L’une des plus anciennes affiches du Planning familial (Guy Georget, 1966) © MFPFLe mouvement du planning familial n’a
pas attendu 1960 et la commercialisation,
aux États-Unis, de la pilule du Docteur
Gregory Pincus pour réclamer le contrôle
des naissances. Son appellation anglosaxonne,
Birth Control, prit alors en France
une allure moderne, scientifique, pouvant
aider à s’attaquer au drame des avortements
clandestins, mais cet objectif restait difficile
à défendre car la loi de 1920 interdisait la
contraception (sauf le préservatif, surtout
utilisé dans les maisons closes contre les
maladies vénériennes) et réprimait tout acte
ou discours attentatoire à la natalité. Dans
la France exsangue de l’après-guerre, une
majorité politique avait réclamé des mesures
drastiques contre la baisse démographique,
perçue comme un déclin national ;
les Néomalthusiens, ces premiers militants
du droit à la contraception, avaient subi
une véritable répression, à l’image de leur
chef de file, Eugène Humbert, condamné en
1921 à cinq ans de prison notamment pour
propagande antinataliste.
En 1956, alors que le baby-boom rassure les
partisans de la « grandeur nationale », naît
Maternité heureuse, une association prônant la
« régulation des naissances ». Elle prend le nom
de Mouvement français pour le planning familial
(MFPF) en 1960. Sa fondatrice, la gynécologue
Marie-Andrée Lagroua Weill-Hallé, s’entoure
de médecins qui veulent faire évoluer la
position de leur ordre. Ce milieu favorable à la
contraception, soutenu par la franc-maçonnerie,
s’appuie sur une vision laïque de la société.
L’Église catholique, de son côté, continue de
s’opposer à toute sexualité non vouée à la
procréation ; nombre de femmes catholiques
s’éloignent alors d’elle.
L’opinion est divisée, en France comme ailleurs,
à propos de la contraception, et plus encore au
sujet de « la pilule ». Cette nouveauté suscite
la controverse (Fait-elle grossir ? Rend-elle
stérile ? Donne-t-elle le cancer ?) mais bénéficie
d’une apparente simplicité comparée au stérilet
apparu à la même époque. Les contraceptifs
chimiques circulent clandestinement en France,
tandis que la campagne du MFPF se renforce
avec des partisans prestigieux tels les prix Nobel
de biologie Jacques Monod, André Lwoff
et François Jacob, qui déclarent en 1965 :
« Du fait de l’évolution scientifique et technique, les lois qui régissent les relations entre les hommes ne peuvent plus être fondées sur une éthique datant de plus de vingt siècles. L’une des valeurs fondamentales d’une société moderne évoluée, c’est la liberté de l’individu dans le cadre des lois. Une telle société ne peut admettre que la femme demeure l’esclave de principes périmés. »
De convictions intimes aux lois
Grâce à des députés comme le gaulliste
Lucien Neuwirth, impressionné par la liberté
des jeunes Londoniennes, le Parlement légalise
la contraception en 1967, sous certaines
conditions (autorisation parentale pour les
mineures, interdiction de la publicité). Mais de
nombreuses résistances s’expriment encore
(les hommes perdront « la fière conscience de
leur virilité féconde » ; la pilule « dénature la
femme »...) et il faut attendre 4 ans pour que
les décrets d’application rendent la loi effective.
En 1974, tandis que Simone Veil vient d’être
nommée ministre de la Santé, le remboursement
de la contraception par la Sécurité sociale ainsi
que la gratuité et l’anonymat pour les mineures
sont décidés. L’usage de la pilule se généralise
rapidement : 92 % des Françaises nées dans les
années 60 l’ont utilisée.
L’argument de la prévention des avortements
avait fait basculer certains conservateurs en
faveur de cette légalisation, mais l’expérience
en montre les limites. Après Mai 1968, le MLF,
un mouvement féministe plus radical que le
MFPF, prend son essor avec des slogans tels
que « Un enfant si je veux, quand je veux »
et « Avortement libre et gratuit ». En 1975,
Simone Veil parvient à faire adopter une
loi autorisant provisoirement l’interruption
volontaire de grossesse.
Avec la pilule, les femmes gagnent la maîtrise
de leur fécondité : auparavant, l’évitement de
la grossesse dépendait le plus souvent de la
volonté et de l’habileté de leurs partenaires.
Cette liberté inédite, qui s’accompagne d’une
médicalisation allant des premières règles
jusqu’à la ménopause, est ressentie comme
une révolution.
L’histoire de ce bouleversement reste un
chantier de recherches, en particulier quant
à ses actrices et ses acteurs, et aux raisons
de leurs engagements. Elle nécessite le
recueil, la préservation et l’examen d’archives
nombreuses. L’Université d’Angers dispose d’un
atout en la matière : le Centre des archives du
féminisme où sont consultables, entre autres,
les fonds Pierre Simon, président du collège des
médecins du Planning familial dans les années
60, et Suzanne Képès, médecin elle aussi et
militante féministe très active1.
1. Cf. Musea
• Le Planning familial, Ch. Bard et J. Mossus-Lavau dir. (Presses universitaires de Rennes, collection « Archives du féminisme », 2007)
• Bibliographie d'histoire de l'éducation française
• Mouvement français pour le planning familial
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