Source de bienfaits, le soleil est aussi à
l’origine d’atteintes cutanées graves
comme le mélanome, un cancer qui cause près
de 1 000 décès par an en France et dont la
fréquence double tous les 10 ans. Il convient
donc d’intensifier la prévention des risques liés
à l’exposition au soleil, fréquente dans certains
métiers et très prisée pour le bronzage qu’elle
provoque car un teint hâlé est, en Occident, un
standard de beauté depuis les années 19301.
L’efficacité des produits de protection
solaire est quantifiée, dans le domaine des
rayonnements UVB, par le SPF (Sun Protection
Factor) et, pour les UVA, par le FP-UVA2.
Ces indicateurs sont actuellement déterminés
in vivo chez des volontaires que l’on irradie
localement et dont on observe les réactions
cutanées. Or soumettre des personnes à un
rayonnement dangereux pose un problème
éthique ; c’est principalement pourquoi nous
avons mis au point une méthode d’évaluation in vitro.
Le produit à tester est appliqué en film sur une
plaque puis irradié avec une lampe qui reproduit
la lumière solaire. On mesure, grâce à un
« spectrophotomètre à sphère d’intégration »,
la fraction du rayonnement transmise au
travers du film et celle qui est réfléchie par les
filtres inorganiques (minéraux) du produit ;
connaissant le rayonnement incident, on peut
en déduire la fraction absorbée par les filtres
organiques. Plus la fraction transmise est
réduite, plus la protection est efficace.
Afin de limiter les risques d’effets nocifs,
la réglementation européenne actuelle
n’autorise que 25 filtres organiques et un
seul filtre inorganique (du dioxyde de titane).
Toutefois, parmi ces filtres, certains ont des
effets indésirables (allergisants, notamment)
et seulement trois protègent des UVA.
Nous concentrons notre recherche de filtres
plus sûrs et plus largement efficaces sur
des substances qui, chez les végétaux (en
particulier des plantes exotiques exposées à
un ensoleillement fort), protègent le matériel
génétique du soleil. Nous avons ainsi trouvé
des flavonoïdes et des constituants de lichens
intéressants. Certains sont en cours de
commercialisation ; d’autres doivent encore
subir des évaluations d’innocuité, de stabilité
ou de coût d’exploitation.
1. Cf. L’invention du bronzage, P. Ory (Complexe, 2008)
2. Les longueurs d’onde des UVA sont comprises entre 320 et 400 nanomètres (nm), celles des UVB, un peu plus énergétiques, entre 290 et 320 nm.
Les cellules endothéliales tapissent la paroi
interne des vaisseaux sanguins. Elles
ont pour fonctions de faire varier le diamètre
des artères et d’empêcher la coagulation du
sang. Leur dysfonctionnement, favorisé par
l'hypertension artérielle, le diabète, l’obésité,
l’alcoolisme et le tabagisme, est une source de
pathologies graves dont le nombre de cas croît
à cause du vieillissement de la population et des
augmentations conjointes de la sédentarité et de
la consommation de glucides et de lipides.
Face à cette tendance, un consortium de
recherche s'est constitué, en Pays de la Loire,
autour de ProVasc1. Ce projet vise à identifier des
molécules ou composés d’origine végétale qui
ont une action antioxydante, capable de détruire
des molécules oxydantes produites
par les cellules et qui sont des sources accrues de
dysfonctions endothéliales lors du vieillissement
ou des pathologies ciblées. Les végétaux sont
privilégiés parce qu’ils sont riches en substances
antioxydantes ; c’est pourquoi le consortium
travaille en relation avec des banques d’extraits
naturels, dont la chimiothèque de l’Institut de
chimie des substances naturelles du CNRS, et des
entreprises ligériennes du pôle de compétitivité
Végépolys. L’objectif final est de développer, en
partenariat avec les industries agroalimentaire
et pharmaceutique, une pharmacologie plus
préventive que curative.
Dans un premier temps, des chimistes
identifient des substances antioxydantes à
l’aide de tests automatisés, dont la plupart
sont « spectrophotométriques » : la capacité
antioxydante est mesurée par la décoloration
d’une solution contenant un agent oxydant
(la décoloration témoigne de la destruction de
l’agent).
Dans un second temps, des biologistes évaluent
le potentiel de protection vasculaire de chaque
substance ainsi sélectionnée. Une batterie de
tests a été développée à cet effet. On mesure
notamment les variations de diverses fonctions ou
caractéristiques d’artères de rat mises en présence,
in vitro, de la substance. La diminution de la rigidité
de l’artère est un exemple d’effet positif.
Les substances ayant les effets positifs in vitro
les plus puissants sont ensuite testées chez des
rats vivants, dans lesquels des produits oxydants
sont marqués à l’aide de sondes fluorescentes.
Les effets in vivo sont jugés positifs si la
fluorescence est réduite (de façon analogue à la
décoloration évoquée précédemment).
À titre d’exemple, les extraits de feuille
d’anacardier (qui produit la noix de cajou) utilisés
traditionnellement en Afrique contre le diabète et
l’hypertension se sont révélés très actifs dans nos
tests. La substance responsable de cette activité
vient d’être identifiée et fait l’objet de tests
complémentaires.
1. pour « Protection vasculaire », projet coordonné par Pierre Pacaud, directeur de l’Institut du thorax à Nantes
Coupe d'une aorte de souris hypertendue. Les noyaux des cellules de la paroi de l'aorte apparaissent en bleu et l'élastine en jaune. © Inserm U915
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