A la lumière de l'Histoire

Pensées décortiquées

Après la rencontre entre Freud et Jung, en 1907, la psychanalyse éclate en divers courants qui auront des liens tortueux avec les approches plus scientifiques de l’étude de la pensée.
par Vincent Bréjard, Maître de conférences, chercheur au LabéCD, Laboratoire de psychologie, éducation, cognition et développement (université de Nantes). www.lettres.univ-nantes.fr/labecd
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La naissance des psychanalyses

L’intérêt des chercheurs pour la psyché (les pensées conscientes ou inconscientes) a traversé de nombreuses disciplines, de la philosophie à la psychologie en passant par la neurologie et par la biologie.
Dans le champ de la psychologie, la psychanalyse occupe une place à part. Fondée par l’Autrichien Sigmund Freud au tournant du XXe siècle, à la fois théorie et technique thérapeutique, elle vise à explorer « l’Inconscient », ensemble de processus mentaux non présents à la conscience, par l’analyse des rêves et par l’écoute des « associations libres » (le patient dit tout ce qui lui vient à l’esprit, sans rien omettre). Le psychanalyste interprète ces paroles et ces rêves pour leur donner sens.
Freud découvre ainsi qu’un certain nombre de troubles mentaux ont pour cause la sexualité. Il observe en outre que ses patients le prennent en forte affection, reproduisant l’amour qu’ils ont eu pour leur mère ou pour leur père. Il exploite ce phénomène, qu’il nomme transfert, afin d’analyser l’origine de leurs troubles.
En 1907, il rencontre le Suisse Carl Gustav Jung en qui il pensait trouver un digne héritier de ses théories. Il n’en est rien. La psychanalyse sera, dès lors, traversée par de nombreux conflits. Parmi les dissidents, Jung remet en cause la prédominance de la sexualité dans la vie psychique et développe une « psychologie analytique » qui conserve en partie la notion d’Inconscient mais qui en introduit une toute autre, celle « d’inconscient collectif » que constituent les schémas de pensée et les représentations inconscientes (ou « archétypes ») communs à tous les individus.

Un duel de psychologies
Parallèlement, l’étude scientifique de la psyché humaine prend aussi ses distances avec les travaux de Freud en privilégiant l’étude des phénomènes psychologiques de la vie « normale » : l’intelligence, la perception, les émotions, la résolution de problèmes… Les psychologues qu’on qualifiera plus tard de cognitivistes (de cognition : connaissance) réfutent l’existence même de l’Inconscient.
Une nette rupture se produit après la Seconde Guerre mondiale entre une psychologie dite expérimentale, principalement axée sur la vie psychique normale et qui, sur le modèle de la biologie, vise à dégager des lois générales et à apporter des preuves objectives de ce qu’elle avance, et une psychologie dite clinique, davantage focalisée sur les pathologies mentales et qui se réfère à l’étude du sujet dans sa globalité comme dans sa singularité.

La collaboration en perspective

Les séparations entre ces divers courants de la psychologie tendent actuellement à s’estomper. Des enseignants-chercheurs en psychopathologie ont une formation initiale en psychologie et non plus seulement en psychanalyse ; des psychologues qui ne s’intéressaient qu’à la mémoire ou à l’attention se penchent maintenant sur l’anxiété ou sur la dépression ; sans inclure l’hypothèse du rôle central de la sexualité, certains cognitivistes se réfèrent à la notion « d’Inconscient cognitif » qui suppose l’existence de mécanismes de perception, de réflexion et d’action opérant à notre insu.
C’est à un réel renouvellement qu’on assiste actuellement dans les facultés de psychologie. Dans celle de Nantes, par exemple, des chercheurs en psychologie « clinique », « sociale », « cognitive » ou « du développement » étudient ensemble les relations entre mémoire et émotions, les dépressions, l’impact psychologique du cancer, les croyances sociales, les troubles des apprentissages chez les enfants… Il arrive que notre connaissance de l’approche psychanalytique enrichisse nos questions et la compréhension de nos observations

En complément...

• Une vision d'ensemble des grandes écoles et des principaux auteurs.

• Un article sur l'Histoire de la Psychanalyse en France par Roger Perron,

Histoire de la Psychanalyse sur Wikipedia

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