Glossaire

mixité sociale : cohabitation, sur un même territoire, de groupes sociaux de caractéristiques différentes (quant à l’âge, l’origine, le statut professionnel, etc.). Les motifs de sa promotion, ses conséquences et sa définition même prêtent à controverse ; cf.La __mixité sociale__, définition, échelle et conséquence

développement durable : « développement qui répond aux besoins des générations du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs », selon la définition proposée en 1987 par Gro Harlem Brundtland lors de la Commission mondiale sur l’environnement et le développement, et dont un addendum rend prioritaires les besoins des plus démunis. En 1995, le Sommet de Copenhague a défini les « trois piliers » du développement durable : la croissance et l’efficacité économiques ; l’équité sociale ; la préservation des ressources de l’environnement sur le long terme.

écoquartier : désigne en général une zone urbaine à réaménager, dans laquelle les objectifs et les expérimentations de développement durable sont très présents

Vers un écopaysagisme

Anaïs LEGER, ingénieur paysagiste, doctorante à Agrocampus Ouest (centre d’Angers)

À la suite de l’apparition de modèles de développement urbain, désignés sous le terme d’urbanisme durable ou Landscape Urbanism et voulant répondre à l’introduction d’enjeux écologiques en urbanisme, on constate que les professionnels du paysage1, ou paysagistes, développent de nouvelles compétences : en s’appuyant sur les sciences écologiques, ils conçoivent des espaces paysagers qui intègrent de plus en plus des systèmes de gestion économes des déchets, de l’eau et d’énergies, outre des objectifs de meilleure circulation et de mixité sociale. Notre thèse de doctorat, commencée récemment, consiste à étudier l’évolution des pratiques professionnelles relativement aux projets d’aménagement de quartiers.

Les paysagistes répondent majoritairement à une commande publique. Notre première hypothèse avance que l’évolution de cette commande en faveur des projets « à sensibilité écologique », comme les écoquartiers, territoires d’expérimentations en matière de développement durable, influence la désignation de nouvelles compétences en paysagisme. Grâce à une étude statistique de 200 appels d’offre publics émis entre mai 2010 et mai 2011, nous identifions les besoins de compétences liés aux caractéristiques écologiques des quartiers et nous évaluons le poids de l’expertise paysagiste dans les projets.

Les premiers résultats tendent à valider l’hypothèse : les appels d’offre en projets écologiques demandent davantage la compétence du paysagiste par rapport à ce qu’on observe en moyenne dans l’ensemble des appels d’offre, en particulier lorsque cette compétence est associée en groupement pluridisciplinaire aux compétences de l’architecte et de l’urbaniste. Cependant, les réponses aux appels d’offre favorisent encore la compétence de l’architecte ou celle de l’ingénieur, ou la pluridisciplinarité interne des bureaux d’étude ; de plus, le paysagiste est encore rarement le mandataire (le chef de projet). L’étude met donc en évidence un potentiel de développement des professions du paysage pour conquérir ces nouveaux marchés d’aménagement qui les apprécient au travers de leur demande.

Selon notre seconde hypothèse, la nouvelle approche écologique en urbanisme influence les processus de conception et les pratiques des paysagistes. Nous savons déjà que ces derniers donnent dans leurs projets une place privilégiée à la phase préliminaire de « diagnostic écologique » ; de plus, ils tendent à augmenter les échelles d’espace et de temps habituellement associées aux sites à aménager, afin de mieux connecter leurs projets avec l’environnement existant et à produire des plans de gestion sur un long terme. Nous observerons leurs nouvelles façons de faire et préciserons les facteurs qui les influencent grâce à l’analyse de projets d’urbanisme de quartier et à une cinquantaine d’entretiens avec des paysagistes.

1. Selon la Convention européenne du paysage, ce dernier désigne « une partie de territoire telle que perçue par les populations, dont le caractère résulte de l'action de facteurs naturels et/ou humains et de leurs interrelations ». Le paysagiste exerce une activité de conception urbaine et d’aménagement du territoire. Il agit à tous les niveaux du projet paysager : assistance à la maîtrise d’ouvrage d’une collectivité, co-conception avec un architecte, production de documents réglementaires, assistance à la maîtrise d’œuvre d’un ingénieur… Ses compétences sont de ce fait très diverses : techniques, relationnelles, scientifiques (géographie, hydrologie, botanique, écologie, psychologie sociale, etc.) et artistiques.

