Belles dents, bon oeil !

Les dents jouent un rôle crucial non seulement dans l’alimentation mais aussi dans les relations humaines, verbales ou non verbales. En particulier, elles participent à l’attrait d’une personne, surtout lorsqu’elle sourit. Les images médiatiques associées à la beauté, à la santé ou au bonheur ainsi que la croissance du nombre de soins esthétiques dentaires1 témoignent de l’importance aujourd’hui revêtue par la présentation d’une dentition blanche, complète et régulière : afficher « un sourire éclatant » est un atout pour la vie sociale, amoureuse ou professionnelle2. Une enquête sociologique menée dans des services d’odontologie a montré combien les dents blanches symbolisent la propreté, la santé, l’autonomie, la force et la maturité1. « Il est indéniable que la société actuelle est à la recherche de dents blanches et de sourires attractifs dont les répercussions sur l’estime de soi des patients sont vérifiables au quotidien », ajoute le clinicien Bernard Touati3. C’est pourquoi, depuis une trentaine d’années, se développent des techniques de traitement des dyschromies dentaires, modifications de la couleur normale des dents d’origine héréditaire ou pathologique, ou dues à la consommation de café, de thé, de vin, de tabac... Différents moyens physiques sont employés (éclaircissement par micro-abrasion ou par laser, pose d’implants, etc.) mais les traitements les plus courants, car les plus faciles d’emploi, sont chimiques, utilisant principalement des gels à base de peroxyde d’hydrogène3, 4. Les offres de traitement et les produits disponibles en vente libre, plus ou moins sûrs, se multiplient en France et en Europe. Pas autant, néanmoins, qu’aux États-Unis, où la perfection des dents semble devenir une obsession générale, où fleurissent les centres de blanchiment dentaire et où « plus la personne est riche, plus l’éclat de son sourire saute aux yeux », rapporte le journaliste Pascal Riché5. Toutefois, montrer quenotte blanche ne sert pas tant à signifier sa richesse ou sa réussite qu’à prouver son hygiène et donc le soin porté à soi, une qualité à laquelle, davantage qu’à la robustesse, les classes sociales aisées seraient les plus sensibles1

Hélène Gélot, étudiante en licence de biologie à l'Université de Nantes, et O.N.d.S.

1. Dents blanches, haleine fraîche. La bouche comme objet social, R. Daubert, dans Le corps sans dessus dessous, dir. L. Ciosi-Houcke et M. Pierre (L’Harmattan, 2003)

2. La sociologie du sourire ou le pouvoir de la séduction, W. de Gaston (L’Harmattan, 2000)

3. Traitements des dyschromies en odontologie, A. Miara et P. Miara (CdP, 2006)

4. Association dentaire française

5. Are You Flossing Every Day?

Des plantes de bienfait

© www.ohazar.com

Les produits d’origine végétale, et notamment ceux qui sont utilisés pour la santé ou la beauté, continuent d’avoir le vent en poupe. Ainsi, selon un rapport de l’OMS1, le marché mondial des plantes médicinales a atteint 60 milliards de dollars en 2000 et serait en expansion rapide. En France, les importations (20 000 tonnes de plantes, pour une valeur de 120 millions d’euros) dépassent encore largement les exportations (11 000 tonnes), bien que les surfaces de cultures de plantes médicinales et aromatiques aient doublé entre 1980 et 2008. Depuis 30 ans, l’Iteipmai2 participe au développement de la production de plantes destinées à divers secteurs industriels : pharmacie et phytopharmacie (soins apportés aux plantes), alimentation humaine ou animale (compléments alimentaires), cosmétique, parfumerie fine ou fonctionnelle, etc. Les travaux portent sur les méthodes de culture et surtout sur la sélection de végétaux capables de produire des substances d’intérêt originales ou en quantité plus importantes. La création de nouvelles variétés est un moyen souvent efficace pour augmenter les teneurs en principes actifs. Par exemple, quant à la digitale laineuse, 7 cycles de sélections successifs ont permis, en 20 ans, de multiplier par 5 sa teneur en digoxine, une substance utilisée en médecine contre certaines insuffisances cardiaques et tachycardies. Les produits innovants, quant à eux, peuvent être issus de la découverte d’espèces végétales mais aussi de nouvelles utilisations d’espèces déjà produites. Phytolia, une fédération d’entreprises du secteur « santé, beauté et bien-être » dans le Grand Ouest, nous a sollicités pour réaliser une étude des propriétés antioxydantes de végétaux produits traditionnellement en Anjou. L’intérêt pour ces propriétés a sans douté été augmenté par les résultats de l'étude nationale Suvimax3 réalisée entre 1994 et 2002, qui ont vanté les bénéfices de l’apport en composés antioxydants contre le vieillissement cellulaire et certaines pathologies. Notre prospection, réalisée en collaboration avec Végépolys4 et avec le soutien de la Région Pays de la Loire, a déjà permis de mettre en avant l’un de ces végétaux, qui s’est révélé particulièrement intéressant et qui fait actuellement l’objet d’études complémentaires en vue d’une exploitation pharmaceutique.

