Les loisirs sont des activités à la fois
libératoires (d’un cadre contraignant tel
que le travail ou la famille), désintéressées
(sans enjeu utilitaire ou lucratif), hédonistiques
(prendre du plaisir est un but) et personnelles
(valorisant les spécificités individuelles en
société). Ils sont une source de confiance en
soi et de liens sociaux plus choisis que subis,
grâce auxquels se développent le sentiment
d’appartenance à un collectif et la capacité
d’engagement dans l’animation de son quartier.
C’est pourquoi permettre un large partage
de cette expérience participe au respect de
l’exigence sociale du développement urbain
durable1.
Un manque d’adhésion
Les offreurs institutionnels de loisirs, qui sont
en large partie des communes, et les acteurs
de l’accompagnement social souhaitent
comprendre pourquoi leurs propositions
d’activités (cours de gymnastique, ateliers
d’écriture, sorties culturelles, etc.) ne rencontrent
pas l’adhésion de toutes les populations
ciblées, et notamment celle des personnes en
situation de précarité économique et sociale,
pour lesquelles l’expérience des loisirs est
propice au développement personnel et à la
socialisation.
Dans l’optique de mieux adapter l’offre de loisirs
à ces « publics défavorisés », une recherche
récemment menée en collaboration avec le
CCAS et la Dasi2 de la Ville de Nantes visait
à caractériser ce que représentent les loisirs
pour ces publics, leurs perceptions de l’offre de
loisirs et leurs attentes dans ce domaine. Elle a
d’abord consisté à effectuer des tables rondes
avec des travailleurs sociaux et des responsables
de structures de loisirs et de culture, des
observations dans un restaurant social et au
sein d’associations d’insertion ou de loisirs, ainsi
que des entretiens semi-directifs (au moyen de
questions ouvertes) avec des bénéficiaires du
revenu de solidarité active (successeur du RMI).
L’analyse des informations recueillies a ensuite
permis d’établir des profils-types de relation
aux loisirs et de s’en inspirer pour adresser des
recommandations aux professionnels du secteur
et participer à leur mise en œuvre.
Un frein psychosocial
Il ressort de cette recherche que, pour faciliter
l’accès aux loisirs chez les publics défavorisés, il
faut d’abord comprendre les effets de l’absence
de travail : réduction des moyens financiers et
donc du « périmètre de vie » (des déplacements,
notamment) ; accaparement de l’esprit par les
problèmes liés à l’absence de travail ; délitement
des relations sociales... Cette vulnérabilité et ce
repli sur soi tendent à détourner l’intérêt pour les
loisirs, même lorsque ceux-ci sont peu onéreux.
Par ailleurs, les relations aux loisirs peuvent
être groupées en quatre classes principales et
différenciées selon deux critères (cf. le schéma ci-dessous) :
la familiarité avec les loisirs et la culture (la
connaissance manifeste de leurs bénéfices) et la
capacité à intégrer des réseaux sociaux d’entraide
(indiquée notamment par les contacts pris avec des
structures associatives ou d’aide sociale). Chez les
personnes peu familières des loisirs, cette capacité
favorise la recherche d’activités ; en revanche, celles
qui ont des difficultés à s’entourer, à trouver de
l’aide, ont besoin, avant d’aller vers les loisirs,
d’accéder à un espace social rassurant, sans
contraintes ni stigmatisation de leur marginalité.
Il apparaît ainsi que l’offre de loisirs est peu saisie
par les populations en situation socio-économique
difficile non pas parce qu’elle leur serait inadaptée
mais plutôt à cause d’un isolement social.
Il semble opportun, par conséquent, de
développer des actions combinant aide sociale
et loisirs dans un cadre à la fois convivial et
familier, tels des marchepieds vers une offre
universelle. Les initiatives du restaurant social
du CCAS étayent l’intérêt de cette démarche.
Proposées dans ce lieu familier par un personnel
très à l’écoute, des activités telles que des matchs
de football, des concerts et des visites de lieux
patrimoniaux ont favorisé les rencontres et les
échanges. Présentées comme des opportunités
et non comme des nécessités ou des injonctions,
ces offres ont donné aux intéressés l’envie de
multiplier de telles expériences. Elles facilitent
dans le même temps leur familiarisation avec les
loisirs et leurs interactions sociales.
1. Cf. le glossaire.
2. Centre communal d’action sociale et Direction « Action sociale et insertion », respectivement
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