Une enzyme de restriction (ER) reconnaît (se fixe sur) une séquence particulière (ici GAATTC) d’un ADN double brin (a) et coupe celui-ci « en escalier ». Une section similaire est réalisée sur un double brin d’ADN (b) différent du premier. Deux segments présentant un intérêt particulier (ici a1 et b2) sont isolés par électrophorèse. Mis en présence l’un de l’autre, leurs extrémités se lient spontanément et, grâce à l’ADN ligase, forment un double brin d’ADN recombiné fonctionnel (c).
Quand quelques laboratoires ont commencé à modifier les génomes de virus et de bactéries, les chercheurs ont eu un moment de vertige : « Sommes-nous des apprentis sorciers ? Les possibilités immenses qui s’offrent à nous ne sont-elles pas dangereuses ? »
Après avoir décidé d’un moratoire(1), les chercheurs concernés se sont réunis en 1975 à Asilomar, en Californie, en présence de journalistes et de représentants de la société pour débattre des possibilités, des enjeux et des risques ouverts par le génie génétique. Cette « Asilomar conference on recombinant DNA molecules » a permis d’établir des instructions pour encadrer les projets de recherche impliquant des modifications génétiques et instaurer une commission de supervision de ce champ de recherche. Depuis lors, quelques règles ont été supprimées ou assouplies, car certains des risques envisagés se sont avérés négligeables, et d’autres dispositions ont été renforcées. De ce fait, des manipulations génétiques sont pratiquées aujourd’hui en routine dans presque tous les laboratoires de biologie sans contraintes très fortes mais tous les projets de transgenèse impliquant des organismes supérieurs (animaux et plantes), des organismes pathogènes ou des gènes potentiellement pathogènes doivent obtenir une autorisation préalable avant d’être mis en œuvre.
Jean-François Bouhours ©ONdSLe génie génétique désigne l’ensemble
des méthodes permettant aux
chercheurs et aux ingénieurs de découvrir et
d’utiliser les mécanismes qui président depuis
des milliards d’années à la reproduction,
à la conservation (par réparation), à la
diversification et à l’évolution de tous les êtres
vivants. Ces mécanismes dirigent la réplication
(la copie en plusieurs exemplaires) d’ADN
avant chaque division cellulaire, l’échange de
morceaux d’ADN entre chromosomes lors de
la méiose, le déplacement ou la multiplication
de segments d’ADN le long des chromosomes
ou entre chromosomes, la réparation des ADN
endommagés par des rayonnements ionisants
ou par des erreurs de copie. Ils orchestrent aussi
la transcription d’ADN en ARN, la réorganisation
ou « maturation » des ARN, parfois leur copie
en ADN, ainsi que la traduction de l’ARN en
protéines (cf "Ingénierie des protéines).
Un trousseau d’enzymes
Le génie génétique est né au début des années
1970, lorsqu’il est devenu possible de couper
de façon reproductible les longues molécules
d’ADN et de réassembler des fragments pour
créer des ADN artificiels, dits recombinants
(ou recombinés), grâce à la découverte et
à l’utilisation d’enzymes, et notamment des
enzymes « de restriction » et des ADN ligases
(cf. article ci-contre). Les fragments d’ADN ont pu
alors être séquencés (lus) par des techniques
nouvelles dès 1975.
L’universalité du code génétique rend les
ADN recombinés théoriquement capables de
produire des protéines dans n’importe quel
organisme. Cependant, pour être exprimés,
ces ADN doivent être introduits dans des
cellules et y être reconnus. Dès les années 50,
il avait été remarqué que les bactéries
échangent du matériel génétique sous forme
de petits ADN circulaires nommés plasmides, et que les virus transmettent leur ADN aux cellules qu’ils infectent. Les plasmides et les virus sont donc apparus comme des véhicules ou « vecteurs » naturels d’ADN.
Quand les manipulations génétiques sont
devenues possibles, les chercheurs ont
utilisé ces vecteurs pour introduire des ADN
recombinés dans des cellules, créant ainsi
des organismes génétiquement modifiés. À
ce moment-là (1974), ils ont marqué une
pause pour réfléchir aux enjeux et aux risques
éventuels de ces manipulations d’un genre
nouveau(cf. article ci-contre sur la conférence d'Asilomar)). Une des premières conséquences
de ce débat a été d’imposer l’utilisation de vecteurs désarmés, c’est-à-dire dont toute dangerosité connue a été éliminée.
Une révolution nommée PCR
Dix ans plus tard, un chercheur, Kary Mullis,
a inventé une technique qui a révolutionné
la biologie moléculaire : la PCR (Polymerase
Chain Reaction). Cette technique permet
d’obtenir in vitro un milliard de copies
d’un segment d’ADN choisi et présent sur seulement quelques molécules d’ADN sans avoir recours aux banques de gènes réalisées
auparavant dans des micro-OGM (cf. la brève "Des OGM petits mais efficaces !"). La PCR, en
facilitant considérablement les opérations de
base du génie génétique, a donné naissance
à de multiples applications : séquençage
de l’ADN, isolement des gènes, détection
des maladies héréditaires, établissement
de relations de parenté entre les espèces
vivantes, identification des microbes,
empreintes génétiques, etc. Associée à
d’autres technologies, elle a débouché sur des
méthodes et des robots capables de traiter
rapidement de grands nombres d’échantillons
pour séquencer des génomes entiers, repérer
des mutations génétiques au sein d’une large
population, analyser l’expression de tous les
gènes d’un tissu donné...
Le génie génétique s’enrichit sans cesse d’avancées fondamentales et, comme dans un cercle vertueux, ses nouvelles techniques font progresser les connaissances. Il permet désormais de fabriquer des gènes dont l’expression est ciblée dans le foie ou le muscle chez un rat, dans les feuilles ou les graines chez une plante ; il est devenu possible de réparer ou d’inactiver un gène chez la souris afin de mieux cerner sa fonction(des souris KO) ; des ADN recombinants sont aussi construits pour créer in vivo des « protéineschimères » fluorescentes qui, grâce à des techniques d’imagerie, indiquent où et quand ces protéines sont exprimées dans un ver, une souris ou une mouche.
• site Acces de l'INRP de logiciels éducatifs de génétique : et en particulier Rastop
• Podcast de Radio PRUN Le labo des savoirs - le génie génétique (en trois parties) - Radio Prun - 92 FM pour la Région nantaise.
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