Les jeunes Français intéressés par les
maths sont-ils en voie de disparition ?
Selon le rapport publié en 2002 par
Maurice Porchet1, en 1995, environ
40 000 bacheliers se sont inscrits en
premier cycle universitaire spécialisé en
mathématiques et 20 000 ont poursuivi
dans un second cycle de maths. Entre
1995 et 2000, le premier cycle n’a
quasiment pas perdu d’effectifs (et la
filière S du lycée non plus) mais, par
contre, le second a connu une baisse de
26 %, principalement au profit de filières
technologiques (sciences de l’ingénieur,
IUP2, licence d’informatique, etc.).
Les maths ne sont pourtant pas les moins
bien loties à l’université : sur la même
période, le second cycle de physiquechimie
a perdu 44 % du nombre de ses
inscrits !
Enfin, tandis que les formations d’ingénieurs connaissent, en revanche, une progression quantitative globale depuis plus de 15 ans, certains de leurs enseignants estiment que le niveau moyen des étudiants en mathématiques tend à baisser (mais a-t-on souvent entendu un avis contraire ?) ou tout au moins que les aptitudes des étudiants sont moins homogènes qu’auparavant.
1. Professeur à l’Université de Lille. Cf. le rapport sur les jeunes et les études scientifiques
2. Institut universitaire professionnalisé
Aristote pensait que les mathématiques sont une science, et
même la science la plus exacte et la plus rigoureuse qui soit,
mais qu’elles ne font pas bon ménage avec les sciences de la nature.
Si Galilée, Newton, Descartes et d’autres encore ont, en pratique,
largement nié cette incompatibilité vingt siècles plus tard1, la place
des mathématiques au sein des disciplines qualifiées de scientifiques
demeure néanmoins controversée.
Dire que les mathématiques (du grec ancien mathema, qui
signifie à la fois science et connaissance) sont une science
suppose de définir ce qu’est une science. S’il s’agit d’un
moyen méthodique de connaissance, les mathématiques
échafaudent des théories constituées d’hypothèses étayées
par des raisonnements logiques (des démonstrations,
en l’occurrence) et par des faits ou des expériences
reproductibles (des calculs, en l’occurrence) ; elles
partagent en cela une démarche commune aux autres
disciplines scientifiques.
C’est plutôt par leurs fondements et leurs objets que les mathématiques
semblent se distinguer des autres disciplines. D’une part, elles sont
fondées sur des axiomes, des énoncés supposés vrais mais non
vérifiables, tels que « x + 0 = x ». Or, selon Karl Popper, pour qu’un
énoncé soit scientifique, il faut que l’on puisse mettre en oeuvre une
procédure permettant de le tester et capable de le réfuter2. Ainsi,
puisqu’elles reposent sur des axiomes, les lois mathématiques ne
seraient pas tout à fait scientifiques. D’autre part, leurs objets sont
des notions abstraites, qui leur sont propres, tandis que les autres
disciplines sont empiriques : elles s’appuient sur des phénomènes
observés dans la nature ou provoqués par l’expérimentation. « La réalité n’est pas si simple, nous dit le philosophe Gilles-Gaston Granger3. Car, d’une part, c’est souvent à propos de questions posées par l’observation empirique que des concepts mathématiques ont été dégagés ; d’autre part, si la mathématique n’est pas une science de la nature, elle n’en a pas moins de véritables objets. »
Science ou non-science, « la mathématique » a en tout cas comme autre
particularité de progresser par le vrai et le faux, grâce à l’exactitude
de ses résultats (et non par des théories seulement étayées), faisant
d’elle un outil indispensable à la plupart des sciences... voire
davantage qu’indispensable : « quelquefois on dit qu’elle est leur servante, et quelquefois on dit qu’elle est leur maîtresse », remarque
Vincent Jullien1.
1. Cf. Comprendre et prévoir le monde et l’interview de
Vincent Jullien (Professeur à l’Université de Nantes) dans « Le Labo des savoirs », disponible en podcast
2. Au fait, c’est quoi, la science ?, de Sophie Pécaud,
3. La science et les sciences (Puf, coll. « Que sais-je ? », 1993). Rechercher aussi « science » et « mathématiques » sur Wikipedia
par les auteurs des brèves
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