Lire attentivement la notice !

C ’est écrit : il ne faut jamais prendre plus de 4 grammes de paracétamol par jour. La posologie conseille aussi de diviser cette dose journalière admissible (DJA) en 4 prises espacées de 6 heures, la vitesse d’élimination d’une substance active devant être prise en compte.

Comment une DJA est-elle déterminée ?

Il faut d’abord s’assurer que cette substance n’entraîne pas d’effet toxique aigu. Pour ce faire, classiquement, on détermine sa DL50 (dose létale 50), dose qui, administrée en une seule fois à des animaux de laboratoire (des souris, le plus souvent), provoque la mort de 50 % d’entre eux. Des effets indésirables autres que la mort pouvant apparaître à plus ou moins long terme, des tests in vivo ou in vitro sont systématiquement réalisés pour établir la dose sans effet observé (DSEO, ou NOEL1).

Afin d’estimer la DJA pour l’Homme, l’OMS2 recommande de diviser la DSEO par un facteur 100, non pas parce que l’Homme serait 100 fois plus vulnérable que la souris mais surtout pour prendre en compte la variabilité des fragilités au sein de l’espèce humaine. Ce facteur de sécurité est augmenté lorsque les tests effectués sont jugés insuffisants en nombre ou en fiabilité.

Il est impossible de définir ainsi une DJA de substances cancérigènes, car une exposition très ponctuelle à quelques molécules peut suffire à provoquer un cancer, et cela après une durée imprévisible. Des données épidémiologiques et, parfois, des modèles mathématiques permettent néanmoins d’estimer une dose virtuelle de sécurité. C’est également grâce à des statistiques portant sur des pathologies et des expositions que sont établis des niveaux d’exposition maximale aux rayonnements ionisants (cf. Des valeurs et des mesures).

1. No Observed Effect Level. En écotoxicologie, on parle plus souvent de NOEC (No Observed Effect Concentration)

2. Organisation mondiale de la santé

Julie DANET et Hélène GÉLOT

En complément...

• Toxicologie, F. Lu (Masson, 1992)

• Toxicologie, A. Viala et A. Botta (Tec&Doc, 2005)

La peur envers les nanos

Des objets industriels, les nanomatériaux, se sont invités à la fabrique du vivant : leurs propriétés, situées dans la démesure de « l’infiniment petit », semble tenir du prodige1. Ils échauffent notre imagination, nous fascinent et nous effraient en même temps, au point qu’ils ne nous apparaissent pas comme des objets banals. Ils sont dépeints comme étant à la fois machines et pneuma2 ; les représentations que nous en avons peuvent être ordonnées selon deux grandes catégories anthropologiques3 : ce qui est inerte et que nous pourrions maîtriser ; ce qui est vivant et qui, de ce fait pourrait échapper à notre maîtrise.

Le préfixe nano est tiré du grec ancien ; il signifie nain. Il renvoie à une dimension, le nanomètre (milliardième de mètre). Le nain est une figure importante de la mythologie nordique. Il a été créé par Odin et ses frères à partir des larves qui rongeaient le cadavre du géant Ymir. Au XIXe siècle, une tentative de classement démonologique rencontre une difficulté : quel statut donner à cet être qui, comme l’avait déjà constaté Catherine de Médicis4, se reproduit difficilement ? Le statut matériel et politique des nanomatériaux rencontre les questions déjà soulevées par l’histoire du statut des « nains de cour ». Leur probable incapacité à se reproduire fait qu’ils ne pourraient guère échapper au contrôle de l’Homme. Pourtant, ils s’immiscent partout, dans l’environnement, dans notre corps5, et leur destin reste en partie inconnu ; mobiles et capables de se transformer, leur surveillance est difficile. Elle doit porter sur leurs mouvements plus que leurs stockages, des « flux » plus que des « territoires »6 dont la localisation et les contours ne changent pas.

Il s’agit donc de maîtriser des objets pouvant nous paraître proches du vivant, mais cette proximité ne suffit pas, loin s’en faut, à leur attribuer des bienfaits comme nous le faisons habituellement pour tout ce qui nous semble naturel. Les « nanos » apparaissent comme des figures de la modernité ; leur domaine serait celui d’un no man’s land anthropologique dans lequel nous séparons ou concilions nature et culture7.

Avons-nous produit des monstres ? Car maîtriser leur naissance et se persuader de leur stérilité ne suffisent pas à nous rassurer. Ils provoquent ce sentiment d’inquiétante étrangeté (Unheimliche) par laquelle Freud désignait la peur envers ce qui sort de l’ombre et qui, bien que familier, nous menace. Doit-on alors attendre qu’une « gestion sociétale » des risques liés aux nanos puisse raisonner les peurs que ces derniers suscitent ? Ces peurs ne sont-elles pas finalement justifiées ?

Dominique PÉCAUD, Maître de conférences en sociologie, directeur de l’Institut de l’Homme et de la technologie (Université de Nantes)

1. C’est l’épaisseur de l’ordre de quelques milliardièmes de mètre d’un nanomatériau ou le grand rapport surface/volume de ses éléments (nanoparticules) qui est source de propriétés remarquables. Cf. par exemple Têtes chercheuses n°2 « Des matériaux de génie » et n°17 « Le plein d’énergies ».

2. souffle, esprit ou cause de vie (en grec ancien)

3. relatives à l’essence, au fondement de l’humanité

4. Elle voulut accoupler des nains afin de répondre à la demande croissante des cours occidentales qui recherchaient leur présence. Cf. Histoire des monstres de l’Antiquité jusqu’à nos jours, Ernest Martin (Reinwald et Cie, 1890).

5. Pourparlers, Gilles Deleuze (Éditions de Minuit, 1990)

6. Cf. par exemple Des médicaments ultraciblés.

7. Par-delà nature et culture, Philippe Descola (Gallimard, 2006)

Lire aussi Oser le progrès, de Jean-Michel Besnier

DOSSIER
Des toxiques à moindres risques

 Brèves cyndiniques

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