L e terme sexologie apparaît en France
au début des années 1910, lorsque
s’organise la lutte pour l’égalité des
droits et des traitements des femmes
et des hommes ; dans le même temps,
les savoirs de la médecine, alors exercée
uniquement par des hommes, connaissent
une large remise en question.1 Mais c’est
seulement dans les années 60, notamment
sous l’impulsion des mouvements
pro-contraception, que la sexologie
se développe en tant que discipline
scientifique, avec une recherche clinique
et des prises en charge axées non plus
seulement sur la fonction de procréation
mais aussi sur le pan psychique de la
qualité de vie sexuelle.
En dépit d’une liberté de parole
accrue, en matière de sexe, et d’une
médiatisation de la sexologie (notamment
avec les ouvrages, dès 1973, puis
les interventions radiophoniques du
Docteur Gilbert Tordjman), exprimer ses
problèmes sexuels reste délicat aujourd’hui
encore, et la discipline, avec ses méthodes
et ses résultats, demeure méconnue. Par
ailleurs, il apparaît que les représentations
dont la sexologie fait l’objet n’ont guère
été étudiées en psychologie sociale ;
aussi avons-nous entrepris2 d’interroger
50 jeunes femmes et hommes âgés de 18
à 25 ans, et 50 autres personnes âgées de
55 à 70 ans. La méthode employée, dite
« d’association libre », consiste à demander
à chaque participant entre 5 et 8 mots par
lesquels celui-ci définit spontanément la
sexologie ; la question « Que pensez-vous
de la sexologie ? » permet ensuite de
préciser ces représentations verbalisées.
Différents termes récurrents sont apparus
dans les deux groupes : « difficultés et
problèmes sexuels » chez les plus jeunes ;
« tabou » et « blocage » chez les autres...
En répondant à la question posée, les
hommes se montrent moins « concernés »
que les femmes par la sexologie, celles-ci
évoquant souvent « une aide ». Les jeunes
expriment des propos plus précis que les
seniors, qui s’en tiennent à leur tranche
d’âge ; ils paraissent davantage intéressés
par la discipline tout en témoignant d’une
vision plus générale et plus complète,
et tendent à penser qu’elle est utile à
tous. Le fait que la sexologie d’avant les
années 70 ne prenait guère en charge les
troubles affectifs peut expliquer en partie
le moindre intérêt perçu par leurs aînés.
Afin d’enrichir nos premiers résultats,
on pourra par exemple travailler sur un
échantillon de population plus large et selon
différentes catégories sociales.
1. Cf. Les origines de la sexologie (1850-1900), Sylvie Chaperon (Louis Audibert, 2007).
2. dans le cadre d’un stage de master 1
• Bard, Christine, Les femmes dans la société française au 20ème siècle. Paris, Armand Colin, 2001
• Solano, Catherine, Les trois cerveaux sexuels. Paris, Editions Robert Laffont, 2010
• Beauthier R., Piette V., Truffin B., La modernisation de la sexualité. Bruxelles, Editions de l’Université de Bruxelles, 2010
• Lopès, P., Poudat, F.X. Manuel de sexologie. Paris : Masson, 2007
• Virag, Ronald, Le sexe de l’homme. Editions Albin Michel, 1997
© www.ohazar.comL’évolution des demandes adressées aux sexologues découle des
progrès des prises en charge médicales ou psychothérapiques.
Elle doit aussi beaucoup à la pression sociétale croissante, très présente
dans les médias, qui consacre les « performances sexuelles » et qui,
en particulier, renforce chez les hommes l’anxiété liée à la dysérection
(« l’impuissance »).
Les patients souffrant d’un cancer ou d’un handicap lourd et les
personnes âgées ne sont désormais plus rares à consulter afin de
pouvoir entretenir des rapports sexuels, et l’allongement de la durée
de la vie contribue largement à la multiplication des consultations.
Cependant, les hommes de 45 à 60 ans constituent toujours la majorité
des demandeurs, dont les plaintes évoquent de plus en plus la fatigue
et le stress de la vie quotidienne. La dysérection peut être traitée par
le Sildénafil (Viagra®) depuis 1996, le Vardénafil (Lévitra®,
2003) et depuis peu par auto-injection d’un produit
vasodilatateur dans le pénis au moyen d’une
seringue en forme de ministylo (Easypen®).
L’éjaculation précoce sera plutôt traitée
par sexothérapie : une thérapie
comportementale et cognitive (le
patient apprend à contrôler son
excitation, ou on lui demande
d’identifier les causes de son
stress avant de l’aider à chasser
ses pensées négatives en se
concentrant sur des sources
d’intérêt et de plaisir), ou une
sophro-hypnose, technique
de relaxation qui réduira la
sensibilité du patient au stress.
Le thème étant de moins en moins tabou, les femmes n’hésitent plus
guère à demander une prise en charge peu après l’accouchement ou
quand vient la ménopause, modification du cycle hormonal qui tend à
diminuer leurs désirs et à provoquer une sécheresse vaginale rendant le
rapport sexuel douloureux. Une crème ou un gel d’acide hyaluronique
sera souvent efficace contre les dyspareunies (douleurs).
Il apparaît globalement que les patients comptent beaucoup sur la pharmacopée, tandis que leurs problèmes proviennent le plus souvent d’un défaut de complicité avec le partenaire ; or les pilules de tendresse ou de dialogue n’existent pas encore ! Les sexologues, quant à eux, ont longtemps eu la tendance inverse en négligeant de possibles facteurs anatomiques ou physiologiques. La reconnaissance de l’intérêt d’une investigation à la fois médicale, psychologique et parfois psychanalytique tend à se généraliser, et c’est pourquoi les formations en sexologie ont gagné en pluridisciplinarité. Néanmoins, les médecins ne sont pas tous sexothérapeutes et les sexothérapeutes non médecins n’ont pas le droit d’examiner les patients ; la promotion de la collaboration entre différents spécialistes reste de mise.
• Les thérapies sexuelles et conjugales, tomes 1 et 2, F.-X. Poudat, N. Jarrousse et alii (Masson, 2011)
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