Virus en ligne

Jean-Marc Menaud et Rémi Lehn

L’expression « virus informatique » désigne un code exécutable par un ordinateur et qui se recopie subrepticement à l’intérieur d’un programme ou d’une mémoire. Elle a été introduite par l’informaticien et biologiste américain Leonard adleman à la suite de la première infection connue qui toucha, en 1982, les ordinateurs personnels apple II et dont le virus nommé Elk-cloner se propageait via des disquettes et affichait à l’écran un poème.
Les premiers virus ont eu des objectifs ludiques ou de défi technique ; leurs générations successives se sont révélées plus malveillantes, poursuivant des buts plus lucratifs. Le développement d’Internet, par lequel les virus se propagent très rapidement, a suscité de nombreuses créations et attaques. certains virus infectent plusieurs millions d’ordinateurs en quelques jours, rendant indisponibles les systèmes informatiques de grandes entreprises ou ciblant des logiciels, en particulier ceux du leader Microsoft, ainsi que des réseaux d’ordinateurs en les inondant, par exemple, de courriers électroniques publicitaires.
Malgré les progrès des logiciels antivirus et les recommandations faites aux utilisateurs, les menaces virales restent importantes. Les virus exploitent souvent des défauts de conception des logiciels avant même que les éditeurs ne découvrent eux-mêmes l’existence de ces failles. Il existe presque toujours un temps de latence important entre la première apparition d’un virus, son enregistrement dans la liste des virus connus et la mise à jour de l’ensemble des antivirus installés.
Une partie importante des failles recensées est liée aux langages de programmation utilisés pour développer les logiciels, qui laissent la possibilité au virus d’accaparer à son profit la mémoire utilisée par les machines pour exécuter les programmes. c’est pourquoi la recherche et le développement de langages plus sécurisés demeurent très actifs.

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La présentation des virus informatiques sur Wikipedia

DOSSIER
Intrigants virus

Virologie et informatique

Des bits et des gènes

Deux virologues et trois informaticiens se penchent sur les analogies entre virus informatiques et virus biologiques.
Discussion avec Berthe-Marie Imbert-Marcille, Professeure et directrice de l’équipe Génétique des interactions hôtes/micro-organismes (Université de Nantes), Frédéric Benhamou, Professeur et directeur du Lina, Laboratoire d’informatique Nantes-Atlantique (Université de Nantes), Cyrille Féray, Hépatologue spécialiste de l’hépatite C, directeur de recherche à l’Inserm-Nantes, Centre d’investigation clinique CIC 04,Rémi Lehn, Maître de conférences en informatique au Lina et dans le service de la formation continue de l’Université de Nantes,Jean-Marc Menaud, Chercheur au Lina, à l’école des Mines de Nantes et à l’Inria (Institut national de recherche en informatique et en automatique).
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Têtes chercheuses : Virus, hôte, cible, infection et mutation sont, parmi d’autres, autant de termes couramment empruntés à la biologie pour évoquer les programmes nuisibles au fonctionnement des ordinateurs. Que pensez-vous de la pertinence de tels emprunts ? Quelles nuances apporter aux analogies qui les sous-tendent ?

Frédéric Benhamou : Ces rapprochements ne découlent pas uniquement d’une similitude de phénomènes. L’informatique est une discipline récente et quand il a fallu expliquer aux utilisateurs, en des termes simples, les dangers des programmes malveillants et les moyens de s’en préserver, le recours aux concepts de la virologie s’est avéré efficace.

Cyrille Féray : L’expression « virus informatique » est une métaphore apparue en plein développement du Sida. Au siècle précédent, on aurait sans doute parlé de syphilis informatique. Or les virus biologiques et les virus informatiques sont de natures très différentes. Les premiers sont très variables ; ils posent des problèmes de santé majeurs et sont le fruit de la sélection naturelle, tandis que les seconds sont créés par l’Homme. Berthe-Marie Imbert : La seule fonction d’un virus biologique est d’assurer sa survie, ce qu’il réalise en parasitant un hôte et en détournant les structures cellulaires de synthèse de protéines afin de se multiplier. Son matériel génétique (ou génome) est protégé par une coque de protéines et contient seulement les quelques instructions nécessaires à sa reproduction. Il existe plusieurs familles de virus biologiques et les mécanismes d’infection diffèrent beaucoup d’un type à l’autre. Le génome de certains virus se modifie en permanence au sein des individus qu’ils infectent, ce qui permet à ces virus d’évoluer.

