rigide et immuable. Les acteurs de l’aménagement sont par trop nombreux, les situations locales sont trop multiples ». C’est pourquoi une nouvelle approche est apparue nécessaire, donnant lieu à ce qu’on appelle aujourd’hui la gestion intégrée des zones côtières (GIZC). Né aux états- Unis en 1972, ce concept vise à développer les activités économiques de façon cohérente tout en préservant les ressources naturelles. Il tient compte des influences réciproques et complexes entre, d’une part, les diverses exploitations de la mer et ses rivages et, d’autre part, l’équilibre des milieux naturels concernés ; il requiert la concertation et la solidarité des différents acteurs publics et privés du littoral ainsi que l’avis de scientifiques en vue de décisions consensuelles ; ces dernières doivent être révisées en fonction de l’évolution des besoins humains et de l’état des ressources utilisées.

La gestion du littoral requiert la solidarité de ses différents acteurs

Les pratiques ne changent cependant pas du jour au lendemain. La GIZC n’en est encore qu’au stade d’expérimentations locales réunissant entrepreneurs, élus, associations et scientifiques. Dans notre région, deux zones servent d’atelier depuis quelques années : la baie de Bourgneuf et l’estuaire de la Loire. Quels qu’en soient les résultats à long terme, les acteurs locaux ont déjà gagné une vision plus globale des besoins. Quant aux problèmes scientifiques soulevés par la GIZC, ils impliquent des disciplines aussi variées que la biologie, l’océanographie, la géologie, la géographie, les sciences de l’ingénieur, les sciences économiques et sociales. Les échanges qui en résultent renforcent l’ouverture d’esprit des chercheurs et l’utilité sociale de leurs activités.

En complément...

Un regard d'historiens et de géographes sur les rapports à la mer de notre société : Les Français, la terre et la mer - XIIIe - XXe siècle, A. Cabantous, A. Lespagnol, F. Péron, Fayard, 2005.

Un petit ouvrage synthétique sur l'aménagement du littoral : Les littoraux entre nature et aménagement, A. Miossec, Colin-Sedes, 2004.

Pour connaître précisément les principes de la GIZC

Pour faire le point sur une notion dans l’air du temps mais pas vraiment récente un livre à noter : Quel avenir pour le développement durable ? de Dominique Bourg, Editions Le Pommier, 2002.

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