© www.ohazar.comLes travaux de recherche en psychologie ont montré que de
nombreux facteurs individuels, sociaux, contextuels ou culturels
conduisent les individus ou les groupes sociaux à interpréter
différemment les informations portant sur un risque donné et à se
représenter ce dernier de façon peu objective, parfois en l’exagérant
ou en le minimisant.
La connaissance de ces représentations et de leurs mécanismes aide
à comprendre et à prévoir les comportements particuliers face aux
dangers pour la santé et à adapter en conséquence les stratégies de
prévention. À titre d’exemple, une étude menée auprès de salariés de
l’usine de retraitement de déchets nucléaires de La Hague a montré
que certains de ces travailleurs se forgent une identité professionnelle
valorisante à travers une prise de risque, comme ne pas revêtir les
gants réglementaires. Un message préventif ciblé sur le port des gants
suscitera une adhésion d’autant plus large que le lien entre la mesure
proposée et la réduction du risque sera facilement saisi par le
groupe ciblé, éventuellement grâce à l’évocation d’un
danger particulier ou du faible rapport entre
compétence et non-port des gants.
Les recherches ont aussi montré que
se savoir exposé à une pollution peut
entamer son bien-être, et cela même si
l’on ne subit pas d’effets physiologiques.
Le projet que nous menons actuellement,
soutenu par l’Agence nationale de
la recherche, vise à mieux cerner
les effets psychologiques d’une
exposition à des polluants
atmosphériques. Il réunit des
chercheurs en psychologie
sociale et en épidémiologie,
en France et en Tunisie. Dans
chacun de ces pays ont été
sélectionnés deux sites présentant
des taux de pollution élevés et un site faiblement pollué ; ces taux
(indice Atmo) sont calculés à partir des concentrations journalières de
quatre polluants atmosphériques fréquents : dioxyde de soufre, dioxyde
d’azote, ozone et particules en suspension. Une approche comparative
entre les pays et entre les types de site pourra permettre d’évaluer
l’influence de facteurs culturels et celle du niveau d’exposition objectif
aux facteurs de risque sur l’évaluation subjective des risques.
Ces évaluations subjectives sont obtenues auprès d’habitants des
sites grâce à des questions portant sur la vulnérabilité perçue, la
gravité des conséquences sanitaires et l’acceptabilité du risque
(par exemple, les bénéfices socioéconomiques liés à une activité
industrielle polluante surpassent-ils les coûts que cette activité induit
en matière de santé ?). Des catégories sociales sont différenciées
afin de repérer des « groupes sensibles », pour lesquels une
vulnérabilité socioéconomique est susceptible d’accentuer les effets
psychologiques d’une vulnérabilité écologique (proximité
d’une source de pollution, par exemple). En France,
deux sous-échantillons de population sont
constitués à cette fin : des habitants de
quartiers de situation socioéconomique
moyenne et des habitants de « zones
urbaines sensibles », considérées par
les pouvoirs publics comme des lieux
de grande difficulté socioéconomique.
Les premiers résultats devraient être
publiés avant 2012.
• Kouabenan, D.R., Cadet, B., Hermand, D., Munoz-Sastre, M.T. (Eds) (2007). Psychologie du risque. Bruxelles : DeBoeck.
• Peretti-Wattel, P. (2003). Sociologie du risque. Paris : Armand Colin.
• Milhabet I., Desrichard O., Verlhiac J-F. (2002). Comparaison sociale et perception des risques : l'optimisme comparatif, In J-L., Beauvois, R.V. Joule & J.M. Monteil (Eds), Perspectives cognitives et conduites sociales VIII. Rennes : Presses universitaires de Rennes.
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