régulation de l’expression des gènes : le déclenchement ou l’arrêt du processus de synthèse d’une protéine déterminée par une ou plusieurs séquences d’ADN, dites codantes, est gouverné par l’interaction de protéines régulatrices avec une ou plusieurs autres séquences d’ADN particulières, dites régulatrices elles aussi (cf.Ingénierie des protéines).
enzyme : protéine capable d’interagir avec des molécules bien spécifiques telles que certaines séquences d’ADN, d’ARN (acide ribonucléique) ou d’autres molécules organiques (sucre, acide gras, protéine...) pour les rompre, les assembler, les copier ou les transporter
base de nucléotide : l’une des 4 molécules A (adénine), T (thymine), C (cytosine) et G (guanine) qui constituent les maillons élémentaires de l’ADN (acide désoxyribonucléique)
protéine : molécule formée d’un enchaînement d’acides aminés (plusieurs centaines, typiquement). Il existe 20 acides aminés différents dans la chimie du vivant.
Peut-on définir précisément ce qu’est un gène ?
Michel Morange : La notion de gène est assez récente : le terme
lui-même n’est introduit que neuf ans après la redécouverte, en 1909,
des lois de l’hérédité établies par Gregor Mendel un demi-siècle plus
tôt. Il désigne alors ce qui permet la transmission de génération en
génération, selon ces lois, d’un caractère anatomique ou physiologique,
tandis que la nature matérielle du gène est encore inconnue.
Du début du XXe siècle jusqu’aux années 1960, les gènes acquièrent
de plus en plus de réalité physique. Dès la fin des années 1910,
on les sait localisés à des positions précises des chromosomes.
Oswald Avery montre en 1944 que les gènes sont constitués d’ADN,
dont James Watson et Francis Crick décrivent la structure en 1953.
Le stockage de l’information génétique dans l’ADN est confirmé par
le « décryptage » du code génétique entre 1961 et 1965 : ce sont
les séquences de bases nucléotidiques de l’ADN qui déterminent
les diverses protéines synthétisées par les cellules pour assurer le
développement et le fonctionnement de l’organisme ; les gènes sont
alors identifiés à ces séquences.
Cependant, au même moment, la définition du gène commence à
se brouiller. Les séquences qui ne codent pas directement pour des
protéines mais qui s’avèrent réguler l’expression de gènes fontelles
partie de ces derniers, et si oui, comment fait-on quand elles
sont communes à plusieurs gènes différents ? D’autres difficultés
apparaissent quand on découvre que la même séquence d’ADN peut
coder pour différentes protéines. Une définition unique et précise du
gène devient impossible.
De même, l’attribution d’une fonction à chaque gène devient
problématique : de multiples gènes peuvent concourir à
l’accomplissement d’une même fonction et le produit d’un seul gène
peut participer à plusieurs processus différents au sein des cellules. Il
est désormais absurde, dans la plupart des cas, de parler du gène de
tel ou tel caractère, surtout quand il s’agit d’un phénomène complexe
comme un comportement.
La notion de gène n’est pas, pour autant, abandonnée par les
biologistes. Par quoi la remplacer ? Les scientifiques utilisent souvent
des concepts mal définis, mais ce qui importe, c’est de demeurer
prudent dans l’usage de ces concepts, de garder à l’esprit leur
imprécision et les risques d’erreur liés aux simplifications.
Avec le génie génétique, l’Homme devient-il maître de la vie ?
M. M. : Le génie génétique est né, à la fin des années 1970,
du développement d’un ensemble de techniques permettant la
manipulation des gènes et leur caractérisation, dont la technique
d’amplification de l’ADN nommée PCR. Son essor, associé à un progrès
sans précédent des connaissances biologiques, permet en effet une
emprise nouvelle de l’Homme sur les organismes vivants.
Il ne faudrait pourtant pas en déduire que l’on est capable de modifier
à volonté les organismes, ou qu’on le sera prochainement. S’il est
devenu facile, en principe au moins, d’introduire dans des cellules une
copie fonctionnelle, active, d’un gène pour pallier les effets d’un gène
défectueux (c’est le principe de la thérapie génique), modifier dans
une direction précise des fonctions complexes comme la mémoire
ou l’intelligence est en revanche, vu les connaissances actuelles,
impossible.
Même les interventions en apparence les plus simples se révèlent
parfois très difficiles : le gène introduit ne s’exprime pas comme on
l’espérait ou perturbe l’expression des gènes à proximité desquels il
s’est intégré. La thérapie génique ne progresse que lentement.
Ce que l’on peut réaliser par le génie génétique n’est guère différent
de ce que la nature fait depuis 3,5 milliards d’années. D’un point
de vue biologique, il n’y a donc pas de risques fondamentalement
nouveaux dus à ces pratiques. Cela ne signifie pas que toute nouvelle
expérience ne doive pas être examinée avec attention : il importe d’en
apprécier l’objectif, de juger de son opportunité, comme pour toute
autre action sur la nature.
Quelles difficultés particulières les chercheurs en génétique rencontrent-ils ?
M. M. : Le problème majeur auquel se heurtent les généticiens,
comme les biologistes dans leur ensemble, est la complexité des
systèmes vivants, présente même chez les bactéries. Les composants
élémentaires de la vie (les molécules et leurs interactions) ne sont connus
que partiellement, et si l’on parvenait à les décrire tous, on n’obtiendrait
pas pour autant les clés du fonctionnement des organismes vivants. Les
fonctions de ces éléments sont en effet intégrées au sein de réseaux et
de mécanismes complexes, et cela aux différents niveaux d’organisation
du vivant (moléculaire, cellulaire, tissulaire, etc.).
C’est pourquoi beaucoup de phénomènes biologiques restent encore
inexpliqués, et l’on doit souvent se contenter de descriptions globales.
L’ouverture de ces « boîtes noires », qui nécessite de relier entre eux les
différents niveaux d’organisation, exige la collaboration de biologistes,
de mathématiciens, de chimistes, d’informaticiens...
Un exemple représentatif est celui du cancer. On connaît aujourd’hui
plus de 300 gènes dont les mutations accompagnent la formation
des tumeurs. Les progrès des techniques de séquençage permettront,
dans un avenir proche, de déterminer tous les gènes qui ont été
mutés dans une tumeur particulière, et de mettre alors en oeuvre une
thérapie ciblée sur les produits de ces gènes. Néanmoins, d’autres
approches seront sans doute nécessaires pour vaincre le cancer :
une modélisation plus complète de la cellule cancéreuse ; l’étude
approfondie de ses relations avec l’organisme qui la porte, et en
particulier de la réaction immunitaire que l’organisme met en oeuvre
contre elle.
Un autre type de problème porte sur la modification des gènes par l’Homme. Les innovations qui peuvent en découler suscitent, comme d’autres types d’innovation, des annonces hâtives de solutions universelles ou, au contraire, de menaces pour la santé ou l’environnement. Toute démarche scientifique s’intègre dans une société avec les différents intérêts, préjugés ou croyances de chaque communauté, de chaque individu et des chercheurs eux-mêmes. Les intérêts de ces derniers peuvent ainsi se heurter à d’autres intérêts. Les controverses sur les OGM reflètent cette divergence de points de vue ; elles seront sans doute d’autant mieux surmontées que les préjugés seront remplacés par le partage des connaissances.
• La génétique, science humaine, coordonné par Muriel Fabre-Magnan et Philippe Moullier (Belin, collection « Débats », 2004)
• Histoire de la biologie moléculaire, Michel Morange (La Découverte, 2003)
• Les secrets du vivant, Michel Morange (La Découverte, 2005)
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