En 1609, Galileo Galilei a entendu parler d’une lunette
construite en Hollande. Il en réalise un exemplaire
perfectionné et le tourne vers le ciel. Un événement banal,
en apparence, mais dont le retentissement sera tel qu’on
le commémore aujourd’hui par l’Année mondiale de
l’astronomie.
Avant l’apparition de ce nouvel instrument, on disposait
déjà de mesures d’une grande précision, comme les tables
des positions de Mars léguées par Tycho Brahe, merveilleux
observateur à l’oeil nu, et sur lesquelles Johannes Kepler
a appuyé ses célèbres lois de mouvement orbital publiées
elles aussi en 1609.
Galilée observe tour à tour la surface accidentée de la
Lune, des myriades d’étoiles jusque-là invisibles, puis
quatre satellites de Jupiter qualifiés plus tard de galiléens.
Il découvrira par la suite l’aspect insolite de Saturne,
les phases de Vénus et les taches solaires. Quel bonheur
de lire "Le Messager des étoiles"(1) illustré de sa main !
Le savant pisan comprend aussitôt qu’il va ébranler les
piliers du savoir hérité des Anciens. En ce début du XVIIe
siècle, on enseigne encore que la Lune est d’une pureté
totale. Or Galilée trouve un sol lunaire aussi torturé que
celui de notre planète. Et surtout, les astres qui tournent
autour de Jupiter prouvent que la Terre n’est pas le centre
de tous les mouvements célestes !
Les attaques ne se font pas attendre : n’est-il pas victime
d’apparences trompeuses comme le parhélie(2) ? Devraiton,
à cause d’elles, remettre en cause des siècles de
certitudes ? L’instrument optique est-il un outil légitime
du savant ? Peu à peu, la lunette vaincra les réticences,
mais la conviction de l’immobilité de la Terre aura encore
de beaux jours devant elle...
Aujourd’hui comme hier, le perfectionnement technique
des instruments doit être accompagné d’une grande
ouverture d’esprit si l’on veut avancer dans la connaissance
du Monde.
Colette LE LAY, chercheur accueilli au Centre François-Viète
d’histoire des sciences et des techniques (Université de Nantes),
enseignante au lycée Guist’hau à Nantes
• (2) apparition d’une tache lumineuse provoquée par la
réfraction de la lumière solaire au travers de fragments de glace
en suspension dans l’atmosphère
• (1) Le Messager des étoiles - Seuil, collection Sources du savoir, 1992
Graphe de détection d’un transit planétaire par le satellite Corot © Observatoire de Paris / S. Aigrain et al.La détection de planètes en orbite autour
d’étoiles autres que le Soleil (exoplanètes)
a ouvert une nouvelle ère en astronomie au
début des années 1990, en inaugurant une
planétologie comparée entre différents systèmes
planétaires et en élargissant considérablement
le champ des recherches de vie extraterrestre.
Environ 350 exoplanètes ont été découvertes
depuis lors, au rythme moyen d’une par semaine.
Corot, le télescope spatial franco-européen
lancé fin 2006, et Kepler, celui que la Nasa vient
de lancer, devraient augmenter la cadence.
Au moins 7 % des étoiles déjà examinées
sont accompagnées d’une planète ou plus.
Les méthodes de détection reposent sur la
perturbation de la vitesse de l’étoile par les
planètes qui gravitent autour d’elle, sur la
variation de luminosité due au passage d’une
planète entre son étoile et la Terre (transit), ou
sur l’effet de « loupe gravitationnelle » d’une
planète sur les étoiles situées loin derrière
elle (sa masse incurve la trajectoire des rayons
lumineux qui la frôlent).
Les planètes géantes (plusieurs dizaines de
milliers de kilomètres de diamètre et au moins
25 masses terrestres) sont les moins difficiles à
déceler mais, début 2009, Corot a détecté une
« super-Terre » de rayon seulement 1,75 fois
celui de la Terre.
À la surprise des astronomes, certaines planètes
géantes sont environ 100 fois plus proches de
leur étoile que celles de notre système le sont du
Soleil. Les modèles de structuration des systèmes
planétaires permettent aujourd’hui d’expliquer
cette situation par une formation lointaine
de telles planètes suivie d’une migration vers
l’étoile (cf. "Et les planètes furent"). La question du caractère
plutôt standard ou plutôt marginal du Système
solaire a ainsi gagné de l’importance ; elle n’est
pas encore tranchée.
