Pour comparer l’efficacité d’un échangeur chaotique (en coupe, à droite) à celle d’un échangeur hélicoïdal classique (à gauche), on injecte dans chaque échangeur deux flots d’un même fluide, le premier étant chargé de particules fluorescentes. En sortie d’échangeur, on constate que le conduit chaotique a mieux mélangé les deux flots que le conduit classique.
Canaux de refroidissement coudés d’une pile à combustible, plus efficaces que des canaux rectilignes © R2C2, d'après B. AuvityLa Commission
européenne veut réduire
de 20 % la demande
énergétique d’ici à 20201.
Comme plus de 80 % des
combustibles fossiles et plus
de 40 % de la production
d’électricité servent à chauffer,
l’amélioration des systèmes
de chauffage paraît cruciale
pour parvenir à atteindre cet
objectif. Ce progrès intéresse
les industries parce que la part
de l’énergie dans leurs coûts
de production va croissant et
que les économies d’énergie
constituent désormais un
argument de communication
au même titre que la « qualité
environnementale » des produits. Le secteur
agroalimentaire est particulièrement concerné
car il totalise 13 % de la consommation d’énergie
en France.
Nos travaux visent principalement à intensifier
les transferts de chaleur dans les procédés de
fabrication, l’énergie nécessaire au chauffage
ou au refroidissement requis étant alors réduite.
Un tel transfert est d’autant plus efficace que
la surface des parois de l’échangeur de chaleur
est grande. Il est accéléré lorsque le fluide à
chauffer ou qui sert à refroidir est brassé dans
l’échangeur. Le brassage est même nécessaire
lorsque ce fluide doit rester thermiquement
homogène. Par exemple, dans le cas des
produits (laitiers, notamment) qui doivent
être stérilisés, il facilite l’obtention rapide
d’une température suffisamment haute dans
l’intégralité du fluide tout en évitant le recours
à un chauffage fort qui serait coûteux et qui
risquerait de dégrader le produit au contact
de la paroi de l’échangeur.
Intégrer à l’échangeur un système de brassage
mécanisé (à pales tournantes, par exemple)
n’est pas toujours une solution adéquate, soit
parce que cette opération est trop coûteuse en
énergie, en matériel ou en encombrement, soit
parce que créer des turbulences est néfaste à
certains produits fragiles. Parfois, elle est même
impossible physiquement, par exemple quand
la section du conduit d’écoulement est petite ;
tel est le cas des canaux de refroidissement à
eau de piles à combustible. Ce problème se
rencontre de plus en plus fréquemment avec
la miniaturisation des appareils.
Un chaos bienfaiteur
Il y a une quinzaine d’années s’est développée
une approche pouvant permettre de pallier
l’absence de turbulences propices à l’échange
thermique. Elle utilise le phénomène
« d’advection chaotique » dans lequel les
particules d’un fluide suivent des trajectoires
chaotiques (très irrégulières) bien que
l’écoulement demeure laminaire (non turbulent).
Ce phénomène peut être généré au moyen d’un
conduit de forme accidentée, par exemple
avec des coudes successifs. Il permet alors de
réaliser un brassage sans dépense d’énergie ni
encombrement supplémentaire.
Notre travail consiste en partie à rechercher des
formes d’échangeur qui génèrent une advection
chaotique efficace. Il s’appuie sur des calculs
et des essais expérimentaux
dans lesquels sont mesurées,
en plusieurs lieux du conduit,
les vitesses d’écoulement et
les températures du produit
à chauffer. Dans l’un des
cas que nous avons étudiés,
le remplacement d’un
échangeur classique par un
« échangeur chaotique » a
permis d’augmenter de 30 %
le transfert de chaleur.
La sobriété par la minceur
Les procédés de façonnage
de métaux (usinage à
grande vitesse, forgeage,
emboutissage à chaud, etc.)
constituent un autre domaine dans lequel
l’optimisation des échanges thermiques est
très opportune. Dans l’industrie automobile,
par exemple, on cherche à diminuer l’épaisseur
de certaines pièces pour réduire la quantité
de chaleur nécessaire au procédé ou pour
alléger les véhicules, qui deviennent ainsi
plus économes. Cette diminution requiert une
connaissance fine des échanges thermiques
dont la pièce fait l’objet. Grâce à un logiciel
de simulation auquel sont fournies des valeurs
de température collectées lors du façonnage,
nous explorons les possibilités de réduction des
pièces et d’adaptation du procédé industriel
qui maximisent les gains énergétiques tout en
laissant à ces pièces une résistance mécanique
suffisante.
Document sonore de Prun’ : interview de Cathy Castelain - Podcast disponible à partir du jeudi 17 mars.
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