Cette calculette qui divisait

L ‘irruption d’une nouvelle technologie dans les salles de classe remet en cause des pratiques ancestrales et éveille parfois la crainte de voir s’amenuiser les acquis des élèves. Ainsi la calculatrice a-t-elle été accusée par les uns de nuire au développement des facultés de calcul et de raisonnement, tandis que les autres l’ont d’emblée considérée comme un moyen d’enrichir les activités mathématiques. Bon an, mal an, elle a fini par trouver sa place dans les programmes scolaires : son utilisation est à présent inscrite dans les objectifs pédagogiques de l’école primaire. L’histoire se répète avec l’essor actuel du tableau blanc interactif (TBI) : certains n’y voient qu’un gadget onéreux. Pour Pierre Billouët (IUFM des Pays de la Loire), le TBI, comme le tableau noir avant lui, tire sa valeur éducative de sa surface d’écriture commune à toute la classe, permettant la construction collective d’un savoir validé. Les nouvelles pratiques qu’il suscite, comme celle de faire intervenir des élèves à distance (voir articles "De nouveaux outils pour la classe"), incitent à repenser l’enseignement ; c’est à l’usage qu’on pourra en mesurer tous les bénéfices.

La cervine et le macheau

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Dans les années 60, les théories dites behavioristes ont entrepris de décrire l’apprentissage humain par des mécanismes universels de type stimuli/réponses. Elles ont inspiré des projets d’enseignement programmé par ordinateur destinés à pallier de façon systématique l’éventuel manque d’efficacité des enseignants. Puis les années 70 ont vu fleurir des projets d’intelligence artificielle visant à réaliser des systèmes informatiques doués d’auto-adaptation, parmi lesquels des logiciels pédagogiques capables d’ajuster leurs scénarios à chaque utilisateur après des tests soumis à ce dernier. La première de ces deux approches a achoppé sur le manque d’adhésion des utilisateurs à des outils de formation trop rigides ; la seconde a rencontré de grandes difficultés de mise en oeuvre. Basées sur des rapprochements entre cerveau et machines, elles ont toutes deux sous-estimé les voies sensorielles, affectives et inconscientes de l’apprentissage au profit de voies rationnelles et logiques. L’ambition des concepteurs de logiciels éducatifs tend aujourd’hui à se limiter à une assistance de l’enseignant, notamment pour lui faciliter les tâches d’exercices routiniers, mais les visions les plus mécanistes de l’apprentissage n’ont peut-être pas dit leur dernier mot

Business et e-learning

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«L’éducation est de plus en plus traitée comme un marché ... La tendance, dans tous les pays ‘‘développés’’, pousse à un système d’éducation organisé sur une base individuelle, à distance (via Internet), variable dans le temps, tout au long de la vie, et à la carte. » Ainsi l’économiste italien Riccardo Petrella considère-t-il la multiplication des offres de produits e-learning, logiciels de formation sur Internet. Comme lui, d’autres craignent que des sociétés privées imposent à l’éducation leur logique marchande, asservie à l’évolution des technologies et marginalisant davantage ceux qui ont le plus besoin d’accompagnement humain. On peut aussi penser comme Paul Mathias, philosophe spécialiste d’Internet, que « les marchands sont entrés dans l’école depuis longtemps » et que le principal danger réside dans le manque de contrôle, par le système éducatif, de la qualité de ces produits. Quant à l’e-learning en entreprise, il s’appuie volontiers sur des jeux vidéo en ligne qui, selon Deborah Wince- Smith, présidente du Conseil américain de la compétitivité, renforcent les capacités de réflexion, d’imagination et d’adaptation aux changements rapides. Ils permettent surtout aux entreprises de dispenser, à faibles coûts, les mêmes formations à des personnels de plus en plus dispersés géographiquement

En complément...

• Article de Ricardo Petrella "Cinq pièges tendus à l'éducation" - Le Monde Diplomatique.

• Conférence de Paul Mathias "L’internet : Enjeux de théorie politique" - Institut d’Etudes Politiques de Paris.

• Diaporama du journal "Le Point" "Les jeux auxquels jouent les Américains au boulot"

DOSSIER
Des machines à apprendre

 Brèves pédago.

par Anne Le Pennec et Olivier Néron de Surgy

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