Taux de conversion du bois en charbon à l’intérieur d’un gazogène (simulations). x est la distance au centre du gazogène et y est la hauteur dans le gazogène. Le taux apparaît en couleurs. Les calculs ont indiqué que la température doit atteindre 600°C pour optimiser la conversion
Le respect des objectifs européens actuels
de réduction de la consommation
d’énergie d’origine fossile, des pollutions et
des émissions de gaz à effet de serre nécessite
des efforts considérables de la part de tous.
Il requiert également des recherches appliquées
à l’exploitation de nouvelles ressources ou à
une meilleure utilisation de ressources déjà
exploitées.
Dans ce cadre, nous travaillons sur les moyens
permettant de transformer autant que
possible tous types de déchets organiques
(rebuts d’exploitations agricoles ou sylvicoles,
cartons, huiles, plastiques, etc.) en combustibles
gazeux, liquides ou solides pouvant alimenter
des machines de haut rendement et très
peu polluantes. Il s’agit aussi de combiner
procédés de transformation et machines au
sein de dispositifs robustes, de faible taille et
de manipulation simple : ces systèmes pourront
alors être adoptés par de nombreux utilisateurs
pour valoriser les déchets sur les lieux de leur
production et éviter ainsi de dépenser de
l’énergie pour les transporter. Le moteur à
combustion interne est un type de machine
qui répond bien à ces critères.
Nos études consistent à caractériser les déchets
et leur combustion, à développer, pour chaque
catégorie de déchets, un procédé de valorisation
adapté à un moteur à combustion interne, puis,
une fois le combustible obtenu, à mettre au
point ce moteur.
Des gaz sans goudrons
La gazéification est l’un des procédés ad hoc :
elle transforme une matière solide en un
gaz qui, typiquement, alimentera un moteur
utilisé en cogénération1 avec un rendement
énergétique pouvant atteindre 90 %. Outre
l’électricité produite, la chaleur générée servira
à sécher le déchet (sa gazéification le nécessite
très souvent).
Nous avons cherché à connaître finement le
processus thermochimique de la gazéification
pour mettre au point2 un gazogène qui
transforme du bois en charbon par pyrolyse
(sans combustion) et produit un biogaz dont la
très faible teneur en goudrons évite de recourir
à un système d’extraction de ces particules qui
brûlent difficilement. Les résultats de simulations
numériques (cf. figure 1), confortés par des tests
effectués sur des réacteurs expérimentaux, ont
permis d’optimiser des paramètres tels que le
rapport hauteur/diamètre du gazogène et la
température de pyrolyse (600°C).
Des moteurs préservés
Les problèmes rencontrés avec les moteurs
à biogaz sont essentiellement des émissions
polluantes à faible charge (pression et
température faibles dans la chambre de
combustion) et la survenue, à forte charge,
d’un cliquetis (pics de pression tels de petites
explosions) très néfaste au moteur. Parmi les
produits de gazéification, le dihydrogène a un
potentiel d’auto-inflammation particulièrement
élevé, source de cliquetis intense qu’il s’agit de
prévenir en réglant le moteur ; pour ce faire,
il faut pouvoir détecter le cliquetis et connaître
les conditions de son apparition.
Le cliquetis provoque une hausse de température
dans la chambre de combustion, or jusqu’à
récemment, les techniques de détection
disponibles dans l’industrie étaient peu fiables
ou difficiles à mettre en oeuvre. Nous avons
recherché une technique alternative. Grâce à
des moteurs expérimentaux dans lesquels il est
possible de placer des capteurs de pression pour
mesurer directement le cliquetis, nous avons
montré que la différence DT entre la température
moyenne des gaz d’échappement et celle de la
paroi de la chambre décroît avec l’intensité du
cliquetis. Puis, en effectuant différents réglages
(par exemple, celui de l’instant auquel la bougie
déclenche la combustion) et en faisant varier
la quantité de gaz injectée dans la chambre,
nous avons trouvé une relation proportionnelle
(à laquelle correspond la droite de la figure 2)
entre cette quantité et la valeur critique de DT
en dessous de laquelle le cliquetis apparaît.
Ce résultat nous a permis d’établir une méthode
instrumentale, brevetée en 2006, de détection
thermique du cliquetis3.
Cette méthodologie de recherche est
maintenant appliquée à l’utilisation des gaz de
méthanisation1 de la biomasse, qui comportent
non pas des goudrons mais des siloxanes
(particules contenant du silicium) largement
responsables de cliquetis.
1. Cf. le glossaire.
2. grâce notamment au travail de thèse de Pierre Lamarche
3. grâce notamment au travail de thèse d’Éric Ollivier
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