Les caractéristiques du vent en ville dépendent fortement de
l’environnement urbain. La présence de bâtiments de grande
dimension induit notamment des accélérations locales de l’air et des
sillages (effets tourbillonnaires) pouvant produire des effets dangereux
sur les façades ainsi que des situations d’inconfort pour le piéton.
Nous simulons ces phénomènes dans la soufflerie de notre centre
d’études1, sur des maquettes d’échelle réduite (que, le plus souvent,
nous fabriquons).
Sur ces maquettes, les contraintes mécaniques ou « efforts » dus au vent
sont évaluées via des mesures de pression aérodynamique en de multiples
points. L’instrumentation développée au CSTB1 permet d’en effectuer
512 simultanément, 200 fois par seconde, avec une précision proche du
cent-millième de la pression atmosphérique. Elle rend ainsi possible une
évaluation précise des efforts subis par les fondations ou par l’enveloppe
des futurs ouvrages, ce qui permet de dimensionner la structure de ces
derniers d’une façon plus fiable que par le seul calcul (et c’est pourquoi
les simulations en soufflerie sont incontournables pour des ouvrages
élancés tels que les ponts et les tours). Le comportement vibratoire d’un
ouvrage peut être approché dans le même temps au moyen de capteurs
mécaniques placés dans la maquette.
L’évaluation du confort au vent du piéton, quant à elle, nécessite de
connaître la distribution dans l’espace de la valeur moyenne et des
fluctuations de la vitesse de l’air. C’est en effet avec ces deux grandeurs
qu’un seuil de confort est déterminé (on estime classiquement qu’une
vitesse supérieure à 3,6 m s-1 est inconfortable, mais elle l’est d’autant
plus que cette situation se renouvelle fréquemment).2 En mesurant, sur
maquette, les vitesses locales selon 18 secteurs (directions) de vent
et en effectuant un traitement statistique des données des stations
météorologiques proches du site étudié, nous obtenons un niveau global
de gêne : le pourcentage du temps annuel pendant lequel le site sera
inconfortable.
Des sondes et des caméras
En soufflerie, les vitesses sont mesurées au moyen d’anémomètres à
fil chaud3. Mais ces sondes sont fragiles et l’analyse en de nombreux
points, pour chaque secteur de vent, prend du temps ; c’est pourquoi nous
testons des moyens alternatifs ou complémentaires. Il s’agit notamment
d’imageries par caméras thermiques ou par vélocimétrie de particules,
qui mesurent respectivement la température d’une paroi chauffée (si
l’on chauffe la maquette par le sol, la température de sa surface diminue
localement selon l’intensité du flux d’air) et la vitesse de microgouttelettes
intégrées au flux d’air ; leur avantage commun est d’autoriser une
mesure de vitesse en n’importe quel lieu de la maquette, tandis que des
sondes donnent seulement des valeurs aux positions qu’elles occupent.
Ces techniques ont été comparées les unes aux autres et à des
simulations numériques lors d’une étude du confort au vent sur la
place Monge à Paris. Les complémentarités et les limites de chaque
technique sont ainsi mieux appréhendées. Par exemple, l’approche
thermique permet de suivre facilement des modifications de flux d’air sur
la maquette, et le suivi de particules fournit la structure de l’écoulement
aérien avec une bonne résolution spatiale.
1. Centre scientifique et technique du bâtiment
2. En pratique, l’inconfort à l’air ambiant combine température, rayonnement et vitesse
du vent. Aussi recourt-on à un indicateur global PET (Physiological Equivalent
Temperature) dont la valeur est considérée comme confortable entre 18 et 26°C.
Les approches plus larges du confort du piéton prennent aussi en compte les niveaux
d’éclairage, de bruit, de pollution, les odeurs, la présence de végétaux, celle de bancs
pour s’asseoir, etc.
3. sonde de quelques millimètres de long adaptée aux mesures sur maquette d’échelle réduite. La vitesse du flux d’air est calculée via la modification, par ce même flux, de la résistance électrique d’un fil chauffé.
