La sexualité est un domaine de l’intime
désormais très exposé en place publique.
Elle s’exhibe et se raconte, dévoilée.
Considérant la banalité nouvelle de
discours dont l’audace (ou tout au moins
la forme) est officiellement reprouvée,
on en viendrait à penser le puritanisme
hypocrite comme un vestige. Si la bouche
imprécatrice des Tartuffe de la pudeur
reste grande ouverte, elle l’est comme
celle du sanglier que le taxidermiste a
voulu figer dans une rage éternelle, en
mémoire d’une combativité perdue.
La sexualité est indubitablement sortie
de sa geôle pudibonde et nous voilà
libres de nous repaître d’images lascives
par les quelques clics qui nous séparent
d’une pornographie illimitée. Observons
alors notre présent hédoniste et tâchons
d’en tirer quelque enseignement.
Car la sexualité est, comme le disait
Michel Foucault1, un lieu de vérité
sociale et politique ; elle accompagne
les mouvements de l’histoire. Sans
trop risquer de passer pour un mauvais
coucheur, il est possible de constater
que, libérée, la sexualité est devenue
libérale. À l’instar d’une société glorifiant
l’individu dans la recherche de son
bonheur, plutôt que dans celle de la piété
ou du sacrifice, la sexualité se présente
aujourd’hui sans autres limites que celle
de ne pas nuire à autrui, comme un
art consommé de satisfaire ses plaisirs
charnels, quels qu’ils soient. Mais alors
que les pratiques sexuelles de nos aïeux
témoignaient d’un ordre social brutal
dominé par les hommes, notre modernité
nous montre chaque jour davantage
un individu travaillé par la peur de
l’engagement dans sa quête du plaisir
immédiat. Se découvre ainsi une fuite
des responsabilités qui sont laissées à la
charge « d’experts », sexologues et autres
conseillers conjugaux patentés pour
dénouer les tracas des désirs frustrés. Par
cette assistance nouvelle, la vie sexuelle
suit une ligne de conduite générale : être
heureux en étant soi-même, ou peut-être
l’inverse. Au XIXe siècle, François Guizot2
exhortait les élites françaises à investir
et à suivre ainsi la marche vers
l’industrialisation et le capitalisme.
On lui attribue un mot d’ordre, symbole
de toute une époque : « Enrichissez-vous ! ». Autre temps, autre moeurs, le
discours dominant, celui des artistes et
des propagandistes publicitaires, prône
l’épanouissement dans le plaisir sans
contraintes d’une sexualité presque
contractuelle, avec, à la fin de l’histoire,
cette conclusion : il ou elle vécut
heureux(se) et eut beaucoup d’amant(e)s.
1. Cf. "Une ironie éclairée d'histoire".
2. politicien conservateur (1787–1874), personnage de premier plan de la Monarchie de juillet (1830-1848) sous laquelle il présida le Conseil des ministres
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