DOSSIER
Des toxiques à moindres risques

La chronique conscientifique

Tristes toxiques

Guillaume Mézières

Chaque jour qui passe, le monde semble devenir de plus en plus dangereux. Sous les bonnes œuvres de la science, la surface de nos connaissances s’accroît ; ce défrichage, fait d’expériences, de nomenclatures, de catalogues et de classifications, apporte son lot de substances exotiques et, à mesure que s’allonge l’espérance de vie, augmente le cortège de nouvelles menaces pour la santé du genre humain. Traquant l’inconscience, les savants explorent les toxiques du cancer et découvrent sans cesse de nouveaux présumés coupables d’intoxication. Ils jettent ainsi l’anathème du risque sanitaire sur des matières jusqu’ici inoffensives, avec lesquelles l’humanité croyait vivre en bonne entente. Le temps de l’insouciance est terminé !
L’Homme a vécu une époque où le sucre n’était qu’une rare douceur, le tabac une odorante addiction et la viande une réjouissance d’une nocivité au dessus de tout soupçon. Si l’on ne mourrait pas moins, bien au contraire, on vivait en ignorant ces nombreux dangers qui nous guettent, jusqu’à ce que Prométhée le scientifique nous rapporte une chandelle pour mieux éclairer les suspects qui croisent notre route. Celui-ci nous a révélé d’équivoques substances, nommées cadmium, amiante, uranium ou aspartame, dont certaines n’auraient jamais vu le jour sans ses découvertes. Dès lors, nous voici plongés dans un long combat fait de préventions et de précautions. Car, à la différence d’une mort violente mais sincère (on pensera ici à la fameuse chute du troisième étage), le toxique est insidieux, invisible, il feinte, il piège et, sous l’apparence bénigne d’un ours en peluche ou d’un téléphone cellulaire, il recèle une menace latente. Son déguisement est un leurre et son action sournoise (mais parfois salutaire : ce présent numéro de Têtes chercheuses vous aura bien appris à reconsidérer les méfaits des toxiques). Ainsi, qu’il prenne la forme d’un nuage, d’un comprimé ou même d’un actif financier, le triste toxique rode et se dévoile à mesure que la science prodigue ses découvertes médicales et ses possibilités nouvelles.

Avec toutes ces révélations et contre d’irrationnelles paniques, une idée veut faire son chemin : celle de la mesure et de la tempérance, car, utiles ou nuisibles, les toxiques ne le deviennent qu’à partir d’une certaine dose. Stoïcienne tristesse que voilà, où tout un chacun, devenu métreur en scène de son risque quotidien, doit jouir sans entraves mais avec modération...

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