transsexuel ou transgenre : se dit d’un individu qui affiche une identité sexuelle différente de celle qui lui a été attribuée à sa naissance. Transsexuel est parfois réservé aux personnes ayant modifié certains de leurs caractères sexuels anatomiques ou qui suivent un traitement hormonal.
queer : mot anglais signifiant étrange, louche. Il a été employé pour désigner de façon péjorative des conduites sexuelles considérées comme excentriques (homo ou bisexualité, transsexualité, travestisme, sadomasochisme, etc.) avant d’être récupéré aux États-Unis, dans les années 1980, par les mouvements gays, lesbiens et transsexuels pour s’autodésigner avec provocation dans leur militantisme antidiscriminatoire. Il désigne aussi un courant de pensée développé dans les années 90, également aux États-Unis : selon les « théories queer », qui critiquent le concept de genre sexuel, il n’y a de modèle de normalité qui vaille ni en matière de sexualité ni en celle de construction de l’identité de l’individu autour de la sexualité.
fantaisie sexuelle : libre pensée consciente ou scénario par lequel l’individu exprime un désir sexuel.
fantasme : scénario imaginaire où le sujet est présent et qui figure, de façon plus ou moins déformée par les processus défensifs, l’accomplissement d’un désir, et en dernier ressort d’un désir inconscient (Vocabulaire de la psychanalyse, Puf, 1967).
La perversion sexuelle a longtemps été
définie comme la transgression de la
restriction de la sexualité à la procréation.
Au XXe siècle, la psychanalyse a contribué à ne
plus la cantonner à une « maladie honteuse ».
On évoque ainsi sa normalité dans la sexualité
infantile : d’abord « orale » puis « anale » (ce qui
faisait dire à Freud que l’enfant est « un pervers
polymorphe »), cette sexualité non génitale
est indispensable à notre développement
psychique.
La perversion est aussi décrite comme une
modalité de rapport aux autres impliquant
une capacité de séduction étendue : le sujet
pervers est prêt à tout et use notamment de
tromperie pour se faire désirer. Les observations
cliniques révèlent en outre l’existence d’une
« inversion de culpabilité » : la victime de
l’acteur pervers se sent coupable et ce dernier
se pense victime. Tous les sujets pervers ont
une modalité spécifique de jouissance qui
repose sur un fétiche : objet, partie du corps,
type ou scénario de relation, etc. Tandis qu’un
névrosé se contente de fantasmes pour calmer
son mal-être sexuel, le pervers agit dans la
réalité, ce qui n’est pas toléré. La pédophilie
horrifie d’autant plus qu’elle tranche avec le
refoulement du fantasme incestueux, mais
si elle est tant médiatisée aujourd’hui, c’est
notamment parce que le complexe d’OEdipe1,
avec d’autres concepts psychanalytiques, a
été largement déformé et banalisé, jusqu’à
ce qu’on oublie finalement son caractère
inconscient et universel.
Le désir et le positionnement
La perversion reste cependant un phénomène
peu aisé à définir de façon consensuelle (car à son
propos comme à celui de la sexualité en général
se mêlent inévitablement psychologie, droit et
morale) et à étudier, parce que les sujets pervers
consultent peu (ils ne se sentent pas malades).
C’est pourquoi la décrire seulement comme une
maladie pose problème.
Dans sa théorie de la sexuation, le psychanalyste
Jacques Lacan a montré combien la sexualité met
en jeu, outre le corps et le désir sexuel, une attitude,
un positionnement par rapport aux autres, forgés
en partie inconsciemment ; comme les autres
conduites sexuelles, l’homosexualité relève
d’un tel choix inconscient. Pour Lacan,
la différence entre hommes et femmes
n’est pas uniquement anatomique mais
tient aussi dans le rapport à l’avoir et
au pouvoir et dans le signifiant qui
les représente : le phallus. Dans la
masculinité se joue une rivalité intense
fondée sur un « en avoir ou pas ».
Prolongeant ce point de vue, ma réflexion
appuyée sur l’écoute des patients
soutient l’idée selon laquelle
le positionnement
psychique féminin,
que peut également
assumer tout un
chacun, consiste
dans une sexuation
qui n’est pas
seulement phallique : une « sexualité hors
phallique », qui réfère largement à une capacité
de création, une volonté d’incarner et de signifier
le manque dans l’Autre (par exemple, Van Gogh
disait qu’il peignait « enfin la vie »3). On comprend
ainsi que la sexualité, qui peut être sublimée (à
travers l’art, la science, la religion, etc.) et qui peut
être déviée de ses buts ou objets premiers, n’est
pas assujettie à de supposées « lois de la nature »
par lesquelles certains définissent la normalité
des conduites. Ainsi la perversion, en tant que
positionnement qui écarte de cette normalité le
sujet, parfois tragiquement, apparaît aussi comme
un facteur de sa liberté.
1. à la base, désir inconscient de l’enfant envers
le parent du sexe opposé et le souhait de se
débarrasser de l’autre parent considéré comme
un rival. Au delà, ce complexe détermine
psychiquement la sexuation : devenir
subjectivement garçon ou fille.
