Chaud dedans !

Laurent GEOFFROY, Professeur à l’Université du Maine, chercheur au LPGNantes (CNRS/Universités de Nantes et du Maine)

À la surface terrestre, le flux d’énergie radiative provenant du Soleil est au moins 2 000 fois supérieur à celui de l’énergie géothermique (qui provient de l’intérieur de la Terre où la température croît en moyenne de 1°C tous les 30 mètres). La chaleur de la Terre est néanmoins intéressante à exploiter parce que ses réserves sont gigantesques et qu’elle est disponible jour et nuit. Les nappes d’eau chaude peu profondes sont adaptées au chauffage urbain. Plus profondément (vers 4 ou 5 km en France), les roches fracturées contiennent des fluides très chauds (plus de 150°C) dont l’exploitation idéale est une conversion en énergie électrique. À Soultz, en Alsace, un projet consiste à injecter de l’eau froide sous pression dans un puits profond de 5 km et à récupérer les fluides chauds qui sont alors poussés à travers les roches vers des puits voisins ; ils y sont captés à 180°C et permettent de faire fonctionner une turbine qui produit de l’électricité.

Moins les sources de chaleur sont profondes et plus l’exploitation est facile à mettre en oeuvre ; c’est pourquoi les zones d’activité volcanique sont propices à la géothermie de haute énergie. Cette dernière fait l’objet de recherches très actives sur le plan international. Dans certaines régions, les fluides (constitués en majorité d’eau) ont des pressions et des températures telles qu’il ne s’agit ni de liquide ni de vapeur mais d’un état particulier, dit supercritique. En Islande se trouvent, dès 2 km de profondeur, de grands réservoirs rocheux de fluides supercritiques dépassant 400°C et 220 bars. Le programme international IDDP1 vise à exploiter cette ressource mais les difficultés techniques sont grandes car il faut canaliser ces fluides vers la surface sans qu’explose le puits de forage.

Alors que son objectif initial portait sur la compréhension de processus tectoniques complexes, notre équipe a participé à la découverte de ces réservoirs en mettant en évidence2, en 2005, une anomalie géophysique caractérisant leur présence. Depuis lors, un nouveau réseau de stations sismologiques a été mis en place pour décrire plus avant la structure de cette zone et son évolution en vue de procéder à un forage expérimental.

1. Iceland Deep Dilling Project

2. par tomographie sismique. Cf. Scanner la Terre et La Terre comme un autocuiseur,Têtes chercheuses n°10 « Cailloux et planètes ».

Une installation géothermique en Islande © Josep Pique / iStockPhoto

DOSSIER
Le plein d'énergies

Ressources terrestres

Rien ne se perd… ou presque

Pierre VACHER, Maître de conférences à l’Université de Nantes, chercheur au LPGNantes, Laboratoire de planétologie et géodynamique de Nantes (CNRS/Universités de Nantes et du Maine)
© www.ohazar.com

Sur Terre, la quantité totale d’énergie est quasi constante, mais certaines formes d’énergie sont présentes en quantités très variables ; tel est le cas des « énergies primaires » non renouvelables, qui constituent des stocks (énergies fossiles ou d’origine nucléaire). Les autres énergies primaires sont des flux (rayonnement solaire, vent, marées...) dont certains peuvent être stockés provisoirement (biomasse, énergie hydraulique). La quantité d’énergie provenant des flux est très supérieure à celle des stocks aujourd’hui exploitables : à elle seule, celle du rayonnement solaire reçu annuellement par les continents équivaut à 25 fois le stock mondial actuel d’hydrocarbures. Exploiter une énergie primaire, c’est très souvent la convertir en « énergie finale » thermique, électrique ou mécanique, dont la consommation aboutit toujours à une émission de chaleur dans l’atmosphère ou à un rayonnement. Différentes technologies sont utilisées ; leurs efficacités respectives peuvent être comparées selon leur facteur de charge1 (FC) et leur rendement de conversion2 (RC). Par exemple, une éolienne terrestre convertit le vent en électricité avec un RC maximal de 59 % et un FC de 25 % ; un réacteur nucléaire a un FC élevé (85 %) mais un RC de 37 % seulement, les deux tiers de la chaleur qu’il produit étant rejetés dans l’environnement ; les systèmes de cogénération peuvent recycler cette chaleur perdue ou brûlent des combustibles pour produire de l’électricité et de la chaleur avec un RC de 90 % tout en rejetant peu de gaz à effet de serre.

Améliorer et multiplier les systèmes de cogénération, qui assurent aujourd’hui 11 % de la production électrique en Europe (seulement 3 % en France), permettrait de réduire la consommation de pétrole conventionnel (couramment exploité), dont la production est en déclin depuis quelques années3. Si les technologies actuelles permettent de « réexploiter » d’anciens gisements, elles offrent également aux compagnies pétrolières la possibilité d’exploiter des stocks de pétrole et de gaz non conventionnels (PNC, tel celui des sables bitumineux, et GNC, tel le gaz de schiste), moins accessibles (profonds ou offshore) ou moins concentrés en hydrocarbures. L’extraction des PNC du Canada et du Venezuela, dont les réserves connues représentent deux tiers des gisements mondiaux de pétrole, est une opération désormais rentable dans la mesure où la demande en hydrocarbures croît malgré la hausse de leurs prix. Cependant, le recours à ces ressources non renouvelables n’est en aucun cas une solution durable à la crise énergétique actuelle ; de plus, elle nécessite de grandes quantités d’eau et de produits chimiques potentiellement dangereux pour des écosystèmes qui ne sont peut-être pas davantage renouvelables.

1. pourcentage du temps pendant lequel le convertisseur fonctionne en délivrant une puissance nominale (attendue en fonctionnement normal)

2. Cf. glossaire.

3. selon le rapport World Energy Outlook 2010 de l’Agence internationale de l’énergie

En complément...

• Doc sonore de Prun’ : interview de Pierre Vacher - Podcast disponible à partir du jeudi 17 mars.

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