Le regain d’intérêt actuel, au niveau
mondial, pour l’énergie nucléaire peut être
expliqué par l’accroissement de la demande
d’électricité, la volonté de nombreux pays de
diminuer leur dépendance énergétique vis-àvis
d’autres pays, la raréfaction des ressources
fossiles et l’impact supposé néfaste, sur le
climat, de l’émission de gaz à effet de serre
générée par la combustion de ces ressources.
En France, le Parlement a voté en 2005 et
2006 deux lois qui, dans ce domaine, fixent
les objectifs de développement et encadrent
la recherche pour la décennie à venir : disposer
de ressources très durables (plusieurs siècles),
ce que ne permet pas le parc actuel de réacteurs
à eau pressurisée (REP) ; améliorer la gestion
des déchets en termes de recyclage, de stockage
(un nouveau site doit être choisi en 2015) et
de réduction de leur nocivité.
Des destructions modélisées
La conversion de l’énergie nucléaire en chaleur
servant à produire de l’électricité découle
de la fission de noyaux lourds (uranium,
principalement) par des neutrons1. Dans les
REP, la relative lenteur de ces neutrons est en
partie responsable de la formation d’atomes
très durablement radioactifs tels que le
neptunium, l’américium et le curium, qui sont
des « actinides mineurs ». Une future filière
de réacteurs « à neutrons rapides » (RNR)
permettrait de consommer moins de ressources
fissiles comme l’uranium et de générer moins
d’actinides mineurs non recyclables. Les objectifs
évoqués ci-avant impliquent deux stratégies
possibles, l’une n’excluant pas l’autre : mettre
en oeuvre des moyens de transformation
nucléaire (on parle plutôt de transmutation)
d’actinides mineurs en noyaux d’atomes dont
la radioactivité est moins intense ou moins
durable, et développer la filière RNR.
Notre équipe étudie la première option via
la conception d’un type de réacteur « sous-critique
» complémentaire des REP ou des RNR
et nommé Accelerator Driven System (ADS)
car son fonctionnement serait assuré par
un accélérateur de particules. Ces dernières
viendraient frapper des cibles (dites « de
spallation ») installées au coeur du réacteur ;
les collisions produiraient des neutrons
rapides capables de transmuter les actinides
mineurs (cf. figure 1). Par mesure de sécurité, la
composition du coeur ne permettrait pas qu’une
chaîne de réactions de fission puisse s’y autoentretenir
comme dans un réacteur standard :
si l’accélérateur ne fonctionne plus, l’ADS
s’arrête (d’où l’appellation « sous-critique »).
Nos recherches visent à définir les
caractéristiques d’un tel système : dimensions
et géométrie du coeur ; nombre et emplacement
des cibles ; énergie et intensité du faisceau de
l’accélérateur ; nature et position des barres
de commande qui permettent de réguler le
flux de neutrons en absorbant une partie de
ceux-ci ; nature du fluide caloporteur qui évacue
la chaleur générée, etc. Nous optimisons tous
ces paramètres grâce à des modèles et des
simulations numériques dont certains résultats
pourraient être confrontés à des expériences
effectuées sur la maquette Guinevere2, version
très simplifiée d’un prototype de dimension
réaliste qui devrait voir le jour vers 2022.
Nous venons d’obtenir un ensemble de
caractéristiques (cf. figure 2) qui permettent,
en principe, « d’incinérer » ainsi des quantités
intéressantes d’actinides mineurs : un faisceau
de protons de 1 GeV (énergie) séparé en trois
faisceaux de 20 mA (intensité) sur autant de
cibles de spallation, une puissance thermique
maximale de 1,4 GW, etc.
Des scénarios à étayer
L’étape suivante consiste à étudier des scénarios
d’utilisation effective d’ADS dans un futur parc
électronucléaire français, selon deux principaux
cas de figure : un parc constitué exclusivement
de REP et un parc de RNR (des parcs mixtes
pourront être examinés ultérieurement).
Cette étude est également très complexe
parce qu’il faut considérer, dans chaque cas,
différentes modalités possibles de recyclage des
actinides mineurs (qui varient beaucoup entre
les REP et les RNR), et cela sur une période
allant jusqu’en 2150.
Nous estimons aujourd’hui que le nombre d’ADS adéquat, pour un parc constitué de REP, est inférieur à 10. Ces installations complémentaires induiraient un surcoût de production restant à préciser (des études préliminaires menées par le CEA3 l’ont évalué à 25 %) tout en tenant compte du fait qu’elles seraient capables d’assurer au moins 10 % de la production électronucléaire française.
1. Cf. Défis nucléaires, F. Gauché, Têtes chercheuses n°5.
3. Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives
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