Alors que les OGM végétaux défraient
la chronique, de tous petits OGM
travaillent depuis bientôt 30 ans, dans un
profond silence médiatique, pour la santé des
hommes et la blancheur de leur linge !
Depuis 1981, en effet, l’insuline (qui permet
de soigner les diabétiques) puis d’autres
hormones, divers vaccins et de nombreuses
protéines d’intérêt thérapeutique, sont
produits par des micro-organismes (bactéries,
levures ou cellules en culture) génétiquement
modifiés. Des enzymes pour la recherche,
telle l’ADN polymérase, ou pour l’industrie
(amylases, lipases, protéases) sont également
obtenues de cette façon. Souvent cultivées dans
des cuves nommées bioréacteurs, elles sont
notamment incorporées dans des procédés de
fabrication (de papier, par exemple) ou dans la
formulation de nombreuses lessives dont elles
augmentent les performances.
Dans toutes ces applications, cependant, ce n’est pas l’OGM lui-même qui est utilisé mais la molécule active qu’il a synthétisée. De plus, les « micro-OGM » sont cultivés dans des conditions de confinement qui évitent leur dissémination dans la nature. Ils permettent aux bio-industries une production spécifique à meilleur rendement et, pour le domaine de la santé, exempte de contaminants infectieux. Ainsi l’hormone de croissance (somatotropine), produite aujourd’hui par génie génétique, est sûre, tandis que la somatotropine obtenue jusqu’au milieu des années 1980 à partir d’extraits d’hypophyses de cadavres humains pouvait être contaminée par des prions pathogènes, vecteurs de la maladie de Creutzfeldt-Jakob. C’est ainsi que cette dernière a été transmise, à l’époque, à plus d’une centaine d’enfants en France. Rappelons enfin que les micro-OGM sont utilisés depuis longtemps au quotidien pour la recherche fondamentale. Le colibacille (Escherichia coli) et la levure de bière (Saccharomyces cerevisiae) ont joué un rôle essentiel, en tant que modèles biologiques, dans la compréhension du fonctionnement des gènes. Les micro-OGM comme systèmes d’expression protéique, d’usines à vecteurs ou de véhicules d’ADN restent des outils indispensables aux laboratoires de biologie. Jean-Noël HALLET, microbiologiste, Professeur émérite à l’Université de Nantes
• Podcast de Radio PRUN Le labo des savoirs - le génie génétique (en trois parties) - Radio Prun - 92 FM pour la Région nantaise.
De très nombreux projets de recherche
menés actuellement en biologie
nécessitent, parce qu’ils explorent des systèmes
complexes dans leur intégralité, des moyens
sophistiqués, informatisés, fréquemment
actualisés et mobilisant de nombreux experts
(chercheurs, ingénieurs, techniciens) ; c’est
pourquoi ils sont onéreux.
Face à ce besoin, les unités de recherche des
régions Bretagne et Pays de la Loire ont créé
en 2002 un groupement d’intérêt scientifique (GIS), Ouest genopole®,
devenu depuis Biogenouest(1). Dans ce réseau de 16 plateformes sont mis
en commun des outils innovants et des capacités d’analyse de données
« à haut débit » utiles à toutes les sciences de la vie : agronomie, biologie
humaine, biologie marine, bio-informatique, etc.
Chacun de ces plateaux techniques est dédié à une compétence
technologique particulière. Le séquençage de l’ADN (le décryptage
ordonné de la série de bases A, T, G, C), par exemple, est aujourd’hui
réalisé par des automates capables d’établir en quelques heures des
séquences de plusieurs millions de bases.
À l’analyse des génomes de nombreuses espèces (génomique) a fait
suite la post-génomique, qui étudie les fonctions des gènes et leurs
interactions complexes dans le fonctionnement cellulaire à travers
leurs produits que sont les ARN messagers (transcriptomique) et les
protéines correspondantes (protéomique). Une plateforme est ainsi
dédiée aux outils qui, telles les puces à ADN,
permettent ce type d’approche. D’autres
plateformes sont vouées au développement
d’outils pour les études de transgenèse in vivo
(cf. "Des sésames de survie").
Biogenouest regroupe aujourd’hui 56 unités de
recherche, soit environ 2 000 personnes dont
800 chercheurs. Il ne met pas seulement des
outils à disposition de ces unités, il leur offre
aussi des services qui font tout l’intérêt d’une
mise en réseau : une information sur les technologies disponibles,
importante dans la conception même des projets ; des formations sur
les outils ; une aide à la valorisation des travaux en vue de brevets et
d’exploitations industrielles (transfert technologique) ; une animation
qui favorise les coopérations entre les équipes de recherche, les
plateformes et les entreprises de biotechnologie, notamment via
l’organisation de colloques.
Ces actions servent les projets régionaux ou européens dans lesquels
des laboratoires bretons ou ligériens sont impliqués.
Yves MALTHIERY, Professeur, directeur de l’unité mixte de recherche U694
« Mitochondrie : régulation et pathologie » (Inserm/Université d’Angers).
www.ouest-genopole.org
(1) Biogenouest est soutenu par la Région Bretagne, la Région Pays de la Loire,
l’Union européenne, le Ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche,
l’Inserm, le CNRS, l’Ifremer, l’Inra, l’Inria et les universités d’Angers, du Maine,
de Nantes, de Brest et Rennes 1.
