discret (s’oppose à continu) : qualifie un ensemble dont les éléments sont dénombrables (on peut les numéroter), tel celui des nombres entiers ou rationnels mais pas celui des nombres réels. Un système d’équations discret est, typiquement, un système dans lequel les variables d’espace et de temps n’ont qu’un ensemble dénombrable de valeurs possibles.
linéaire : dont les variables s’ajoutent les unes aux autres avec des coefficients constants. Par exemple, soient deux variables x et y. L’expression y + 2x est linéaire ; 2x / y et x2 – y3 ne le sont pas. Dans une équation linéaire a x = b, l’inconnue x dépend proportionnellement des données a et b. Un phénomène est linéaire s’il varie dans la même proportion qu’une variation des données initiales.
Retracer la formation de l’Univers,
optimiser l’irradiation d’une région du
corps en radiothérapie, prévoir les vagues
d’un tsunami ou la résistance d’une aile
d’avion sont autant de problèmes qui peuvent
être décrits par des équations, mais cellesci
sont complexes et l’on ne sait pas trouver
à la main leurs solutions exactes. Le « calcul
scientifique » (numérique) cherche à construire
des algorithmes permettant d’obtenir, grâce à
l’ordinateur, des approximations suffisantes
pour les besoins pratiques.
À titre d’exemple, l’une de nos recherches
actuelles trouve une application dans la
compréhension de la propagation du « potentiel
d’action cardiaque », une modification de
l’état des cellules cardiaques responsable
des contractions du myocarde et à laquelle
correspond une variation du potentiel électrique
mesuré sur le thorax par électrocardiogramme
(ECG). Il s’agit de simuler les phénomènes
électrophysiologiques de façon efficace, c’està-
dire suffisamment précise et rapide à la fois,
tout en sachant qu’une grande précision est
gourmande en temps de calcul.
Une première étape consiste à modéliser
(mettre en équations) le fonctionnement
des cellules tel que le biologiste le connaît.
Le mathématicien effectue ensuite une
« homogénéisation » qui vise, grâce à des
théorèmes et des techniques éprouvées,
à modifier les équations afin de décrire le
fonctionnement électrique global du coeur
et non plus celui de chacune des milliards
de cellules cardiaques (cela serait inefficace
même avec les ordinateurs les plus puissants).
Nombreuses sont alors les hypothèses à faire
et les difficultés à surmonter, par exemple pour
traiter le passage du potentiel d’action entre
un réseau de fibres « de conduction rapide »,
représentées avec une seule dimension, et le
muscle cardiaque qui, lui, a trois dimensions.
La collaboration du biologiste et du
mathématicien est nécessaire pour conserver
une formulation à la fois adaptée au calcul et
correcte d’un point de vue biologique.
La pertinence du modèle dépendra finalement
de celle des équations initiales, de celle de
leurs transformations et de celle des valeurs
choisies pour leurs paramètres.
Des millions d’équations
Le phénomène étudié est maintenant décrit
par des équations dont le calcul de solutions
approchées est d’autant plus délicat que
ces équations sont non linéaires, les erreurs
commises étant alors plus difficiles à connaître
et à limiter que dans un cas linéaire1. Leurs
variables sont le potentiel d’action et l’ECG,
deux fonctions de l’espace et du temps. Dans
un ordinateur, on les représente par un nombre
fini de valeurs sur un « maillage » du coeur et
du thorax, une partition constituée de plusieurs
millions de polyèdres. À chaque fraction de
seconde, chacune de ces valeurs est recalculée
en fonction des valeurs des mailles voisines.
Il existe différentes façons de définir et d’utiliser
ces polyèdres ; une partie de notre travail a
consisté à en trouver une qui soit bien adaptée
aux équations.
Le modèle original est ainsi transformé en un
système discret1 d’équations très nombreuses,
nommé « schéma numérique ». Il s’agit alors de
vérifier, grâce à des outils mathématiques, les
qualités de ce schéma : précision, stabilité dans
le temps, respect de certaines quantités (par
exemple, les concentrations en ions doivent
rester positives), etc. Une dernière étape
consiste à programmer, pour ce schéma, une
résolution qui minimise les erreurs d’arrondi
et le temps ou « coût » du calcul ; d’autres
techniques mathématiques sont utilisées pour
ce faire. Enfin, des techniques informatiques
« de calcul parallèle » permettent de répartir les
opérations sur plusieurs processeurs.
Après sa validation, qui consiste à simuler
correctement des situations bien connues, le
code de calcul résultant nous a récemment
permis de confirmer l’hypothèse de nos collègues
de l’Institut du thorax2 sur la responsabilité
d’une mutation génétique dans un ECG
présentant un profil anormal. Ce code reste
néanmoins en évolution constante pour intégrer
des modèles physiologiques plus réalistes et
des méthodes de calcul plus efficaces.
1. Cf. le glossaire ci-contre.
2. Unité mixte de recherche 915 (Inserm/Université de Nantes
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