DOSSIER
Une ville habitable

Marketing et intégration sociale

Des loisirs mieux partagés

Les loisirs jouent un rôle important dans le bien-être en ville mais élargir l’offre
en la matière ne suffit pas pour que tous les citadins en profitent.
par Danielle PAILLER et Caroline URBAIN, Maîtres de conférences à l’IEMN-IAE, chercheuses au Lemna, Laboratoire d’économie et de management Nantes-Atlantique (Université de Nantes)

Les loisirs sont des activités à la fois libératoires (d’un cadre contraignant tel que le travail ou la famille), désintéressées (sans enjeu utilitaire ou lucratif), hédonistiques (prendre du plaisir est un but) et personnelles (valorisant les spécificités individuelles en société). Ils sont une source de confiance en soi et de liens sociaux plus choisis que subis, grâce auxquels se développent le sentiment d’appartenance à un collectif et la capacité d’engagement dans l’animation de son quartier. C’est pourquoi permettre un large partage de cette expérience participe au respect de l’exigence sociale du développement urbain durable1.

Un manque d’adhésion
Les offreurs institutionnels de loisirs, qui sont en large partie des communes, et les acteurs de l’accompagnement social souhaitent comprendre pourquoi leurs propositions d’activités (cours de gymnastique, ateliers d’écriture, sorties culturelles, etc.) ne rencontrent pas l’adhésion de toutes les populations ciblées, et notamment celle des personnes en situation de précarité économique et sociale, pour lesquelles l’expérience des loisirs est propice au développement personnel et à la socialisation.

Dans l’optique de mieux adapter l’offre de loisirs à ces « publics défavorisés », une recherche récemment menée en collaboration avec le CCAS et la Dasi2 de la Ville de Nantes visait à caractériser ce que représentent les loisirs pour ces publics, leurs perceptions de l’offre de loisirs et leurs attentes dans ce domaine. Elle a d’abord consisté à effectuer des tables rondes avec des travailleurs sociaux et des responsables de structures de loisirs et de culture, des observations dans un restaurant social et au sein d’associations d’insertion ou de loisirs, ainsi que des entretiens semi-directifs (au moyen de questions ouvertes) avec des bénéficiaires du revenu de solidarité active (successeur du RMI). L’analyse des informations recueillies a ensuite permis d’établir des profils-types de relation aux loisirs et de s’en inspirer pour adresser des recommandations aux professionnels du secteur et participer à leur mise en œuvre.

Un frein psychosocial
Il ressort de cette recherche que, pour faciliter l’accès aux loisirs chez les publics défavorisés, il faut d’abord comprendre les effets de l’absence de travail : réduction des moyens financiers et donc du « périmètre de vie » (des déplacements, notamment) ; accaparement de l’esprit par les problèmes liés à l’absence de travail ; délitement des relations sociales... Cette vulnérabilité et ce repli sur soi tendent à détourner l’intérêt pour les loisirs, même lorsque ceux-ci sont peu onéreux. Par ailleurs, les relations aux loisirs peuvent être groupées en quatre classes principales et différenciées selon deux critères (cf. le schéma ci-dessous) : la familiarité avec les loisirs et la culture (la connaissance manifeste de leurs bénéfices) et la capacité à intégrer des réseaux sociaux d’entraide (indiquée notamment par les contacts pris avec des structures associatives ou d’aide sociale). Chez les personnes peu familières des loisirs, cette capacité favorise la recherche d’activités ; en revanche, celles qui ont des difficultés à s’entourer, à trouver de l’aide, ont besoin, avant d’aller vers les loisirs, d’accéder à un espace social rassurant, sans contraintes ni stigmatisation de leur marginalité. Il apparaît ainsi que l’offre de loisirs est peu saisie par les populations en situation socio-économique difficile non pas parce qu’elle leur serait inadaptée mais plutôt à cause d’un isolement social. Il semble opportun, par conséquent, de développer des actions combinant aide sociale et loisirs dans un cadre à la fois convivial et familier, tels des marchepieds vers une offre universelle. Les initiatives du restaurant social du CCAS étayent l’intérêt de cette démarche. Proposées dans ce lieu familier par un personnel très à l’écoute, des activités telles que des matchs de football, des concerts et des visites de lieux patrimoniaux ont favorisé les rencontres et les échanges. Présentées comme des opportunités et non comme des nécessités ou des injonctions, ces offres ont donné aux intéressés l’envie de multiplier de telles expériences. Elles facilitent dans le même temps leur familiarisation avec les loisirs et leurs interactions sociales.

1. Cf. le glossaire.

2. Centre communal d’action sociale et Direction « Action sociale et insertion », respectivement

Classes de relations aux loisirs et à la culture chez les publics défavorisés

Têtes chercheuses ©2007 | mentions légales | contactez nous | page d'accueil | Réalisation : Intelliance 2007