• PDF sur la technologie des puces à ADN
Quel tabac pour les séries télé à la gloire
de la police scientifique ! La possibilité
de confondre un criminel via une empreinte
génétique (un fragment de peau, du sperme ou
un cheveu dont on analyse l’ADN) a en effet
renouvelé les intrigues des fictions comme les
chroniques des faits divers réels. Néanmoins ce
moyen d’identification, développé à partir de la
PCR (cf. "Naissance d'un génie") dépasse largement, dans ses
applications, le seul cadre judiciaire.
« Les progrès des techniques de séquençage du génome permettront bientôt à n’importe quel laboratoire d’analyses de lister tous les gènes d’un individu en deux ou trois jours, précise Jean-Paul Moisan, fondateur et directeur de l’IGNA (Institut Génétique Nantes Atlantique, un leader européen en matière de diagnostic génétique). Un accès large et rapide à ce type d’information n’est donc plus un défi technologique. En revanche, les questions éthiques et réglementaires demeurent brûlantes . Et les réponses diffèrent selon les pays. »
Par exemple, en France, une empreinte
génétique sur une scène de crime ne constitue
pas une preuve mais seulement une aide à
l’enquête. De plus, les identifications génétiques
ne portent que sur une quinzaine de séquences
d’ADN non codantes, qui ne sont liées à aucune
caractéristique anatomique. Dans d’autres pays
comme les USA, par contre, l’identification de
séquences codantes, par exemple liées à la
couleur des yeux ou révélatrices d’un problème
de santé, peut être utilisée non seulement par
la justice mais aussi par les assureurs.
« Aujourd’hui, ajoute Jean-Paul Moisan, les demandes adressées aux laboratoires comme le nôtre concernent de plus en plus la santé. Tout un chacun peut déjà obtenir un diagnostic prénatal ou connaître ses prédispositions génétiques au développement ou à la transmission d’une maladie héréditaire. Mais surtout, d’autres techniques de génie génétique sont à présent mises en oeuvre, en collaboration avec des équipes de recherche médicale, pour disposer de thérapies bien plus personnalisées qu’auparavant. » Il s’agit non
seulement d’analyser des ensembles de gènes
mais aussi de savoir comment ils sont exprimés
chez un individu : quelles enzymes et autres
protéines ce dernier produit ou est susceptible
de produire (et en quelles quantités) en réponse
à l’administration d’un médicament donné.
Cette stratégie, nommée pharmacogénétique,
est promise à un grand avenir, en particulier
dans le traitement des cancers.
O.N.d.S.
Vingt ans après la révolution des empreintes génétiques
(cf. la brève "Le recul du mal"), les techniques moléculaires d’identification
ont été largement étendues aux espèces animales, végétales et
microbiologiques.
L’augmentation des échanges internationaux, en particulier dans le
secteur agroalimentaire, a nécessité la mise en place d’outils et de
réglementations pour garantir aux consommateurs l’innocuité, la
qualité, l’origine ou la composition des produits. La constitution de bases
de données de séquences d’ADN propres à de nombreuses espèces
vivantes a permis, à cette fin, de disposer de moyens d’authentification
infaillibles.
Avec l’arrivée des OGM sur le marché européen, en 1999, une question
s’est posée : comment savoir si un aliment contient des OGM ou non,
et si oui, en quelles quantités ? La technique « de criblage » la plus
employée aujourd’hui consiste à tester la présence de séquences d’ADN
spécifiques de transgènes connus. On extrait d’abord l’ADN puis on met
en oeuvre des réactions enzymatiques de polymérisation en chaîne (PCR)
qui multiplient en grand nombre le transgène recherché s’il est présent
dans l’aliment. La quantité d’ADN transgénique est alors mesurée grâce
à une détection optique automatisée des molécules fluorescentes qui se
sont fixées sur les transgènes après leur introduction dans l’échantillon.
On en déduit la quantité initiale d’ADN ciblé.
Le seuil de détection garanti par ce procédé est de 0,01 %, un taux qui
correspond, par exemple, à la présence d’un seul grain de maïs Bt (dont le
transgène produit un insecticide) dans 3 kg de maïs. Réglementairement,
tout aliment qui présente un taux supérieur ou égal à 0,9 % doit être
signalé comme produit contenant des OGM.
Cette technique est utilisée dans d’autres applications telles que la
détection d'allergènes connus dans un aliment. Des méthodes plus
classiques sont encore employées, comme le test Elisa (Enzyme-Linked
ImmunoSorbent Assay) qui quantifie des protéines produites par les
gènes, mais de nouveaux outils de diagnostic puissants et miniaturisés
apparaissent sur le marché, comme les puces à ADN qui contiennent
parfois plusieurs milliers de réactifs « sentinelles » capables de cribler de
nombreux gènes simultanément.
