A la lumière de l'Histoire

Conquêtes spatiales

En 1957, Spoutnik ouvre la voie aux excursions humaines hors de l'atmosphère terrestre. Comment évoluent, depuis lors, nos desseins spatiaux ?
par Stéphane TIRARD , Maître de conférences, directeur du Centre François Viète d'épistémologie et d'histoire des sciences et des techniques (Université de Nantes). www.sciences.univ-nantes.fr/cfv
©Nasa / Asif A. Siddiqi

Démonstrations de puissance

L e 4 octobre 1957, l'URSS réussit le lancement de Spoutnik 1. Ce tout premier satellite artificiel, pesant 83 kilos, gravitera pendant trois mois autour de la Terre. Les Soviétiques prennent ainsi la tête de la " course à l'espace ". Outre l'exploit technique, il s'agit surtout de faire valoir à la face du monde, dans le contexte de la Guerre Froide, le potentiel de leurs missiles intercontinentaux. L'événement est d'autant plus emblématique qu'il a lieu lors du 40e anniversaire de la Révolution d'octobre en Russie. Les états-Unis, quant à eux, lancent leur premier satellite en janvier 1958. Le record d'altitude battu par l'avion américain X-15, qui atteint 50,3 km le 30 mars 1961, est éclipsé treize jours plus tard par le premier séjour d'un homme dans l'espace : le 12 avril, le Russe Youri Gagarine effectue, à bord de Vostok 1, une révolution autour de la Terre. Le président John Kennedy relève alors le défi et s'engage à ce qu'un Américain marche sur la Lune... avant la fin de la décennie ! C'est chose faite le 21 juillet 1969.

Satellites à foison

Les vols spatiaux habités sont l'expression d'une compétition acharnée entre les deux grandes puissances jusqu'à la fin des missions Apollo, en 1972. Par la suite, les enjeux stratégiques et géopolitiques ne sont pas démentis (avec les satellitesespions, notamment) mais la course à la maîtrise des techniques spatiales se traduit davantage par la mise en orbite de nombreux satellites civils devenus cruciaux pour les télécommunications, la météorologie, le positionnement (avec le Global Positioning System) ou encore pour l'observation des ressources terrestres. La recherche fondamentale en profite également : le télescope spatial Hubble ouvre de nouveaux horizons aux astronomes et, comme maintes sondes scientifiques, fait progresser la connaissance de l'Univers. L'ambition la plus fondamentale des projets spatiaux reste néanmoins l'exploration humaine : retourner sur la Lune, visiter Mars... En parvenant, en 2003, à placer à son tour son premier " taïkonaute " en orbite avec son propre lanceur, la Chine témoigne sans doute de cette aspiration universelle. Or un débat très vif, scientifique autant qu'économique, oppose les tenants des vols habités à ceux des missions automatisées : est-il indispensable que ces explorations soient pratiquées directement par l'Homme alors que des sondes téléguidées peuvent les effectuer avec des coûts bien moindres ?

Nouvelles frontières

Les grands programmes spatiaux font aujourd'hui l'objet de collaborations entre états. C'est en particulier le cas des missions à caractère scientifique mais, comme en témoignent les récentes discussions sur l'avenir de la Station spatiale internationale, ce type de missions n'est pas une priorité constamment partagée. Si les Américains se désolidarisaient pour investir, par exemple, dans des missions sur la Lune ou sur Mars, Européens et Russes pourraient-ils prolonger le programme comme ils le souhaitent ? Quoi qu'il en soit, l'heure du tourisme spatial est venue : des individus fortunés peuvent désormais s'offrir un séjour en orbite. Encore anecdotiques, ces voyages rappellent que l'aventure spatiale ne fait que commencer. Les principaux défis techniques portent à présent sur la maîtrise des vols de longue durée : endurance physiologique et psychologique ; longévité des matériels ; moyens de propulsion plus efficaces ou plus économes, utilisant par exemple les rayonnements du Soleil. Aujourd'hui comme en 1957, ces défis demeurent empreints de desseins politiques et emblématiques

En complément...

• Article "Ciel des Hommes"

• Article de Philippe LABROT "L'homme sur Mars

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