Maquette de la place Monge en soufflerie (à gauche) et cartographie de la gêne calculée (l’échelle indique le pourcentage du temps annuel durant lequel le seuil d’inconfort est dépassé) © CTSBD’après une enquête de l’Insee parue
en 2002, pour 54 % des Français les
nuisances sonores sont la plus forte gêne
éprouvée quotidiennement. Si la lutte contre
le bruit est depuis longtemps soutenue par
les pouvoirs publics, elle a été récemment
renforcée sous l’effet de la directive européenne
2002/49/CE : cette dernière impose aux
communes de plus de 100 000 habitants de
produire des cartes urbaines de niveaux sonores,
d’informer la population de l’existence de ces
cartes et d’établir des plans de lutte contre le
bruit.
Les logiciels grâce auxquels sont usuellement
réalisées les cartes de bruit procèdent de la
façon suivante : à partir de données liées à la
géométrie de la ville (topographie, disposition
des bâtiments, largeur des rues, etc.) et à une
estimation des principales sources de bruit,
ils calculent la propagation des sons émis par
ces sources en tenant compte de paramètres
météorologiques (vent, température, humidité)
et de différents phénomènes (comme la réflexion
et l’absorption des ondes acoustiques sur les
bâtiments et les sols) qui sont représentés de
façon simplifiée. Les résultats obtenus sont
pertinents pour les sons de moyennes ou hautes
fréquences (aigus) mais pas pour ceux de basses
fréquences (BF), tels que le bruit d’un poids lourd
en circulation.
Des effets révélés
Afin de modéliser correctement la propagation
des BF en milieu urbain, nous développons
une méthodologie qui prend pleinement
en compte la nature ondulatoire des sons,
contrairement à l’approche standard
précédente. Il en résulte des équations d’onde
complexes dont la résolution, approchée mais
efficace, est rendue possible par le progrès
des moyens de calcul par ordinateur. Les
avancées de cette recherche ont notamment
permis de découvrir un effet « de flûte » très
peu intuitif : si la rue est haute et étroite, une
partie de l’énergie acoustique est réfléchie
au niveau du haut des bâtiments ; au lieu de
s’échapper dans le ciel, elle reste canalisée
dans la rue ! Il devient ainsi possible de
concevoir des rues dont le profil géométrique
empêche la survenue de fortes nuisances liées
en particulier aux BF.
Parallèlement à ces travaux analytiques et
numériques, des études expérimentales sur
maquette sont nécessaires à la compréhension
des phénomènes acoustiques et à la validation
de leur modélisation. L’étude sur maquette en
chambre anéchoïque (sans écho) permet ainsi
d’explorer la propagation du son dans une rue
sans les contraintes liées à l’expérimentation
sur site « réel » : mauvaises conditions
météorologiques, obtention d’autorisation,
gestion du matériel, impossibilité de changer
l’organisation de la rue et les façades...
Les mesures sur maquette réalisées en
extérieur, quant à elles, permettent d’étudier
l’influence des conditions météorologiques.
Dès les prochains mois, ces différents moyens
d’étude serviront à étudier les capacités de
dispositifs végétaux à réduire les nuisances
sonores urbaines. Les plantes et leurs substrats
ont en effet des propriétés d’absorption
acoustique a priori intéressantes car très
supérieures à celles de la plupart des chaussées
et façades urbaines classiques.
La réduction de ces nuisances n’est pas limitée à
des problèmes de propagation : des chercheurs
travaillent sur la modération des sources de
bruit ; d’autres étudient la perception humaine
des sons et les différents facteurs d’ambiance
sonore qui peuvent notamment, à l’instar
de la présence ou des bruits d’eau, favoriser
l’impression de calme.
Exemple de champ sonore dans une rue, calculé à différentes altitudes. z est le rapport entre l'altitude et la largeur de la rue. L'échelle de couleurs indique la différence, en décibels, entre le niveau sonore calculé et un niveau de référence fixé arbitrairement à 0.
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