La transgenèse est devenue un outil
de base pour tous les laboratoires de
recherche en biologie. Elle est employée à
l’Institut national de recherche agronomique
(Inra) pour s’assurer du rôle de certains gènes
(on parle de validation fonctionnelle), établir
la traçabilité des OGM dans l’alimentation
animale ou humaine, étudier les situations de
coexistence de cultures OGM et non OGM ou
évaluer des risques possibles pour la santé et
l’environnement. Certains essais au champ
sont nécessaires pour tester des hypothèses
validées en milieu confiné ou pour définir
les méthodes de biovigilance ; ils doivent
être conduits avec précaution, parcimonie et
transparence.
Les objectifs principaux de l’unité « Génétique
et horticulture » sont d’étudier les fonctions
des gènes qui gouvernent des caractères
importants pour les plantes horticoles
(résistance aux maladies, qualité des fruits,
floraison, forme des arbustes d’ornement) et
d’améliorer les moyens de création de nouvelles
variétés(1). Parmi les diverses méthodes du
génie génétique, nous utilisons la transgenèse
pour mieux maîtriser la floraison des rosiers et
lutter contre des maladies d’arbres fruitiers.
Recette d’OGM
La première étape de fabrication d’une plante
transgénique est l’identification d’un gène
d’intérêt dans un organisme donneur, qui peut
appartenir à l’espèce végétale étudiée ou à
une espèce tout autre (insecte, bactérie...).
La méthode la plus employée pour transférer
un gène à une plante utilise la bactérie
Agrobacterium tumefaciens, qui possède une
aptitude naturelle à transférer une partie de ses
plasmides (ADN circulaires) dans le génome
de la plante qu’elle infecte. On remplace dans
cette bactérie les gènes responsables de la
maladie qu’elle provoque habituellement par
ceux dont on veut doter le végétal ciblé, puis
on met en contact des tissus végétaux avec la
bactérie porteuse du gène d’intérêt.
Comme la bactérie ne transmet pas son ADN
à toutes les cellules, il faut pouvoir identifier
et isoler celles qui ont été modifiées. À cette
fin, une technique efficace consiste à associer
au gène d’intérêt un gène (dit marqueur) de
résistance à un antibiotique phytotoxique :
seules les cellules dotées de ce gène pourront
survivre et se développer dans un milieu
contenant l’antibiotique. L’efficacité de la
méthode est toutefois limitée par la difficulté
à obtenir une plante adulte à partir d’une
ou de quelques cellules transformées. Quant
au recours aux gènes de résistance à des
antibiotiques, il ne pose pas de problème en
milieu confiné mais on cherche néanmoins à
le remplacer par d’autres stratégies.
Des végétaux intragéniques contrôlés
Les travaux portant sur le rosier ont permis de
repérer des gènes impliqués dans la remontée
de floraison, capacité de certaines variétés à
fleurir de manière récurrente sur une longue
période. Il est apparu que l’inactivation d’un
gène particulier confère cette propriété. Afin
de prouver le rôle de ce gène « candidat »,
il faut mener des expériences de validation
fonctionnelle par transgenèse, soit en faisant
s’exprimer le gène dans une variété remontante
pour rendre celle-ci non remontante, soit en
désactivant le gène dans une variété non
remontante pour obtenir un rosier remontant.
De tels tests sont en cours.
Certains pommiers sauvages sont très
résistants au feu bactérien, la plus grave
maladie bactérienne du pommier et du poirier.
Grâce à la validation fonctionnelle, des
chercheurs sont en train d’isoler les gènes
responsables de cette résistance. Ils cherchent
aussi à contrôler le déclenchement et l’ampleur
de l’expression des gènes candidats en leur
associant des fragments d’ADN ad hoc (des
« promoteurs ») afin que la plante ne produise
des substances toxiques en abondance contre
la bactérie qu’au moment et aux endroits
de l’infection. Enfin, pour ce qui concerne
les gènes de résistance aux antibiotiques,
les chercheurs travaillent à des systèmes
de sélection alternatifs ou à des méthodes
d’élimination par des enzymes d’excision.
Ces végétaux transformés dont tous les gènes proviennent de la même espèce sont dits intragéniques. S’ils ne présentent pas nécessairement moins de risques que des végétaux porteurs de gènes d’espèces différentes, la grande similitude entre ces nouvelles plantes et celles que le sélectionneur crée habituellement par croisement devrait en revanche rendre l’innovation mieux acceptée.
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