Profession médiateur

O.N.d.S.
Jean Pierre Jandot © ONdS

Être médiateur des sciences et des techniques ne se borne pas à aider le public à comprendre des phénomènes complexes, c’est aussi aider des professionnels ou des entreprises à communiquer au profit de tous.

Par exemple, l’une des missions de Terre des sciences1,2 est d'accompagner le développement du pôle de compétitivité Végépolys, spécialisé dans le domaine du végétal et qui associe, en Pays de la Loire, des organismes de recherche ou d’enseignement supérieur et des entreprises. Mais il s’agit de faire cela tout en aidant les Ligériens à s’approprier l’activité économique et intellectuelle du territoire, à en devenir les ambassadeurs, et en incitant les jeunes à participer à cette activité grâce aux formations proposées.

C’est dans cette optique que Terre des sciences a conçu les « Rendez-vous du végétal », qui proposent des visites de parcs, de jardins, de laboratoires... et d’entreprises. « Il s’agit souvent de sociétés innovantes qui souhaitent faire découvrir leur savoir-faire au public, explique Jean-Pierre Jandot, directeur de Terre des sciences. Nous les aidons alors à organiser un parcours commenté dans lequel ce savoir-faire apparaît de façon simple, progressive et attractive, puis nous programmons des visites durant l’été. » La diffusion des savoirs fait-elle bon ménage avec la découverte économique ? « Tout à fait, dès lors que nous nous en tenons à des avancées scientifiques ou technologiques, assure Jean-Pierre. En montrant les connaissances, les compétences et leurs progrès, les manifestations que nous organisons servent autant la culture des scolaires que la promotion des productions et des innovations locales... et, finalement, la valorisation d’une partie importante du patrimoine régional. » 2010, année internationale de la biodiversité, est prometteuse pour Terre des sciences quant au partage des connaissances et des compétences. « Pour parler de biodiversité, on peut la montrer ; on peut aussi expliquer comment elle est étudiée et préservée, ajoute Jean-Pierre. Dans ce domaine, nous mettrons en valeur les avancées de plusieurs laboratoiresde recherche du Grand Ouest, notamment lors d’un colloque ouvert au public à La Roche-sur-Yon, en octobre prochain. »

Enfin, la biodiversité est une chose que l’Homme peut produire. Les manifestations du programme « Végétal 2010 »2, mis en place avec Végépolys, présentent des techniques de création de variétés végétales et l’histoire de leur développement, avec, en particulier, le concours de chercheurs de l’Institut fédératif de recherche « Qualité et santé du végétal »3

En complément...

1. Centre de culture scientifique, technique et industrielle à Angers

2. Site de Terre des Sciences

3. Université d'Angers/Inra/Agrocampus Ouest

ça se passe maintenant

Coulisses archéologiques

J.D.
Fouilles à Allonnes ©Capra

Loin du Machu Picchu et d’Alexandrie mais à deux pas du sanctuaire de Mars Mullo1, c’est à Allonnes, en Sarthe, que le Centre d’études et de ressources archéologiques du Maine (Céram) a ouvert ses portes en septembre 2009. Géré par le Capra2, une association partenaire du CNRS, il propose aux scolaires de s’initier aux méthodes de l’archéologie : fouille, nettoyage, restauration, inventaire, conservation... « Chacun peut ainsi se familiariser avec l’archéologie pratique et réaliser qu’elle se nourrit d’autres disciplines : physique, biologie (étude des pollens et des graines), géologie, archéozoologie3, anthropologie... », souligne Reynald Lucas, médiateur scientifique au Céram. Le centre propose aussi des expositions temporaires. La première en date montre comment des informations sont déduites de l’examen des vestiges. « Si nous trouvons une cruche en céramique, nous supposons que le lieu fouillé était celui d’une auberge ou d’une maison. Sa forme et ses motifs nous renseignent sur son atelier de fabrication et son époque ; nous pouvons ainsi dater la couche archéologique qui la renfermait », explique Olivier Gastineau, autre médiateur du centre. Tout le mobilier archéologique trouvé en Sarthe est entreposé au Céram, « qui constitue un lieu d’étude et de formation idéal pour nos étudiants », ajoute Estelle Bertrand, Maître de conférences en histoire romaine à l’Université du Maine et chercheur au CReAAH4. « Ils profitent ainsi de véritables mises en situation. Par exemple, ils lavent les objets fraîchement trouvés, les inventorient et les dessinent pour mieux les analyser »

1. dieu gaulois régional. Cf. Vestiges utiles, E. Bertrand, Têtes chercheuses n°7

2. Centre allonnais de prospection et de recherches archéologiques

3. archéologie des vestiges d’animaux, en particulier ceux d'espèces consommées.

