Les tourismes émergents ne sont pas seulement « de nature » ou « solidaires » : partir dans le désert marocain observer les astres, rencontrer des ethnies du sud du Cameroun ou comprendre la dynamique des glaciers de Chamonix en compagnie d’un spécialiste... telles sont les « vacances scientifiques » proposées par certains organismes. Projetant d’installer bientôt une antenne à Nantes, l’agence Escursia sait choisir ses guides : « Certains sont chercheurs au Muséum national d’histoire naturelle ou au CNRS, qui comptent parmi nos partenaires officiels », indique Olivier Pollet, cofondateur d’Escursia. Grâce à de tels partenariats, des voyageurs ont accès à des sites d’ordinaire strictement réservés aux scientifiques, comme la station des Nouragues, située dans la forêt guyanaise. Pendant une semaine, ils peuvent suivre les travaux des botanistes, ornithologistes, entomologistes et paléoclimatologues présents sur place. Sur l’île de la Réunion, d’autres touristes participent à une campagne d’identification et de suivi de cétacés par des moyens vidéo, photographiques ou acoustiques. « Nous attendons des guides une pédagogie qui privilégie la pratique, l’expérimentation et le récit d’anecdotes vécues plutôt que le cours magistral », souligne Olivier. Le chercheur enclin à partager ses aventures et ses connaissances sur le terrain même de leur production peut également trouver dans ce concept une opportunité financière. « Un jeune chercheur lyonnais qui étudiait une variété d’hippopotames du parc W au Niger nous a convaincus d’y créer une offre de séjour. Quand il accompagnait un groupe, il en profitait pour prolonger sa mission et accumuler ainsi des données à moindres frais. ».
J.D.
Reconstitution de trajectoires de muons détectés par le dispositif Alice lors d’une collision de protons produite au LHC © ALICE collaborationTreize heures, le 30 mars 2010. Des chercheurs, des techniciens et des étudiants réunis dans une salle de l’École des mines de Nantes sont sur le point de recevoir la nouvelle en provenance du Cern, à Genève : le LHC1 vient de produire ses premières collisions de protons à très haute énergie. Pour générer ces collisions, des milliards de protons sont injectés et accélérés dans le tunnel circulaire du LHC en deux faisceaux de sens de circulation opposés. « Dès qu’ils atteignent 3,5 TeV 2, une énergie jamais atteinte auparavant par un accélérateur de particules, nous faisons se rencontrer des protons de chaque faisceau au sein des détecteurs Atlas, CMS, Alice et LHCb », explique Guillaume Batigne, enseignantchercheur à Subatech3. Nous espérons que quelques-unes des millions de ces collisions permettent de détecter, parmi la myriade de particules alors produites, le boson de Higgs. » Cette mise en évidence étayerait le « modèle standard » de la physique des particules, une théorie des interactions électromagnétique, faible et forte qui explique notamment l'origine de la masse des particules connues. « Il ne s’agit pas seulement de détecter ce boson, précise Guillaume. L’expérience actuelle doit notamment fournir des données de référence pour étudier les collisions d’ions lourds prévues à la fin de cette année et qui intéressent particulièrement notre laboratoire. » Une collision de noyaux de plomb (82 protons et plus de 120 neutrons) très énergétique pourrait en effet générer un minuscule plasma de quarks et de gluons 100 000 fois plus chaud que le coeur du Soleil, un état dans lequel ces « sous-particules » ne sont plus liées pour former des hadrons (des particules massives telles que les protons et les neutrons). « Comme il nous est impossible d’observer directement cet événement qui ne dure pas plus de 10-24 seconde, nous essaierons de le reconstituer un peu à la manière d’experts de scènes de crime : l’examen des particules créées et détectées lors du milliardième de seconde suivant ainsi que des calculs dits probabilistes devraient nous permettre de retracer ce qui s’est passé pendant la collision. » L’immense quantité d’informations récoltée chaque jour est stockée dans des « fermes d’analyse » constituées d’ordinateurs répartis en différents lieux du monde. « Pour étudier un lot de données particulier, je dois créer un programme informatique qui va permettre de récupérer ces données en Pologne, par exemple, de les faire analyser par des calculateurs en Italie puis de consigner les résultats sur le terminal de Subatech », explique Guillaume. L’organisation de moyens informatiques d’une telle ampleur constitue elle-même une expérience inédite !
1. Large Hadron Collider. Cf. Chercheurs sans frontières.
2. 1 TeV (téraélectronvolt) = 1012 eV = 1,6 dixmillionième de joule
3. Unité mixte de recherche de l’École des mines de Nantes, l’Institut national de physique nucléaire et de physique des particules du CNRS (IN2P3) et l’Université de Nantes
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