Depuis trois ans, la Direction régionale de la cohésion sociale des
Pays de la Loire mène, avec le Comité départemental « EPMM1- Sports pour tous » du Maine-et-Loire et le CHU d’Angers, une action
auprès d’enfants et d’adolescents obèses ou en surpoids. Plus que
la perte de poids, ce programme nommé « Ateliers Passerelle » vise à revaloriser l’estime de soi de ces
jeunes gens via la pratique d’une activité
physique, alors même que cette estime
a pu auparavant être altérée lors d’une
telle activité. Il ambitionne de renforcer
l’autodétermination2 relative à l’exercice
physique. En effet, les motivations
étant souvent instrumentalisées (perdre
du poids, répondre aux attentes d'un
médecin ou de la famille), les éducateurs
sportifs ont entrepris de cibler des
besoins psychologiques fondamentaux,
dont les sentiments de compétence et
d’autonomie.
Nous avons constaté, grâce à une
évaluation appuyée sur des questionnaires,
que ces ateliers ludiques et non compétitifs permettent de limiter
le processus de comparaison sociale entre les participants et de
renforcer le plaisir ressenti lors de l’exercice physique. Leur motivation
paraît relativement stable dans le temps, mais il reste à s’assurer
qu’elle devient autodéterminée. Sur ce point, on observe que plus
les éducateurs promeuvent la liberté de choix pendant les séances,
plus les participants acquièrent une volonté durable de pratiquer une
quelconque activité physique ou sportive.
Ainsi les Ateliers Passerelle suscitent-ils,
séance après séance, l’engagement de jeunes
dans une pratique régulière bénéfique pour
leur santé mais surtout autonome et librement
choisie. Une formule similaire est ouverte aux
adultes depuis cette année.
1. Entraînement physique dans le monde moderne
2. capacité d’avoir la liberté de choix et d’en user consciemment
3. équipe « Activité physique, corps, sport et santé », Institut de formation en éducation physique et sportive, Université catholique de l’Ouest à Angers-Les Ponts-de-Cé
La dépression toucherait plus de 3 millions de personnes en France1.
Le projet de recherche que nous menons vise à préciser comment le
fonctionnement psychologique (évaluation de soi, émotions...) d’une
personne dépressive dépend du contexte et des événements quotidiens et
peut bénéficier de la pratique d’une activité physique ou sportive (APS).
Un premier travail consiste à étudier les variations des manifestations de
la dépression, comme une faible estime de soi, l’alexithymie (difficulté
à identifier et à réguler ses émotions) ou la rumination (idées fixes), et
à les comparer chez des adultes dépressifs ou en bonne santé. Son but
principal est de caractériser la vulnérabilité à la dépression et les signes
avant-coureurs d’un état dépressif. Il nécessite le recueil fréquent de la
perception que chaque sujet a de son état. Nous utilisons pour cela un
carnet électronique via lequel, matin et soir, pendant plusieurs mois, le
sujet répond à un bref questionnaire (par exemple, il évalue entre 0 et
10 la satisfaction globale qu’il a de lui-même) et peut noter des éléments
de son contexte personnel, tel un événement. Grâce au concours de deux
sujets volontaires, nous mettons actuellement au point un protocole
expérimental devant servir à tester et à affiner un modèle de fonctionnement
psychologique auprès d’une cohorte de dépressifs. L’originalité
de ce modèle « de dynamique du Soi » réside dans la relation qu’il permet
d’établir, sur plusieurs mois, entre l’état psychologique enregistré à des
instants successifs et le contexte qui lui est associé à ces différents instants
(le modèle est, de ce fait, qualifié de dynamique).
Un second travail porte sur la sélection de modalités de pratique d’APS
pouvant permettre aux dépressifs de recouvrer le sentiment de satisfaction
personnelle. Il s’appuie sur des études qui ont montré l’impact bénéfique
d'activités d'endurance : le ressenti positif augmente la valeur physique
que le sujet s’attribue pour rehausser enfin l'estime globale de soi.
Par exemple, une personne qui vient de faire un jogging se dit « Je ne me sens pas très fatigué » (ressenti), puis « Je peux courir longtemps sans me fatiguer » (valeur physique perçue), puis « J’en suis fier » (estime de soi) et enfin « Je pourrais courir plus souvent. Cela vaut la peine : on se sent mieux après » (effet favorable à l’investissement personnel). Après avoir mieux
caractérisé la dynamique du Soi chez les dépressifs, nous chercherons
à préciser, également à l’aide de questionnaires, quelles fréquences,
intensités et stratégies pédagogiques de différentes APS sont propices à
l’amélioration de l’estime de soi et applicables dans l’encadrement de ces
APS (dont l’escalade fera sans doute partie parce que la confiance en soi et
en autrui sont au coeur de cette activité).
Outre des avancées sur la modélisation et les moyens d’évaluation
en psychologie, ce programme vise donc une voie thérapeutique
complémentaire des médications classiques, par laquelle le patient pourra
mieux suivre son évolution, comprendre ses « cycles psychologiques » et
agir pour son bien-être en s’impliquant dans une APS encadrée.
1. source : INPES, 2005
Carnet électronique avec écran tactile. Pour répondre à la question posée, le positionnement du curseur permet au sujet d’évaluer entre « pas du tout » et « tout à fait » sa satisfaction globale de lui-même. © M. Fortes
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