Cellules sanguines - Les cellules aplaties sont des hématies (globules rouges) ; les autres sont divers leucocytes (globules blancs) + Jean Dausset © National Cancer Institute (USA) / Bruce Wetzel et Harry Schaefer + InsermNous connaissons tous notre groupe
sanguin (A, B, AB ou O, en fonction
des antigènes, composés moléculaires aussi
nommés marqueurs, présents ou non à la
surface de nos cellules) et nous savons que
notre organisme ne peut tolérer du sang
de n’importe qui car il est presque toujours
capable d’identifier et de détruire ce qui lui
est étranger.
Jusqu’en 1958, on ignorait qu’une autre
série de marqueurs essentiels à la défense
de l’intégrité de l’individu (l’immunité)
existe sur presque tous les types cellulaires.
Cette année-là, l’hématologue français Jean
Dausset a publié sa découverte : à la surface
de nos leucocytes (globules blancs présents
dans le sang et dans la lymphe), il existe
des marqueurs, nommés HLA pour Human
Leucocyte Antigens, qui sont impliqués
dans le rejet des greffes. Peu avant lui,
l’Américain George Snell avait conclu
à l’existence d’un système antigénique
équivalent chez les souris, baptisé CMH
(complexe majeur d’histocompatibilité).
Ces travaux, complétés par ceux d’un autre
immunologiste américain, Baruj Benacerraf,
ont valu aux trois chercheurs le prix Nobel
de médecine en 1980.
Tous différents donc uniques
La diversité des marqueurs HLA a surpris
les spécialistes. Codés par plusieurs gènes
localisés sur un seul chromosome, ils sont
l’objet d’une multiplicité de combinaisons si
grande qu’une complète identité biologique
entre deux personnes, vrais jumeaux exceptés,
est très improbable. Ce constat a apporté un
éclairage inédit sur l’unicité des individus. La
répartition des différents antigènes HLA est
aussi apparue très variable d’une population
à l’autre, ce qui a contribué à mieux décrire les
migrations humaines au travers des époques.
Cette découverte a jeté les bases de
l’immunologie de la transplantation, décisives
dans le succès actuel des greffes d’organes.
Elle a été aussi et surtout essentielle pour
comprendre les réponses immunitaires contre
les agents pathogènes étrangers (du nonsoi),
comme les virus, et contre nos propres
cellules (du soi ou du soi altéré) dans le cas
des cancers ou des maladies auto-immunes
telles que la spondylarthrite ankylosante
ou la sclérose en plaques.
Le chaînon manquant
Jusqu’au milieu des années 1970, la seule réponse immunitaire bien connue mettait en scène des anticorps (molécules complexes circulant dans l’organisme ou enchâssées dans les membranes cellulaires, capables de reconnaître et d’éliminer des antigènes étrangers) mais les mécanismes de réaction des cellules immunitaires elles-mêmes demeuraient obscurs. De nombreux travaux expérimentaux, menés sur des animaux ou sur des cellules humaines, ont alors bénéficié de nouvelles techniques biochimiques et de nouvelles connaissances en génétique moléculaire : ils ont permis de décrire la véritable fonction biologique des marqueurs HLA. Il s’agit de molécules qui présentent, à la surface cellulaire, des peptides (fragments de protéines) d’agents infectieux ou des peptides du soi. Ainsi présentés, ces peptides deviennent accessibles à une classe particulière de globules blancs, les lymphocytes T, qui peuvent alors les identifier et réagir soit en tuant la cellule reconnue comme cancéreuse ou infectée, soit en stimulant ou en inhibant une autre composante de la réponse immunitaire, exerçant ainsi un effet régulateur. Des anomalies de cette régulation sont en cause dans les maladies auto-immunes. L’analyse de ce mécanisme s’est avérée cruciale dans la compréhension de la régulation du système immunitaire. Depuis lors, l’immunologie repose sur un nouveau paradigme (système de pensée) qui révise le précédent système basé sur la prépondérance de la réponse humorale (via les seuls anticorps). Le développement de nouvelles stratégies de vaccination contre des agents pathogènes insensibles à l’action des anticorps et de lutte contre le cancer ou contre les maladies auto-immunes est aujourd’hui totalement dépendant de ce paradigme.
Têtes chercheuses ©2007 |
mentions légales |
contactez nous |
page d'accueil |
Réalisation : Intelliance 2007