Jean-Marc Menaud : Toutes proportions gardées, une bonne partie de ces précédentes caractéristiques sont partagées par les virus informatiques. Très divers, leurs moyens de nuisance sont nombreux. Ils possèdent également un code de réplication et une aptitude au polymorphisme : certains d’entre eux sont programmés pour changer leurs propres codes tout en conservant les mêmes fonctions, ce qui complique leur détection.

Rémi Lehn : Les virus informatiques ont pour hôtes les mémoires et les fichiers des ordinateurs. Ils possèdent également un code de petite taille dont une partie correspond à une cible bien précise. Leur variabilité n’a rien à voir avec celle des virus biologiques mais la plupart des nouveaux programmes mis sur le marché sont rapidement ciblés par de nouveaux virus. Par ailleurs, on voit apparaître de plus en plus de stratégies de leurres utilisant parfois des techniques cryptographiques afin de tromper les systèmes antivirus, logiciels souvent comparés au système immunitaire des organismes vivants.

Berthe-Marie Imbert : Ce système immunitaire joue un rôle primordial dans la lutte contre les agressions. Il possède une grande capacité d’adaptation face à n’importe quelle attaque virale. Il existe en outre une grande variabilité de la qualité de la réponse immunitaire entre les individus, ce qui explique qu’une infection par un virus donné sera plus ou moins bien jugulée et, dans un cas extrême, pourra conduire à la mort de l’organisme infecté.

Jean-Marc Menaud : Un ordinateur dépourvu de défenses risque fort d’être infecté en quelques minutes s’il est connecté à Internet. Il existe des protections externes, telles qu’un pare-feu, qui empêchent le virus d’accéder à l’ordinateur, ainsi que des protections internes assurées par les mises à jour des programmes et par un antivirus qui recherche et qui élimine les virus dont il connaît les descriptions. Fournir des mises à jour à un antivirus, c’est comme donner un vaccin à son ordinateur : il enregistre certaines caractéristiques d’un virus afin de pouvoir empêcher l’attaque du véritable virus lorsqu’il se présentera. Comme chez les organismes, l’ensemble des défenses diffère souvent d’un ordinateur à l’autre.

Cyrille Féray : Par les gènes qu’ils introduisent ou qu’ils recomposent et par leur interaction avec le système immunitaire, les virus biologiques modifient leurs hôtes et constituent des accélérateurs de l’évolution. Ainsi peut-on considérer qu’il existe des virus biologiques bénéfiques, tandis que les virus informatiques sont presque toujours nocifs. Or, la métaphore dont nous parlons n’utilise, pour l’essentiel, que la notion de nuisance couramment associées aux virus biologiques. C’est là sa principale limite.

Rémi Lehn : Ce n’est pas la structure des ordinateurs qui est altérée par les virus informatiques, mais leurs contenus. Cela dit, l’existence des virus contribue à faire évoluer les systèmes d’exploitation et les antivirus. On peut donc considérer que les virus ont une influence positive sur leurs hôtes à moyen terme. En revanche, il ne semble pas exister à ce jour de virus capables de muter efficacement de façon autonome. Il leur faudrait pouvoir tester un très grand nombre de modifications possibles de leur code avant que celui-ci corresponde à une nouvelle action efficace. cyrille Féray : C’est ce que font les virus biologiques. J’imagine par ailleurs qu’il existe des virus informatiques qui traînent ici et là et qui ne sont pas connus des antivirus. Peut-être existe-t-il, comme pour les virus biologiques, des risques latents : dans un futur plus ou moins lointain, par hasard, ils peuvent s’avérer dangereux.

Frédéric Benhamou : Finalement, nous tendons à justifier les analogies qui touchent aux relations entre un virus et son hôte. Les nuances semblent porter davantage sur des facteurs d’échelle, notamment d’échelle d’espace et de temps. Une contamination informatique mondiale peut être extrêmement rapide comparée à la diffusion des virus biologiques qui, par ailleurs, ont une plus grande variabilité à court terme. De même, la faible variété et la relative simplicité des systèmes informatiques, en comparaison des organismes vivants, limitent l’évolution des virus informatiques. L’immensité du nombre de combinaisons possibles qui existe pour les génomes des virus biologiques et le jeu de la sélection naturelle dont ceux-ci font l’objet leur restent, pour l’heure, inaccessibles.

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Un exemple de comparatif détaillé entre virus informatiques et virus biologiques est donné sur Futura-Sciences

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