4. Centre de recherche en archéologie, archéosciences, histoire (CNRS/Inrap/ universités Rennes 1, Rennes 2, de Nantes et du Maine)

En complément...

CAPRA, 02 43 80 68 31

Archives en poubelles

Aurélia BORVON, doctorante en archéozoologie de l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, UMR Arscan, Archéologie et sciences de l’antiquité (CNRS/universités Paris 1 et Paris Ouest Nanterre La Défense), accueillie en thèse au Laboratoire d’anatomie comparée d’Oniris (Nantes)
© A. Borvon

Les ossements d’animaux trouvés sur un site archéologique peuvent fournir de nombreuses informations, notamment sur l’alimentation des anciens occupants et sur les espèces jadis présentes en ce lieu. Une étude archéozoologique est actuellement menée au château de Montsoreau (Maine-et-Loire), situé en bord de Loire, dont les vestiges étudiés remontent de la fin du Xe au début du XIIe siècle.

Un puzzle de 100 000 pièces

Un premier travail a consisté à évaluer l’apport de la technique « de tamisage » pour la collecte de fragments d’intérêt. En comparaison avec un prélèvement manuel direct dans le sol, le tamisage (filtrage) permet d’augmenter fortement le nombre de pièces récupérées. Près de 95 % des restes de poissons, qui possèdent de nombreux os de très petite taille, ont ainsi été trouvés. Parmi les quelques 100 000 éléments collectés, plus de 26 000 ont pu être associés à des familles animales et environ 70 espèces ont été identifiées. Trente pour cent des restes osseux proviennent de mammifères, 10 % d’oiseaux et 60 % de poissons. Il s’agit principalement de restes d’animaux consommés, trouvés dans les lieux qui recevaient manifestement les déchets de cuisine.

Les mammifères les plus consommés sont le Porc, le Bœuf et le Mouton. Les restes de porc sont les plus nombreux mais le bœuf est prépondérant en termes de quantité de viande. Seulement 3 % des vestiges sont ceux de mammifères sauvages, comme le Cerf, le Chevreuil, le Sanglier et le Lièvre. Des mammifères non consommés vivaient également sur le site : équidés domestiques et Rat noir, dont l’expansion de l’habitat est liée à l’urbanisation.

Parmi les oiseaux, la Poule arrive en tête des espèces consommées, suivie de l’Oie. Trente-cinq espèces sauvages ont été identifiées, incluant plusieurs taxons de canards, ainsi que le Héron cendré et la Cigogne qui ne sont plus ou presque plus consommés aujourd’hui (ils étaient plus abondants à l’époque ; après avoir été beaucoup chassés, ils sont aujourd’hui protégés). Les deux tiers des poissons appartiennent à la famille des Cyprinidés (Tanche, Barbeau, Gardon, etc.), dans laquelle les ossements sont souvent difficiles à distinguer d’une espèce à l’autre. La Carpe est absente des vestiges, sans surprise : elle n’a été introduite en France qu’au XIIIe siècle. D’autres espèces d’eau douce comme le Brochet et la Perche étaient également consommées, de même que des espèces migratrices comme le Flet, l’Anguille, l’Alose et l’Esturgeon ; elles ont toutes pu être pêchées dans la Loire. Une seule espèce marine a été identifiée : le Hareng.

Dis-moi ce que tu as mangé et je te dirai…

Ces observations permettent de connaître le régime alimentaire de l’élite (une aristocratie moyenne) qui vivait en ce lieu. En les confrontant aux résultats d’études menées sur d’autres sites relatifs à la même période (ceux d’exploitations agricoles notamment), il est possible d’associer aux espèces consommées des indicateurs du niveau social des habitants, ou de renforcer (voire, le cas échéant, de remettre en cause) des hypothèses déjà faites précédemment sur de tels indicateurs.

Identifiées sur le site de Montsoreau, les consommations de porcelets, d’agneaux, de bœufs élevés quasi exclusivement pour leur viande, de mammifères chassés, d’oiseaux sauvages et d’espèces rares (donc probablement prestigieuses) comme l’Esturgeon et le Paon semblent ainsi être caractéristiques d’un milieu aisé.

En complément...

• Archéozoologie. Les animaux et l'archéologie, L. Chaix. et P. Méniel (Errance, 2001)

• Animaux, environnements et sociétés, M.-P. Horard-Herbin et J.-D. Vigne, (Errance, 2005)

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