La grande affaire des observations est maintenant
de pouvoir prendre des images de ces planètes
et d’en faire des analyses spectroscopiques afin
d’étudier leurs atmosphères, leurs durées du
jour, leurs climats, etc. Des molécules telles que
CO2, HCN et H2O, impliquées dans la chimie du
vivant sur Terre, ont déjà été identifiées sur deux
d’entre elles, lors de transits.
Cet objectif est très difficile à atteindre car une
exoplanète est un million de fois moins brillante
que son étoile et apparaît à peu près collée
contre celle-ci. Il faut donc développer des
systèmes optiques de performances inédites
et des méthodes permettant de « masquer »
l’étoile. Des projets de spectroscopie à très
haute résolution devraient voir le jour dès les
années 2020. Peut-être ira-t-on alors jusqu’à
cartographier la surface des exoplanètes
Jean SCHNEIDER, directeur de recherche CNRS à l’Observatoire de Paris-Meudon
La formation des gemmes, pierres dites précieuses parce que belles et
rares, est due à des conditions géologiques particulières, propres à
chacune d’entre elles. La circulation de fluides (eau, CO2...) à travers les roches
joue souvent un rôle crucial.
Prenons l’exemple de l’émeraude, un silicate de béryllium (Be) coloré par du
chrome (Cr). Les éléments Be et Cr ne se trouvent pas habituellement dans
les mêmes roches, mais il arrive que des phénomènes géologiques mettent en
contact une roche à Cr (comme la péridotite, qui constitue le manteau terrestre)
et une roche à Be (par exemple un granite). Cela peut se produire lors de la
formation d’une chaîne de montagnes où différentes couches rocheuses sont
empilées les unes sur les autres par des processus tectoniques. À l’interface
des deux roches règne un déséquilibre chimique qui induit la migration de Cr
et de Be respectivement vers le granite et vers la péridotite. Cette migration
n’est cependant possible que via la circulation d’un fluide à l’interface. Be et
Cr peuvent être ainsi concentrés par ces fluides au niveau des discontinuités
rocheuses, puis cristalliser pour former des émeraudes.
De nombreux gisements de métaux, dont l’or, se forment également grâce à la
circulation de fluides (de l’eau, la plupart du temps) : souvent dispersés dans
les roches, les métaux s’intègrent facilement à l’eau si celle-ci vient à percoler
(traverser) le milieu rocheux. Une légère chute de température en tel ou tel endroit
peut y provoquer la précipitation du métal et former un filon très concentré.
Présente aussi sur Terre, l’olivine (ou péridot) forme de beaux cristaux dans
certaines météorites (les pallasites) ; elle est la seule gemme extraterrestre
connue. Néanmoins, parmi les autres planètes telluriques (Mercure, Vénus et
Mars, dont la structure est proche de celle de la Terre comparativement aux
autres corps du Système solaire), Mars est une bonne candidate pour receler
des gemmes et des filons de métaux précieux. Les traces de présence d’eau sont
en effet un argument favorable, mais, comme sur Terre, les gisements doivent
y être rares et difficiles à déceler
Benjamin RONDEAU, Maître de conférences, chercheur au LPGNantes (CNRS/Université de Nantes
© www.ohazar.comDans de nombreuses disciplines scientifiques, le bruit est le nom
couramment donné, par analogie avec le son, à un signal parasite
venant perturber une mesure. Plus exactement, il s’agit de la partie d’un
signal qui n’est pas expliquée par les théories utilisées ou qui paraît
dépourvue d’intérêt, surtout si elle semble aléatoire. Cependant, la limite
qui sépare la partie incohérente d’un signal de sa partie utile est difficile à
déterminer. Le bruit peut en outre avoir une cause précise et ne pas être dû
à un phénomène aléatoire. Suivant les types d’études, un signal donné peut
être intéressant ou constituer un bruit.