Françoise LE VACON, responsable de l’unité de biologie moléculaire de la société Atlangene-Silliker (Nantes)
Quand on parle d’animal transgénique, la
figure mythique de la Chimère resurgit
souvent, et aussi celle de Prométhée qui, puni
par les dieux pour leur avoir volé le feu, incarne
celui qui a transgressé l’ordre établi. Comme
le note Bernard Keating, de l’Université Laval
à Québec, cette référence fréquente témoigne
du fait que la transgenèse est largement perçue
comme un viol de la nature, celle de la création
biblique où les espèces animales, Homme
compris, sont nées immuables et bien distinctes
les unes des autres.
La théorie de l’évolution et la génétique
moléculaire, qui exposent la variabilité des
espèces et ce qu’elles ont en commun, ont pourtant conduit à renouveler les concepts sur ce qui détermine l’Homme : « Dans l’imaginaire collectif, le code génétique remplit aujourd’hui la fonction qui, autrefois, était dévolue à l’âme humaine », suggère Bernard Keating. Mais
quelle est la portée de ce renouveau ?
Pour Alain Supiot, fondateur de la Maison des
sciences de l’Homme à l’Université de Nantes,
il s’agit plus d’une transformation que d’une
nouveauté radicale. Dans la pensée occidentale,
en effet, « la référence à Dieu a disparu du droit des personnes sans que disparaisse la nécessité logique de référer à tout être humain une Instance garante de son identité et qui symbolise l’interdit de le traiter comme une chose. »
Autrement dit, d’une part, ce n’est plus Dieu
qui apparaît comme le garant de l’unicité de
l’Homme et de ses droits, mais la République
et ses lois bioéthiques. De plus, ce n’est plus
seulement l’humanité qui possède un caractère
sacré, c’est aussi et surtout l’individu luimême
et la personnalité qui naît avec lui. La
connaissance du génome peut étayer cette
vision individualiste et figée de l’être humain.
D’autre part, l’impact des sciences du vivant dans
la définition de l’Homme n’est pas universel.
Dans certaines civilisations, notamment chez
certains peuples d’Afrique ou en Inde, l’individu
demeure envisagé comme une scène où plusieurs
personnages cohabitent ou se succèdent, note en
substance Alain Supiot. Dès lors qu’on reconnaît
la légitimité d’un tel point de vue, on peut sans
doute admettre plus facilement qu’une opération
sur la nature jugée malsaine par les uns puisse
ne pas l’être par les autres.
O.N.d.S.
• Le défi transgénique, dir. G. A. Legault (L’Harmattan, 2001)
• La génétique, science humaine, dir. M. Fabre-Magnan et Ph. Moullier (Belin, 2004)
Un peu paradoxalement, alors que la connaissance de la chimie du
vivant a beaucoup progressé après la découverte, en 1953, de la
structure en double hélice de l’ADN, la genèse des mécanismes moléculaires
constitutifs des premiers systèmes vivants reste encore énigmatique.
Comment l’ADN et, probablement avant lui, l’ARN sont-il apparus ?
Comment se sont organisées leurs interactions avec les enzymes ?
Ce sont là des questions auxquelles s’attellent les chercheurs qui
s’intéressent à l’origine de la vie.
Dans ce cadre, l’émergence de la transcription en ARN de séquences
portées par l’ADN (l’information génétique) et
de la traduction de cet ARN en protéines
paraît centrale, car ce double processus
donne un sens à l’existence de l’ADN. Il faut
cependant garder à l’esprit qu’il s’agit d’un
sens quelque peu a posteriori, construit
sur ce que nous savons des organismes
vivants. Dire que l’ADN a été formé afin de
coder des protéines utiles, c’est un peu comme
dire que l’Homme a été doté de jambes pour
pouvoir marcher ; la vision néodarwinienne
dit plutôt que tels et tels gènes (dont ceux
qui nous permettent d’avoir des jambes) ont
été conservés parce qu’ils ont offert des
avantages par rapport à d’autres formes.
Le processus complexe de transcription-traduction résulte sans doute de
modifications successives, apparues de manière aléatoire, de processus
réactionnels plus élémentaires. Ce sont ces derniers que nous essayons
de mettre en évidence grâce à de nombreux essais en laboratoire,
tout en faisant l’hypothèse pratique de l’existence préalable d’une
« coopération » entre acides nucléiques et acides aminés (les briques
élémentaires des protéines).
Nous avons ainsi montré que des espèces chimiques voisines
d’intermédiaires de la traduction, tels que l’aminoacyl-ARN de transfert
(AA-ARNt) ou l’aminoacyl adénylate (AA-AMP),
peuvent être formées à partir de molécules
générées de manière abiotique (étrangère
à la chimie du vivant). Il s’agit des
N-carboxyanhydrides d’acide aminé (NCA).
Ces voies de formation s’avèrent compatibles avec
les conditions physicochimiques ayant probablement
régné à la surface de la Terre primitive. Elles rendent
donc plausible le rôle des NCA dans l’émergence
de la vie, mais il ne s’agit là que d’un petit bout
du scénario.
Robert PASCAL, Professeur, chercheur de l’UMR « Dynamique des systèmes biomoléculaires complexes » (CNRS/Université de Montpellier 2)
par les auteurs des brèves
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