En complément...

Pour un paysage du paysage / An Overview of the Landscape - Yves Luginbühl

• Penser la ville par le paysage, A. Masboungi (La Villette, 2002)

• Ecological Urbanism, M. Mostafavi & G. Foherty Eds. (Lars Müller, 2010)

• The Landscape Urbanism Reader, C. Waldheim (Princeton Architectural Press, 2006)

• Analyses économiques du paysage, dir. Walid Oueslati (UMR Granem, Université d’Angers/Agrocampus Ouest) (Eyrolles, 2011), et notamment le chapitre 6 « Organisation de la filière paysage en milieu urbain »

DOSSIER
Une ville habitable

Composer avec les ressources locales

Un écoquartier en gestation

Gérald BILLARD, Professeur, et Arnaud GASNIER, Maître de conférences à l’Université du Maine, chercheurs au laboratoire ESO-Le Mans, UMR Espaces et sociétés
Plan de masse (plan des terrains et des constructions) du projet d’écoquartier Bollée © Université du Maine, 2011

Le 29 janvier 2011, au sud de l’agglomération mancelle, était inauguré le MMArena, un nouveau stade de 25 000 personnes ; ainsi fut mis un terme aux 104 années de bons services sportifs rendus par le stade Léon-Bollée. Dès octobre 2010, les représentants de la collectivité intercommunale (Le Mans Métropole) et notre laboratoire avaient initié une étude prospective1 de 4 mois visant à concevoir un écoquartier dont le coeur serait l’ancien stade. La situation de ce dernier, à quelques centaines de mètres des quartiers centraux du Mans, constituait une opportunité rare de conduire une opération de grande envergure et exemplaire de renouvellement urbain.

Comme pour tout projet d’écoquartier, plusieurs principes fondamentaux ont structuré la réflexion initiale des aménageurs-urbanistes : promotion de la mixité sociale, création d’espaces publics, facilitation des modes de « déplacement doux » (marche, vélo), optimisation de la gestion des déchets, implantation de bâtiments HQE2... Pour mettre en œuvre ces principes, il a fallu réaliser un état des lieux qui dégage les contraintes et les opportunités d’aménagement. Dans le même temps, un atlas faunistique et floristique des espaces privés a été produit grâce à une enquête menée auprès des riverains et à des relevés effectués dans leurs jardins. Cette initiative a permis de mettre en valeur la richesse parfois sous-estimée du milieu « naturel » et ainsi d’étayer le grand poids donné au volet environnemental de la démarche.

Le projet présenté en février 2011 porte sur 12 hectares. Il prévoit notamment la construction de 200 nouveaux logements, l’arrivée de 600 habitants, le développement du pôle sportif (gymnase handisport), la création d’un potager communautaire, l’aménagement d’une place et d’un parc publics. Bien que consultés lors de la phase de diagnostic, certains riverains du stade Léon-Bollée ont découvert le projet dans la presse locale3 et ont alors revendiqué une place dans le processus de décision. Plusieurs réunions organisées à la demande des deux principales associations d’habitants ont permis de saisir les craintes (trop de logements sociaux, réduction de la place faite à la voiture, densification...) et les intérêts des riverains (aménagement d’une trame végétale et aquatique, création d’un pôle commercial de proximité, amélioration des voies piétonnes et cyclistes...). Sans préméditation, l’exercice de prospective est ainsi sorti de l’université pour devenir objet d’échanges citoyens, préfigurant la tâche difficile qui se présente à la municipalité : les écoquartiers, tout le monde « est pour », mais pas forcément à côté de chez soi ! Or c’est sans doute grâce à la connaissance des avis de chacun, outre la qualité et le partage de l’analyse géographique, que les risques de mécontentement pourront être limités.