Dans le domaine de la sismologie, depuis le premier enregistrement d’un
tremblement de terre, en 1889, les signaux utilisés sont ceux qui sont attribués
aux différentes ondes émises par un séisme. Quand le déplacement du sol
est enregistré de façon continue, l’immense majorité du signal capté par les
sismomètres n’est pas liée à des séismes et n’est pas utilisée. Les vibrations
dues à la houle, les effets du vent dans les arbres ou ceux de nombreuses
activités humaines forment ce que l’on nomme « bruit sismique ».
Or, suite à des travaux menés récemment en acoustique, une partie du bruit
sismique se révèle être le signal caractéristique de certaines propriétés
physiques du sous-sol. Il est possible d’en extraire des informations en
corrélant (en reliant lors de traitements simultanés) les enregistrements de
ce bruit effectués en divers lieux. Ainsi les sismologues peuvent-ils désormais
étudier la nature des milieux souterrains situés entre leurs sismomètres en
l’absence de séisme.
Le déploiement récent de Resonanss (Réseau nantais de stations
sismologiques), constitué d’une douzaine de sismomètres disposés dans
l’ouest de la France, est en partie destiné à ce type nouveau de « tomographie
sismique » (cf. "Scanner la Terre"). Il permettra de mieux connaître le
sous-sol de cette région et, peut-être, de comprendre pourquoi il est le lieu
de séismes alors qu’il n’est
pas situé au niveau d’une
jonction de deux plaques
continentales.
Éric BEUCLER, Maître de conférences, chercheur au LPGNantes (CNRS/Université de Nantes)
En 2007, de nombreuses nations ont célébré les 50 ans de l’exploration du Système
solaire, lancée avec le premier satellite artificiel : Spoutnik 1. Cette entreprise s’est
jusqu’à présent articulée autour de 4 axes principaux : l’étude de la Terre depuis l’espace, la
conquête de la Lune, l’étude des planètes proches (Vénus et surtout Mars) et celle des corps
plus lointains.
L’Homme s’est projeté dans l’espace et a appris à y séjourner, mais essentiellement en orbite
basse (400 km d’altitude, typiquement) et pendant des durées brèves comparées à celle de
sa vie (le record est de 438 jours). Pour des raisons de budget et de maîtrise technique ou
physiologique, il n’est pas question aujourd’hui d’envisager une « colonisation » nettement
plus substantielle. Un pas important pourrait néanmoins être franchi au cours du siècle présent
avec la création d’une base lunaire permanente, mais l’intérêt d’un tel projet est controversé.
Quoi qu’il en soit, dès les années 2020, c’est probablement sur notre satellite, considéré par
certains comme un « huitième continent », que l’Homme apprendra à travailler en autonomie
complète et mettra à l’essai les technologies nécessaires aux missions habitées vers Mars, et
peut-être au-delà encore.
Dans la mesure où la fragilité de notre habitat terrestre devient de plus en plus
évidente, la priorité des objectifs des vols spatiaux porte désormais sur l’envoi
d’engins automatiques d’observation de la Terre, afin de mieux connaître les
impacts climatiques des activités humaines. Cependant, l’envoi de sondes
vers d’autres planètes peut contribuer, lui aussi, à mieux comprendre certains
phénomènes terrestres via une approche comparative.
Mars est une destination privilégiée pour les missions lointaines. Elle fait aussi
l’objet de plans de terraformation(1), mais cette idée, techniquement hors de
portée, ne relève encore que de la science-fiction. Il n’est même pas question
de s’y installer de façon durable dans un futur proche. L’objectif le plus
ambitieux effectivement programmé (en 2025, au plus tôt) est le prélèvement
d’échantillons avec retour sur Terre. Vues les difficultés déjà rencontrées dans ce
projet, son aboutissement constituerait déjà une très grande performance.
Olivier GRASSET, Professeur, directeur adjoint du LPGNantes (CNRS/Université de Nantes)
(1) La terraformation consisterait à modifier les conditions à la surface d’une planète pour la rendre habitable. Il est imaginé, par exemple, d’évaporer les glaces de CO2 et d’eau sur Mars pour épaissir et chauffer l’atmosphère par effet de serre, puis d’y injecter des micro-organismes afin de produire du dioxygène.
par les auteurs des brèves
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