Pour nombre de
chercheurs et de
décideurs politiques,
comprendre l’expérience
que les enfants ont de la
ville est un objectif d’autant
plus important qu’un citadin
sur trois est un enfant et que la
moitié de la population mondiale vit
aujourd’hui en ville.
Dans cette optique, des chercheurs en psychologie étudient comment
les pratiques et les représentations que l’enfant a de son espace de vie
évoluent avec l’urbanisation. Il a ainsi été constaté que, dans la majorité
des pays européens, les jeunes fréquentent les espaces publics (parcs,
espaces verts, centres-villes, zones commerciales...) de façon toujours
plus tardive et moins autonome. À titre d’exemple, une enquête réalisée
en Grande-Bretagne révèle que la proportion d’enfants de 7 ou 8 ans
allant seuls à l’école est passée de 80 à 10 % entre 1971 et 1990.
Le renforcement des craintes des parents liées aux risques d’accident
de la circulation et de mauvaise rencontre apparaît comme l’un
des facteurs majeurs de cette évolution, laquelle peut freiner
le développement des « compétences environnementales » de
l’enfant (être capable de se forger une « carte mentale » de son
quartier, d’élaborer un itinéraire, de s’orienter en ville, etc.).
Cependant, rares sont encore les études portant sur le bien-être des
enfants dans la ville. Les travaux que nous menons1 visent à savoir dans
quelle mesure l’appropriation, par les enfants, des espaces extérieurs
influence leur qualité de vie. Près de 200 jeunes âgés de 6 à 12 ans et
fréquentant des écoles situées dans deux quartiers, l’un populaire et
l’autre résidentiel, seront invités à décrire leur connaissance des espaces
publics (jardins, places, aires de jeux, etc.) qu’on leur présentera en
photographie et l’usage qu’ils en font. De plus, grâce à un questionnaire
proposé sur un ordinateur (un moyen d’évaluation attractif pour les
enfants), ils pourront exprimer leur niveau de bien-être : en choisissant
parmi plusieurs propositions, pour chaque situation, ils indiqueront à
quelle fréquence ils éprouvent des sentiments comme « Je m’ennuie »
ou dans quelle mesure ils approuvent des énoncés tels que « Je me
débrouille seul ».
À terme, cette recherche devrait permettre aux responsables municipaux
d’apprécier la pertinence des aménagements prévus et d’envisager des
modifications propices à la bonne qualité de vie des enfants.
1. dans le cadre du projet « Les enfants de 6-12 ans dans leur ville : pratiques et perceptions des aménagements urbains » financé par la Région Pays de la Loire et réunissant des chercheurs en géographie, en psychologie et en sciences de l’éducation des universités de Nantes, d’Angers et Rennes 2
© Keith Brofsky / GO Premium / GraphicObsessionÀ l’instar des autres catégories de Français,
les personnes âgées de plus 60 ans vivent
majoritairement (à près de 75 %) en ville.
Si les diverses statistiques qui les concernent sont
abondantes, elles sont néanmoins insuffisantes
pour savoir ce qui conditionne les besoins et
les choix des populations concernées ; aussi
nous les complétons par des enquêtes menées
notamment dans les secteurs de l’immobilier
et des services aux personnes, enquêtes dont
les résultats pourraient être intégrés dans les
documents prospectifs d’urbanisme (les Scot,
schémas de cohérence territoriale).
Parmi ces populations, il faut distinguer les
« jeunes retraités », consommateurs de loisirs,
socialement actifs, fournissant de nombreux
bénévoles aux associations, et les personnes qui
entrent dans la dépendance (perte d’autonomie
dans la vie quotidienne). La localisation des
premiers dans l’espace urbain résulte en
large partie de leurs stratégies immobilières,
qui tendent à privilégier les quartiers bâtis
autour des centres-villes après les guerres
mondiales et dans les territoires périurbains.
La « résidentialisation » des seconds en
hébergement collectif (une maison de retraite,
par exemple) a souvent lieu en périphérie,
où les opportunités foncières sont les plus
nombreuses.
Si les entreprises privées s’intéressent de
plus en plus à ces clientèles, les collectivités
territoriales demeurent cependant les
principaux fournisseurs et gestionnaires des
services aux personnes âgées. La gamme
de ces services s’avère large, mais l’aide à
la mobilité dans des villes de plus en plus
étendues l’est peu ; cette lacune pourrait être
palliée en favorisant davantage le covoiturage,
le maintien des commerces de proximité, les
relations coopératives entre voisins...
La volonté publique de maintenir une mixité résidentielle intergénérationnelle est aussi exprimée par des programmes d’habitat adapté, développés en priorité en coeur de ville car celui-ci reste dense en population, en commerces et en loisirs. De nombreuses communes demandent et obtiennent le statut de « ville amie des aînés » initié en 2010 par l’Organisation mondiale de la santé, ce qui les astreint à procurer aux seniors des services de bonne qualité. Toutefois, les réformes territoriales actuellement prévues demanderont de conduire cette politique au niveau intercommunal. Le maintien du soutien public au secteur gérontologique semble par ailleurs nécessaire afin qu’une « vieillesse indigente » ne se développe pas dans les quartiers populaires.
• Le vieillissement dans les documents de planification des agglomérations grenobloise, lyonnaise et stéphanoise (Agence d’urbanisme de Lyon, 2008)
• L’adaptation de l’habitat au défi de l’évolution démographique : un chantier d’avenir, M. Boulmier (Rapport au secrétaire d’État au Logement, 2009)
• Du vieillissement dans les villes aux villes pour le vieillissement, Ch. Pihet, revue Annales de la recherche urbaine (2006)
• Guide mondial des villes-amies des aînés (site web de l’OMS)
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