Denis BELLENOT, responsable du service Phytochimie à l’Iteipmai

1. Directives OMS sur les bonnes pratiques agricoles et les bonnes pratiques de récolte (BPAR) relatives aux plantes médicinales

2. Institut technique interprofessionnel des plantes à parfum, médicinales et aromatiques (Chemillé, Maine-et-Loire)

3. SUpplémentation en VItamines et Minéraux Anti-oXydants

4. Végépolys - pôle de compétitivité

Lire aussi Un marché de soins, de Fabrice Clerfeuille (Université de Nantes), un tour d’horizon chiffré des dépenses de santé et de la production pharmaceutique, ci-dessous

Des yeux "comme neufs"

Cristallin artificiel multifocal implanté dans un oeil © P.-Y. Santiago

L’idée de poser des implants oculaires est venue après que l’on a constaté la parfaite tolérance d’un morceau de plastique de cockpit d’avion par l’oeil d’un pilote de la Seconde Guerre mondiale. En 1949, elle devient réalité lorsque Sir Harold Ridley implante une lentille en PMMA (polyméthacrylate de méthyle) au cours d’une chirurgie de la cataracte (opacification du cristallin).

Depuis lors, les implants n’ont cessé de progresser en termes de restauration des capacités visuelles des patients. À leurs débuts, ils étaient rigides et de grande taille mais adaptés à la technique chirurgicale de l’époque, qui procédait par incision manuelle large de 7 à 9 mm. Aujourd’hui la technique et les matériaux ont considérablement évolué : le cristallin cataracté est aspiré au travers d’une incision large de 2 à 3 mm et réalisée grâce à une sonde à ultrasons, puis un implant souple est injecté par la même voie. Le cristallin artificiel peut contenir désormais un filtre qui protège la rétine non plus seulement des rayons UV mais aussi de la lumière bleue proche des UV, être multifocal tel un verre de lunettes progressives, torique (dont les courbures permettent de corriger l’astigmatisme), etc.

La chirurgie oculaire devient ainsi de plus en plus personnalisée, capable de corriger précisément les défauts optiques de chaque oeil cataracté. Plus encore, se profile la possibilité de réaliser des implants qui miment le comportement d’accommodation d’un cristallin normal en modifiant légèrement sa position selon la distance de l’objet observé.

Dans le domaine des maladies de la cornée, l’utilisation d’implants est plus récente mais également prometteuse. Par exemple, contre le kératocône, une pathologie qui provoque un défaut de résistance de la cornée puis une déformation progressive altérant fortement la netteté de la vision, l’insertion de petits anneaux au sein de la cornée va permettre de réduire cette déformation.

Enfin, quelques patients aveugles viennent de bénéficier des premières poses, en France, d’implants rétiniens électroniques qui restaurent une partie des fonctions de la rétine : ils peuvent désormais percevoir des formes et se diriger grâce à cette capacité nouvelle.

Pierre-Yves SANTIAGO, chirurgien à la clinique Sourdille (Nantes)

La beauté en soutien

© Punchstock / Inspirestock

Les symptômes et les traitements d’une maladie sont parfois source de perturbations physiques et psychologiques. Un cancer du sein peut conduire à une ablation qui altère la féminité ; une chimiothérapie provoque une asthénie (perte de vitalité), une alopécie (perte de cheveux), des nausées ou des troubles cutanés (sécheresse, érythème, etc.) ; l’anxiété et des troubles de l’humeur surviennent fréquemment... Ces problèmes ne peuvent être tous résolus par des actes médicaux ; ils appellent une prise en charge plus large permettant aux patients de mieux supporter la maladie grâce notamment à la restauration de l’aspect de leur corps. Pourtant, c’est seulement depuis 1996 que des centres hospitaliers accueillent, en France, des associations qui proposent des soins esthétiques1.

Les réactions de patientes recueillies lors d’une enquête menée récemment en milieu hospitalier, dans le cadre d’une thèse de pharmacie, soulignent l’impact positif de ces soins complémentaires sur le corps et sur l’esprit. Selon leurs propres mots, elles « oublient la douleur le temps d’un soin ». Nicole Dattée, psychologue à l’Institut Gustave-Roussy (Villejuif), témoigne dans le même sens : « Cette maladie (le cancer) a d’importantes répercussions psychologiques (angoisse, dépression...) et psychosociales (difficultés professionnelles et autres) ... l’esthétique est un moyen de ré-apprivoiser le corps qui a trahi, de pouvoir l’accepter et l’habiter de nouveau ... Nos patientes sont souvent des personnes délaissées, à qui la maladie fait peur. Elles réapprennent le plaisir de se faire materner ... ce n’est pas un acte médical, et cela veut dire que l’hôpital reconnaît aussi au malade le besoin d’autre chose que d’être soigné. » Avec Laurence Coiffard2, nous montons actuellement l’association SomaArt qui délivrera des soins esthétiques et de bienêtre aux patients du CHU de Nantes3. Ces actes seront dispensés gratuitement par une socio-esthéticienne, dont la formation permet de maîtriser des techniques adaptées aux situations médicale et sociale de chaque patient. L’originalité de la démarche consiste en particulier dans la proposition de massages et d’art-thérapie, pratique d’une activité artistique qui vise à diminuer l’anxiété et à renforcer l’estime de soi.

Lucie RENAUD, Docteur en pharmacie de l’Université de Nantes et Gaëlle CAVAREC, étudiante en master « Marketing des produits et service de santé » à l’Université de Nantes

1. Cosmetic Executive Women

2. Professeur de cosmétologie à l’Université de Nantes

3. Une assistance incluant des soins dermatologiques est proposée depuis 2006 au CHU de Nantes. Ce service nommé « Maquillage thérapeutique » et supervisé par le Professeur Brigitte Dréno est aussi accessible sur prescription d’un médecin de ville.
Renseignements : 02 40 08 32 22 ou 02 40 08 48 49.

DOSSIER
Le corps sous pressions

 Brèves corporelles

par les auteurs des brèves

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