Des jambons moins salés

Michel FEDERIGHI, Professeur à Oniris-Nantes, directeur de l’unité Secalim, Sécurité des aliments et microbiologie (Inra Angers-Nantes/ Oniris/Université de Nantes)

L ’enrobage des viandes par un mélange salant est un moyen de conservation très ancien. Microbicide, le sel confère aussi aux aliments des qualités organoleptiques (saveur, texture) qui contribuent parfois à en faire des musts gastronomiques. Cependant, le chlorure de sodium (NaCl) est aujourd’hui jugé trop abondant dans notre alimentation, cet excès favorisant la survenue de pathologies notamment cardiovasculaires. Traqué par les nutritionnistes, il est progressivement réduit par les fabricants. Des sels nitrités sont aussi mis en cause car les nitrosamines dont ils sont source dans l’organisme sont suspectées d’être cancérigènes.

Diminuer la teneur en sels des mélanges conservateurs induit une perte d’efficacité microbicide qu’il faut compenser sans apporter d’autres substances possiblement nocives pour le consommateur. C’est pourquoi sont envisagées des solutions technologiques recourant à un traitement physique. Nous étudions en particulier les traitements par haute pression hydrostatique qui consistent à immerger le produit pendant quelques secondes dans une cuve d’eau portée à environ 5 000 bars. Nous avons comparé les flores microbiennes de trois jambons sur différentes durées de conservation à 3°C (0, 7, 15 et 35 jours) : le premier a été traité avec un mélange salant standard, le deuxième avec un mélange dont la teneur en NaCl est réduite de 25 %, et le troisième, également moins salé, a subi une haute pression à laquelle peu de bactéries résistent.

La flore microbienne qui s’est développée sur le jambon n° 2 dépasse la limite réglementaire dès le quinzième jour de conservation ; par contre, le jambon n°3 s’est mieux conservé que le jambon standard. L’efficacité du traitement par haute pression (qui n’altère pas les qualités du jambon) est ainsi étayée. Son intégration aux chaînes de fabrication n’est pas une mince affaire mais son coût ne paraît pas dissuasif pour les productions de gros volumes.

© RC2C, d’après M Federighi (UMR 1014)

DOSSIER
Des toxiques à moindres risques

Toxicologie alimentaire

Dépistages et profilages

Bruno LE BIZEC, directeur du Laberca, Laboratoire d’étude des résidus et contaminants dans les aliments (Oniris, École nationale vétérinaire, agroalimentaire et de l’alimentation Nantes Atlantique/Inra Angers-Nantes), laboratoire national de référence

Les recherches de notre laboratoire, conduites en liaison avec le ministère de l’Agriculture et l’Inra, portent sur la sécurité chimique des aliments. Deux grandes catégories de substances sont étudiées : les résidus de produits vétérinaires interdits, tels que les anabolisants, et divers types de contaminants chimiques : phtalates, bisphénol A, dioxines, polychorobisphényls (PCB), retardateurs de flammes bromés (RFB), hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP), etc.

La détection de molécules présentes souvent à l’état de trace (jusqu’à 10-15 g) dans des milieux complexes (ayant un grand nombre de constituants) nécessite des techniques d’identification spécifiques très sensibles1. Elle sert notamment à connaître le parcours de substances au sein de chaînes alimentaires afin de réduire les risques toxiques dès leur origine. À titre d’exemple, le « pistage » des dioxines et la mise en lumière de leur formation dans les usines d’incinération et diverses industries ont permis de réduire de plus de 50 % en 10 ans l’exposition de la population française à ces composés.

Le développement de méthodes et d’outils d’analyse innovants (plus précis, ultrarapides, miniaturisés) auquel nous participons concerne en particulier des substances dites émergentes, car nouvelles ou source de risques possiblement sous-estimés auparavant (hormone de croissance, mélamine...). Les progrès techniques ont aussi rendu possible l’essor d’une approche, dite métabolomique, dont la cible n’est pas un contaminant particulier mais des modifications du métabolisme ou « signatures biologiques » induites par des contaminants : une fois qu’est identifié un biomarqueur, par exemple une enzyme dont la production est caractéristique de l’effet d’une substance sur l’organisme, il devient possible de détecter l’exposition à toute autre substance d’effet similaire même si cette dernière est indétectable ou inconnue. Ainsi nous disposons aujourd’hui d’une méthode de dépistage d’hormone de croissance chez le cheval et de biomarqueurs révélateurs de l’administration, chez le bovin, d’anabolisants connus ou non. Une partie de nos travaux s’inscrit dans une autre approche émergente, concentrée sur des périodes de la vie lors desquelles l’organisme humain est particulièrement vulnérable : vie foetale ou néonatale, puberté... Ainsi, tandis que très peu de recherches approfondies sur les contaminants éventuels du lait maternel avaient été menées auparavant, nous avons montré que le nouveau-né pouvait être substantiellement exposé à des polluants environnementaux (retardateurs de flammes bromés, composés perfluorés...) via ce lait.

Enfin, dans le but de mieux connaître les effets délétères des contaminants, nous cherchons notamment, en collaboration avec des partenaires européens et l’Inserm, à mettre en relation « l’imprégnation » (la teneur dans le sang, l’urine ou des tissus humains) de polluants organiques persistants et certains troubles de la reproduction (infertilité, puberté précoce...) ou des cancers tels celui du sein.

1. principalement la spectrométrie de masse

Profils (ou empreintes) métaboliques de deux bovins (par spectrométrie de masse). Chez le second animal, la hauteur de l’un des pics est le signe d’une activité métabolique résultant d’un dopage par anabolisant. © Laberca
En complément...

À partir du 14 juin vous pouvez télécharger l'interview de Bruno Le Bizec sur Radio Prun'

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