Qu’a-t-il manqué à Einstein et ses
contemporains pour inventer le laser ?
Une technique, essentiellement.
En 1917, le célèbre physicien prédit la possibilité
d’amplifier un rayonnement lumineux en
dupliquant ses « grains » élémentaires, baptisés
photons en 1926 et décrits aussi bien comme
des ondes que comme des corpuscules. Selon
le principe « d’émission stimulée » qu'il a
formulé, les photons ainsi produits formeraient
un faisceau de lumière cohérente, c’est-àdire
composé de photons de même longueur
d’onde (monochromatisme) et de même phase.
Une fois vérifiée, l’hypothèse d’Einstein trouvera
sa première application 43 ans plus tard avec
l’invention du laser (Light Amplification by Stimulated Emission of Radiation).
Un long accouchement
Pour produire un tel faisceau, il faut pouvoir
« exciter » un grand nombre d’électrons
simultanément. On ne sait pas réaliser une
telle une opération à l’époque d’Einstein. C’est
seulement en 1950 que les physiciens français
Alfred Kastler et Jean Brossel y parviennent
en éclairant de la matière avec une lumière
polarisée (dont tous les photons oscillent
dans un même plan) : c’est la technique du
« pompage optique ».
À la même époque, une équipe américaine
atypique, associant des ingénieurs qui visaient
à optimiser le radar et des physiciens qui
étudiaient la structure des molécules, cherche
à générer un faisceau d’ondes de longueur
inférieure au centimètre ; elle met au point le
maser (Microwave Amplification by Stimulated
Emission of Radiation). Son directeur,
Charles Townes, formule alors l’idée d’un
dispositif analogue capable de produire une
lumière visible, mais c’est Theodore Maiman,
physicien de la Hughes Aircraft Company, qui
construit en 1960 le premier laser fonctionnel :
un laser à rubis (un cristal d’alumine Al2O3)
qui émet un faisceau de lumière rouge.
Des emplois tous azimuts
La possibilité de transporter de l’énergie
dans une direction unique et concentrée en
un faisceau très fin1 intéresse rapidement
les industriels : le laser se révèle capable
de forer un diamant en 15 minutes quand il
fallait 24 heures avec les moyens habituels.
Perçage, découpe, pulvérisation, chauffage ou
éclairage très localisé, les effets varient selon
les caractéristiques moléculaires de la matière
irradiée (inerte ou vivante), la puissance du
laser et sa longueur d’onde qui dépend du
matériau amplificateur utilisé (cristal, métal
vaporisé, gaz ou liquide).
Le « rayon de la mort » de La Guerre
des Mondes2 est-il devenu réalité ? On
s’enthousiasme, on extrapole. Certaines
applications envisagées, comme faire fondre
les dangereux icebergs, peuvent paraître
saugrenues aujourd’hui encore, mais d’autres
ont été réalisées depuis lors, telle son utilisation
dans les télécommunications à la place de
l’électricité (par fibre optique).
Le laser investit largement le quotidien :
chirurgie, dermatologie, systèmes de lecture
(CD, codes-barres), équipements militaires
(visée, guidage de missiles), etc. Il sert aussi
à réaliser des mesures de haute précision : la
distance Terre-Lune est connue à 3 millimètres
près en calculant le temps de trajet aller-retour
de la lumière entre l’émetteur et une cible
réfléchissante installée sur la Lune ; des réactions
chimiques sont suivies en temps réel via une série
de flashs de quelques femtosecondes (10-15 s)
qui permettent de détecter (par spectroscopie)
des composés chimiques très éphémères...
Plus fins, plus énergétiques ou plus puissants,
des lasers continuent d’être développés au
bénéfice de l’industrie et des sciences. On sait
depuis peu réaliser des faisceaux de quelques
dizaines de nanomètres (10-9 m) de diamètre
seulement, tandis que le laser Mégajoule du
CEA3 à Bordeaux devrait bientôt atteindre une
énergie suffisante pour provoquer la fusion
nucléaire de petites quantités de matière
(deutérium et tritium).
1. Un laser à CO2 de 20 watts (W) utilisé pour la découpe de matériaux délivre une intensité de
4 106 W/m2. À titre de comparaison, une ampoule de 100 W à filament atteint à peine 8 W/m2.
2. roman de H. G. Wells (1898)
3. Commissariat à l'énergie atomique
• Outils pédagogiques en sciences :le laser
• Le laser : un concentré de lumière
• D’où vient la lumière LASER, É. Gil (Le Pommier, 2006)
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