DOSSIER
Le plein d'énergies

La chronique conscientifique

L’énergie du café

Guillaume MÉZIÈRES, journaliste
tburgey / www.SXC.hu

Le mot énergie est avenant comme une évidence ; tout le monde le fréquente. L’industriel y voit un coût, le citoyen y voit une facture, l’écologiste en fait sa chimère, le militaire lui donne des accents stratégiques et les désespérés y trouvent leur compte. En sémantique au moins, l’énergie est recyclée, au point qu’il devient difficile de la définir. Elle est tour à tour produite, vendue, renouvelée ou gaspillée, mais est-elle jamais comprise ? Qu’est-elle vraiment ? Un flux ? Des particules ? Une matière que l’on stocke ? Une force que l’on vend ? Tournons-nous vers la physique et, avant celle-ci, vers les Anciens, comme le veut l’usage lors des tergiversations lexicales. Nous trouvons ainsi chez les Grecs une définition apparemment simple : energeia, la force en action. « La force en action » ? Ah oui… celle d’un choc, d’un rayonnement, d’une combustion, ou même d’un simple mouvement. Ainsi tout est énergie ! Cela va sans dire, certes, mais cela ira mieux en le disant, répliquerait Monsieur de Talleyrand. Et Monsieur de Lavoisier d’ajouter que « rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme ». Une balle lancée qui transmet son énergie au sol jusqu’à ne plus pouvoir rebondir, ou une batte qui transfère son énergie à une boîte crânienne… dans tous les cas, l’énergie demeure présente ; elle se diffuse, provoque des réactions - car le sol n’est plus tout à fait le même après l’épisode de la balle et le crâne se remettra difficilement de celui de la batte - et semble se perdre après l’action, que cette dernière soit une mise en mouvement, une fission, une combustion… Elle laisse en fait s’évacuer une part d’elle-même sous forme de chaleur. Ainsi le physicien nous dit que l’énergie ne se perd pas et, de la même manière, qu’il est impossible de la créer. Tout est énergie et l’énergie est partout, universelle, et éternelle, mais son allure est différente, bien sûr, selon qu’on la cherche dans le vent, dans l’uranium ou chez l’adolescent. Une transformiste qui a ses petites bouffées de chaleur… Voilà que l’énergie se pare de poésie : elle est la source de toutes les créations, et la chaleur est comme une vocation secrète de la matière. Cette tasse de café, regardons-la fumer d’énergie ; admirons les volutes de ses suaves effluves et contemplons ses efforts, tellement beaux car si désespérés, pour réchauffer cet air matinal qui n’a rien à lui donner. Si votre café devient vite imbuvable, c’est peut-être que le noir breuvage offre son énergie sans compter. Et tout notre travail se perd en chaleur humaine qui réchauffe l’Univers.

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« mot du jour » de Guillaume Mézières)

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