Au regard des enfants

Aurore MARCOUYEUX et Fabien BACRO, Maîtres de conférences, chercheurs respectivement au LabÉCD, Laboratoire de psychologie « Éducation, cognition, développement », et au Cren, Centre de recherche en éducation de Nantes (Université de Nantes)
© Ian Hamilton / iStockphoto

Pour nombre de chercheurs et de décideurs politiques, comprendre l’expérience que les enfants ont de la ville est un objectif d’autant plus important qu’un citadin sur trois est un enfant et que la moitié de la population mondiale vit aujourd’hui en ville.

Dans cette optique, des chercheurs en psychologie étudient comment les pratiques et les représentations que l’enfant a de son espace de vie évoluent avec l’urbanisation. Il a ainsi été constaté que, dans la majorité des pays européens, les jeunes fréquentent les espaces publics (parcs, espaces verts, centres-villes, zones commerciales...) de façon toujours plus tardive et moins autonome. À titre d’exemple, une enquête réalisée en Grande-Bretagne révèle que la proportion d’enfants de 7 ou 8 ans allant seuls à l’école est passée de 80 à 10 % entre 1971 et 1990. Le renforcement des craintes des parents liées aux risques d’accident de la circulation et de mauvaise rencontre apparaît comme l’un des facteurs majeurs de cette évolution, laquelle peut freiner le développement des « compétences environnementales » de l’enfant (être capable de se forger une « carte mentale » de son quartier, d’élaborer un itinéraire, de s’orienter en ville, etc.). Cependant, rares sont encore les études portant sur le bien-être des enfants dans la ville. Les travaux que nous menons1 visent à savoir dans quelle mesure l’appropriation, par les enfants, des espaces extérieurs influence leur qualité de vie. Près de 200 jeunes âgés de 6 à 12 ans et fréquentant des écoles situées dans deux quartiers, l’un populaire et l’autre résidentiel, seront invités à décrire leur connaissance des espaces publics (jardins, places, aires de jeux, etc.) qu’on leur présentera en photographie et l’usage qu’ils en font. De plus, grâce à un questionnaire proposé sur un ordinateur (un moyen d’évaluation attractif pour les enfants), ils pourront exprimer leur niveau de bien-être : en choisissant parmi plusieurs propositions, pour chaque situation, ils indiqueront à quelle fréquence ils éprouvent des sentiments comme « Je m’ennuie » ou dans quelle mesure ils approuvent des énoncés tels que « Je me débrouille seul ».

À terme, cette recherche devrait permettre aux responsables municipaux d’apprécier la pertinence des aménagements prévus et d’envisager des modifications propices à la bonne qualité de vie des enfants.

1. dans le cadre du projet « Les enfants de 6-12 ans dans leur ville : pratiques et perceptions des aménagements urbains » financé par la Région Pays de la Loire et réunissant des chercheurs en géographie, en psychologie et en sciences de l’éducation des universités de Nantes, d’Angers et Rennes 2

DOSSIER
Une ville habitable

Vie des jeunes et des moins jeunes

Bien vieillir en ville

Christian PIHET, Professeur à l’Université d’Angers, directeur du laboratoire ESO-Angers, UMR Espaces et sociétés
© Keith Brofsky / GO Premium / GraphicObsession

À l’instar des autres catégories de Français, les personnes âgées de plus 60 ans vivent majoritairement (à près de 75 %) en ville. Si les diverses statistiques qui les concernent sont abondantes, elles sont néanmoins insuffisantes pour savoir ce qui conditionne les besoins et les choix des populations concernées ; aussi nous les complétons par des enquêtes menées notamment dans les secteurs de l’immobilier et des services aux personnes, enquêtes dont les résultats pourraient être intégrés dans les documents prospectifs d’urbanisme (les Scot, schémas de cohérence territoriale).

Parmi ces populations, il faut distinguer les « jeunes retraités », consommateurs de loisirs, socialement actifs, fournissant de nombreux bénévoles aux associations, et les personnes qui entrent dans la dépendance (perte d’autonomie dans la vie quotidienne). La localisation des premiers dans l’espace urbain résulte en large partie de leurs stratégies immobilières, qui tendent à privilégier les quartiers bâtis autour des centres-villes après les guerres mondiales et dans les territoires périurbains. La « résidentialisation » des seconds en hébergement collectif (une maison de retraite, par exemple) a souvent lieu en périphérie, où les opportunités foncières sont les plus nombreuses.

Si les entreprises privées s’intéressent de plus en plus à ces clientèles, les collectivités territoriales demeurent cependant les principaux fournisseurs et gestionnaires des services aux personnes âgées. La gamme de ces services s’avère large, mais l’aide à la mobilité dans des villes de plus en plus étendues l’est peu ; cette lacune pourrait être palliée en favorisant davantage le covoiturage, le maintien des commerces de proximité, les relations coopératives entre voisins...

La volonté publique de maintenir une mixité résidentielle intergénérationnelle est aussi exprimée par des programmes d’habitat adapté, développés en priorité en coeur de ville car celui-ci reste dense en population, en commerces et en loisirs. De nombreuses communes demandent et obtiennent le statut de « ville amie des aînés » initié en 2010 par l’Organisation mondiale de la santé, ce qui les astreint à procurer aux seniors des services de bonne qualité. Toutefois, les réformes territoriales actuellement prévues demanderont de conduire cette politique au niveau intercommunal. Le maintien du soutien public au secteur gérontologique semble par ailleurs nécessaire afin qu’une « vieillesse indigente » ne se développe pas dans les quartiers populaires.

En complément...

• Le vieillissement dans les documents de planification des agglomérations grenobloise, lyonnaise et stéphanoise (Agence d’urbanisme de Lyon, 2008)

• L’adaptation de l’habitat au défi de l’évolution démographique : un chantier d’avenir, M. Boulmier (Rapport au secrétaire d’État au Logement, 2009)

• Du vieillissement dans les villes aux villes pour le vieillissement, Ch. Pihet, revue Annales de la recherche urbaine (2006)

Guide mondial des villes-amies des aînés (site web de l’OMS)

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