Chez de nombreux gènes eucaryotes, les séquences codantes de l’ADN (exons) sont séparées par des séquences non codantes (introns). Le promoteur est reconnu par une ARN polymérase qui réalise alors la transcription de l’ADN en un ARN « transcrit primaire ». Ce dernier subit une maturation consistant, entre autres, en une coupure à la fin du dernier exon, l’ajout d’une queue polyadénylée (AAAAA), l’excision des introns et le raccordement des exons. L’ARN messager (ARNm) ainsi obtenu passe dans le cytoplasme où il est traduit en une chaîne d’acides aminés (polypeptide) grâce à la formation d’un complexe ARNm-ribosome- ARN de transfert (ARNt). La traduction commence au codon AUG et s’arrête au codon stop. Le polypeptide subit lui-même des transformations pour devenir une protéine fonctionnelle. Des mécanismes de régulation (non figurés) interviennent aussi pour déclencher ou inhiber la transcription.
Les protéines ont de nombreuses fonctions
dans l’organisme : elles structurent
les cellules, assurent leur métabolisme et
permettent aussi la transmission d’information.
Elles sont les produits de l’expression des
gènes qui est elle-même régulée (déclenchée
ou inhibée) par des protéines.
Ces grosses molécules sont constituées de
séquences d’acides aminés générées par
la transcription de séquences d’ADN des
chromosomes en ARN messagers puis par la
traduction de ces ARN. L’organisme humain
comporte plusieurs dizaines de milliers de
protéines différentes, alors qu’une bactérie en
comporte typiquement 4 000.
L’ingénierie des protéines vise à mieux
comprendre comment elles se replient dans
l’espace et à saisir les relations entre leurs
structures tridimensionnelles et leurs fonctions.
Certaines d’entre elles, les enzymes, catalysent
(accélèrent) des réactions chimiques. Leur
fonction spécifique dépend en grande partie
de quelques acides aminés souvent situés en
leur coeur.
Pour identifier ces acides aminés particuliers,
on modélise les protéines sur ordinateur
pour tenter d’évaluer leur « comportement
chimique ». Une autre approche consiste
à modifier un ou quelques acides aminés
dans la séquence. On introduit pour cela un
gène muté, légèrement différent du gène
original, dans des bactéries ou des levures qui
produisent alors une protéine différente en
quantité suffisante pour l’étudier ou l’utiliser.
Cependant, il demeure très difficile de prédire
l’impact de l’échange de tel ou tel acide
aminé par un autre. Cette maîtrise, nommée
« mutagenèse rationnelle », permettrait
pourtant d’avancer plus rapidement dans la
recherche médicale ou dans l’optimisation de
procédés industriels.
Notre équipe travaille notamment sur des glycosidases, des enzymes qui découpent des oligosaccharides (chaînes de sucres simples : glucose, galactose...). À chaque sucre correspond une glycosidase particulière pouvant couper la liaison qui l’attache au sucre voisin. Nous cherchons à modifier des glycosidases pour qu’elles provoquent non pas la coupure mais la synthèse de sucres particuliers et obtenir ainsi des oligosaccharides difficiles à synthétiser par voie chimique. La mutagenèse rationnelle n’étant pas encore accessible, nous employons une stratégie « d’évolution dirigée » consistant à introduire des mutations aléatoires dans le gène codant pour une glycosidase et à repérer les mutants qui réalisent la synthèse souhaitée. L’identification des gènes mutés correspondants nous permet de créer des bactéries génétiquement modifiées qui produisent des glycosidases mutantes d’intérêt thérapeutique. En effet, ces dernières réalisent la synthèse d’oligosaccharides qui jouent des rôles importants à la surface de nos cellules, dans la réaction inflammatoire ou dans la défense immunitaire. L’un d’entre eux est l’antigène du groupe sanguin de type O, un récepteur cellulaire par lequel les Norovirus, responsables de gastro-entérites, se fixent sur les cellules de l’intestin pour les infecter. Son analogue artificiel pourrait donc agir comme un leurre contre ces virus et servir ainsi d’antivirus spécifique.
Structure d’une glycosidase reconstituée grâce à une cristallographie aux rayons X. Les acides aminés représentés en vert, au centre, sont responsables de l’activité catalytique spécifique de cette enzyme. Les hélices rouges et les feuillets jaunes sont des enchaînements d’acides aminés particuliers. © UMR 6204 • site Acces de l'INRP de logiciels éducatifs de génétique : et en particulier Rastop
• Biofutur n° 288 (mai 2008) : « L’ingénierie des protéines »
• Biofutur n°214 pp52-56 : « L’évolution moléculaire dirigée »
• Podcast de Radio PRUN Le labo des savoirs - le génie génétique (en trois parties) - Radio Prun - 92 FM pour la Région nantaise.
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