2. Cf. Théorie et clinique de la création,
P. Martin-Mattera (Economica, 2005)
3. Cf. la « Lettre 408 » de Vincent Van Gogh, dans Correspondance générale (Gallimard, 1990). Il semble que sa rencontre avec Paul Gauguin, qui inscrivait leurs relations dans la rivalité phallique, ait précipité la survenue de la folie du peintre flamand.
• Martin-Mattera P., Savinaud C. Victimation et abus sexuels : présentation clinique et réflexions sur la perversion in Violences et victimation (P. Martin Mattera éd), Villeneuve d’Ascq, Presses universitaires du Septentrion, 2011.
• Martin-Mattera P., Réel et réalité. Question psychanalytique et perspectives (direction de l’ouvrage), Paris, Desclée de Brouwer collection Espaces du sujet, novembre 2009.
Cf. www.laboiteverte.fr/le-livre-sans-titre-1830-dangers-masturbation/« L. D****, horloger, avait été sage, et avait joui d’une bonne santé jusqu’à l’âge de dix-sept ans ; à cette époque il se livra à la masturbation, qu’il réitérait tous les jours, souvent jusqu’à trois fois, et l’éjaculation était toujours précédée et accompagnée d’une légère perte de connaissance .... Je trouvai moins un être vivant qu’un cadavre gisant sur la paille, maigre, pâle, sale, répandant une odeur infecte, presque incapable d’aucun mouvement. Il perdait souvent par le nez un sang pâle et aqueux, une bave lui sortait continuellement de la bouche ; attaqué de la diarrhée, il rendait ses excréments dans son lit sans s’en apercevoir .... L’on avait peine à reconnaître qu’il avait appartenu autrefois à l’espèce humaine .... Je discontinuai des remèdes qui ne pouvaient pas améliorer son état ; il mourut au bout de quelques semaines, en juin 1757, oedémateux par tout le corps. »1
« La masturbation doit être considérée comme une étape normale dans la sexualité de l’adolescent ... Elle a même son utilité, puisque le garçon et la fille, grâce à elle, vont développer dans leur imagination leur attrait pour l’autre sexe. Cet attrait imaginaire est un excellent prélude aux relations ultérieures. »2
Un large revirement
L’histoire du traitement médical de la
masturbation trouve un début en 1758 avec
le médecin suisse Samuel Tissot, auteur du
premier extrait ci-avant. Alors considérée comme
responsable de toutes les maladies et comme
mortelle, la masturbation gagnera peu à peu
en acceptabilité avant de paraître nécessaire
au développement sexuel, ce qu’illustre le
second extrait rédigé deux siècles plus tard, en
1973, par un collectif de médecins dans une
Encyclopédie de la vie sexuelle. Elle sera aussi
préconisée contre des dysfonctionnements
(frigidité, anorgasmie, éjaculation précoce...)
ou pour modifier, sur la base de théories
comportementales, certaines préférences
sexuelles (homosexualité dans les années
19503, pédophilie encore aujourd’hui...). Il est
ainsi classique de considérer que cet acte a été
médicalisé (est devenu objet de la médecine) en
tant que pathologie puis « dépathologisé » sans
pour autant être démédicalisé, mais aucune
découverte scientifique n’a permis de justifier
ces évolutions ; c’est plutôt le constat de sa
banalité au sein de la population qui l’a rendu
inoffensif aux yeux des médecins.
Des idées qui perdurent
Alors que la masturbation peut sembler plus
propice aux gauloiseries qu’à des travaux de
recherche, l’histoire de ses conceptions permet
de croiser les regards dans différents domaines
(santé, éducation, politique de natalité4, etc.) et de
saisir, dans les discours sanitaires du XVIIIe siècle
ou d’aujourd’hui le sort réservé aux fantaisies
sexuelles5. De même qu’aux XVIIIe et XIXe siècles
où l’imagination était considérée à la fois comme
cause des maladies et comme support de leur
guérison, certains sexologues, criminologues
et psychologues font aujourd’hui des fantaisies
sexuelles la cause des comportements sexuels
criminels et par conséquent l’élément à changer
pour guérir. Ils recourent à la masturbation
pour modifier les fantaisies de leurs patients.
Dans ce cadre, les thérapeutes semblent moins
préoccupés par la pratique sexuelle elle-même
que par le contrôle de ce qui tend généralement
à leur échapper : les fantaisies sexuelles.
1. L’onanisme, dissertation sur les maladies produites par la masturbation, S. Tissot (1758 ; éditions de la Différence, 1991)
2. Encyclopédie de la vie sexuelle, de la physiologie à la psychologie, J. Kahn-Nathan, G. Tordjman, C. Verdoux, J. Cohen (Hachette, 1973)
3. Retirée de la liste des pathologies mentales en 1973 aux USA, l’homosexualité restera pénalement répréhensible jusqu’en 1982 en France et l’Organisation mondiale de la santé ne l’ôtera de sa classification internationale des maladies qu’en 1990.
4. Par exemple, vers 1815, la stigmatisation de la masturbation constitua un moyen de lutte contre la chute de la natalité.
5. Cf. le glossaire ci-dessus..
• Histoire d’une grande peur, la masturbation, J. Stengers, A. Van Neck (1994 ; Pocket, 1998)
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