1. menée par les étudiants du master 2 professionnel « Politiques locales de développement durable » (option « Ingénierie de l’urbanisme durable »), encadrés par des membres d’Eso-Le Mans

2. de haute qualité environnementale, respectant des spécifications censées limiter les effets des constructions sur la santé et l’environnement et assurer un bon niveau de confort. Cf. Qu’est ce que la HQE ?

3. Lire également Ils imaginent le vieux Bollée en éco quartier-Le Mans

La saturation sous alertes

Les territoires « à forte pression humaine », incluant notamment les communes
littorales, font l’objet d’une proposition de méthode d’évaluation et de gestion
des ressources.
par Patrick POTTIER, Maître de conférences à l’Université de Nantes, et Céline CHADENAS, chercheurs au laboratoire Géolittomer, UMR LETG, Littoral, environnement, télédétection, géomatique (CNRS/universités de Nantes, de Bretagne occidentale, de Caen et Rennes 2)
© Patrick Pottier - Benidorm (Espagne)

Quelle quantité de population un territoire donné peut-il accueillir ? Cette question ne trouve pas de réponse simple. Elle est particulièrement aiguë dans le cas d’un environnement fragile et pourtant soumis à une forte fréquentation touristique, telle une zone littorale. En France, la loi « Littoral » de 1986, qui restreint l’urbanisation des zones côtières, a introduit la notion de capacité d’accueil, ou niveau de pression exercée sur un territoire par les activités et les populations permanentes ou saisonnières au-delà duquel les qualités de ce territoire sont mises en péril. Cependant, les moyens ont longtemps manqué pour évaluer ce niveau et pour élaborer puis imposer une gestion permettant de ne pas le dépasser.

Une recherche associant des universitaires géographes, économistes et juristes aux côtés de l’État et des collectivités locales a été lancée en 2006 afin de proposer une méthodologie et un outil d’évaluation des capacités d’accueil et de développement des territoires « à forte pression humaine ».1 Elle s’appuie sur un constat : tout territoire possède un capital de ressources environnementales (eau, sol, flore, faune...), humaines (le patrimoine architectural, le mode de vie et les coutumes, la population elle-même...) et économiques (équipements et services, capitaux financiers, tissu d’activités...) qu’il convient de protéger voire de développer au bénéfice de la société actuelle et à celui des générations futures.

Une approche globale adaptée à chaque territoire
La méthodologie élaborée et expérimentée sur des cas concrets consiste d’abord à recenser ces ressources locales « à enjeux » et à analyser les pressions humaines qui s’exercent sur elles tout en identifiant les lacunes existantes dans la maîtrise de ces pressions ; les résultats de ces études alimentent ensuite un outil d’évaluation devant aider la décision publique et préparer l’action locale, en particulier lors de l’élaboration des documents d’urbanisme.

Trois couleurs pour mieux prévenir
L’outil d’évaluation, qu’il a fallu également développer, consiste en un système d’indicateurs liés aux ressources. À chaque indicateur est associée une couleur (vert, orange ou rouge) correspondant à un niveau d’alerte sur l’état d’une ressource ou sur sa maîtrise actuelle. Par exemple, sur l’île d’Yeu, une alerte a émergé des indicateurs définis pour mesurer le gaspillage de la ressource « sol » par l’urbanisation, tandis que la « pression d’urbanisation » n’était pas perçue comme excessive par les îliens : la surface moyenne consommée par logement (environ 50 % plus élevée que celle de l’île de Noirmoutier) et la dispersion spatiale de l’urbanisation (10 % supérieure au seuil considéré comme acceptable), entre autres indicateurs. Une stratégie de densification des nouvelles constructions a alors été préconisée.

Si les risques pesant sur les ressources ne sont pas tous parfaitement évalués et maîtrisables au moyen d’un tel outil, celui ci trouve néanmoins une partie de sa force de conviction dans le fait que les ressources et les seuils d’alerte sont respectivement identifiées et établis en collaboration avec les acteurs locaux (élus, agents territoriaux, associations, etc.). Désormais disponible, ses utilisations prochaines devraient permettre de l’ajuster, voire d’affiner la méthodologie, et de faire davantage apparaître aux yeux des élus les retours sur investissement qu’il est capable d’apporter.

1. Évaluer la capacité d’accueil et de développement d’un territoire littoral ou tendu

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