Glossaire

donneur d’organe : personne vivante ayant déclaré consentir au prélèvement de l’un de ses organes. Cette opération est souvent effectuée juste après le constat de la mort cérébrale du donneur ; outre une partie d’un organe ou tissu (sang, foie, moelle, etc.), une personne en bonne santé peut donner un rein.

cohorte : échantillon statistique d’une population suivie pendant un temps relativement long, souvent plusieurs années, et dont les individus ont une caractéristique commune (même tranche d’âge, même pathologie...)

oxydant : qualifie une espèce chimique oxygénée, comme le peroxyde d’hydrogène (« eau oxygénée » H

2

O

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), très réactive et, de ce fait, capable d’altérer des constituants cellulaires. L’action de telles substances (stress oxydant) participe au vieillissement de l’organisme.

biocompatible : se dit d’un matériau inerte qui ne provoque ni lésion, ni effet toxique ou cancérogène, ni réaction inflammatoire ou allergique dans le tissu vivant au contact duquel il est implanté

DOSSIER
Le corps sous pressions

Transplanter des organes

Les voies de la tolérance

ou comment l’on cherche à prévenir les échecs de greffe d’organe
par Sophie BROUARD, chargée de recherche CNRS à l’Itert, Institut de transplantation et de recherche en transplantation (Inserm/Université de Nantes) et Magali GIRAL, néphrologue au CHU de Nantes

Une transplantation consiste à prélever un organe chez un donneur pour le substituer à un organe déficient chez un receveur. Ce type d’opération est réalisé avec succès depuis 50 ans, grâce à la découverte des mécanismes de l’immunité cellulaire1 que l’on peut inhiber pour empêcher un rejet systématique de l’organe greffé. Certains organes comme le foie semblent être mieux « acceptés » que d’autres, tels le rein, le coeur ou le poumon, mais ils ne sont pas pour autant faciles à greffer. De plus, quel que soit l’organe, le succès de l’opération est toujours relatif, car les traitements pharmacologiques « immunosuppresseurs », qui ne fonctionnent pas toujours indéfiniment, ont souvent des effets secondaires qui sont considérés par les patients comme une nouvelle maladie. L’objectif des chercheurs en transplantation est donc de permettre une tolérance complète et définitive du greffon, qui se traduit par son acceptation sans nécessité de prise de médicaments. La voie de recherche actuellement privilégiée consiste à trouver, outre des médicaments immunosuppresseurs plus efficaces et moins toxiques, des moyens qui permettraient, chez un patient donné, de stimuler une production naturelle et très ciblée de substances empêchant le rejet du greffon2. Dans ce cadre, l’étude de quelques très rares patients qui, las de leur traitement antirejet, ont abandonné celui-ci sans pour autant provoquer une réaction de rejet suscite un intérêt grandissant.

Vers la personnalisation des traitements antirejet
L’objectif est de rechercher, chez ces patients particuliers, les mécanismes de la tolérance « spontanée » (non provoquée par des traitements) afin de mettre en oeuvre une stratégie thérapeutique mieux adaptée à chaque cas de transplantation. Il serait alors utile de procéder à une biopsie de leur greffon, c’est-à-dire une analyse approfondie d’un prélèvement de l’organe greffé, mais le taux de perte de greffons consécutive à ce type d’opération (0,1 %) est considéré comme trop élevé. On préfère alors étudier les compartiments biologiques voisins du greffon et plus facilement accessibles, tels que le sang et les urines, en essayant d’y identifier des « biomarqueurs de la tolérance ». Il s’agit de gènes codant des protéines qui, en situation normale ou chez d’autres patients, sont absentes ou présentes en moindres quantités. Une fois ces gènes identifiés, il faudra préciser les facteurs qui sont à l’origine de l’expression de ces protéines afin de pouvoir moduler ou réduire les traitements classiques.

Nous avons déjà identifié quelques biomarqueurs de cette tolérance spontanée dans le sang de patients, mais il reste à vérifier la réalité de leur rôle supposé. À cette fin, étant donné qu’il est trop risqué de suspendre les traitements chez les transplantés présentant ces marqueurs, il faut pouvoir comparer les tissus, les traitements et les situations d’un nombre important de patients greffés. Cela nous sera possible en nous appuyant sur les nombreuses données des cohortes (cf. le glossaire ci-contre) issues des réseaux nationaux de greffe de rein (Divat) et de poumon (Colt)3.

Enfin, il ne faudrait pas oublier un autre problème majeur en transplantation : la pénurie d’organes qui se fait parfois critique, tout particulièrement en France. Le nombre de prélèvements, depuis longtemps inférieur aux besoins (plus de 200 personnes meurent chaque année en France faute d’organes disponibles), tend en effet à stagner tandis que celui des patients en attente d’un greffon ne cesse d’augmenter4.

1. Cf. Un grand pas pour l’immunité
2. Cf. Des sésames de survie
3. Données informatiques validées en transplantation et Cohort of lung transplantation, projet lancé en 2009 et coordonné par le CHU de Nantes
4. Cf. Fédération des Associations pour le Don d'Organes et de Tissus humains

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