Une expo en bateau

©Maine Sciences et CCSTI de Laval
Anne Le Pennec

Pour porter la culture scientifique et technique aux confins des territoires sarthois et mayennais, Maine Sciences a eu l’idée d’emprunter les voies navigables. Pittoresque et dénué de connotation culturelle élitiste, ce projet baptisé Science Escale et mis en place avec le CCSTI de Laval gomme les kilomètres qui séparent souvent le public de ce type de manifestation. Les visiteurs sont accueillis sur le ponton d’une péniche avant de rejoindre un espace de 40 m2 dédié à une exposition interactive et des ateliers sur le thème de l’eau permettant d’appréhender la biodiversité et l’écologie des systèmes aquatiques. L’accès est gratuit bien que l’opération soit coûteuse pour ses nombreux partenaires (déplacement des animateurs, location du bateau, frais de gasoil, etc.). La péniche navigue durant l’automne sur la Sarthe, au printemps sur la Mayenne et depuis peu sur l’Oudon. Dans les petites communes où elle accoste pendant 2 à 4 jours, l’école est en général assez proche pour que les élèves venus en journée y entraînent leurs parents, frères ou soeurs en fin d’après-midi.

Ça se passe maintenant

Sciences en campagne

Des projets itinérants comme ceux de Maine Sciences contribuent à la diffusion des connaissances
scientifiques en milieu rural.
Anne Le Pennec
© www.ohazar.com

Peu d’habitants des campagnes se rendent spontanément dans les centres culturels des grandes villes pour y visiter des expositions scientifiques. En plus de la distance à parcourir, ce public doit aussi dépasser un préjugé selon lequel de tels lieux seraient réservés à certaines élites. Il semble donc opportun de provoquer sa rencontre avec des spécialistes des sciences (chercheurs, médiateurs...) en utilisant d’autres moyens que des manifestations misant seulement sur une bonne attractivité. C’est pourquoi Maine Sciences, centre de culture scientifique, technique et industrielle (CCSTI) situé au carrefour de la Sarthe, de la Mayenne et du Maine-et-Loire, a décidé de développer des animations décentralisées. Pour Anne Mercier qui dirige cette association depuis sa création il y a 12 ans, «il est en effet indispensable d’aller au devant du public rural avec une démarche originale afin de susciter son intérêt, voire de frapper directement à sa porte, même si c’est toujours la qualité des contenus qui lui permettra finalement de s’approprier les savoirs et d’être sensibilisé à la démarche scientifique.» En se rendant sur des lieux de vie sociale (écoles, salles communales, etc.), Maine Sciences, parmi d’autres associations qui privilégient les initiatives de proximité et la découverte des sciences par l’expérimentation, accompagne les acteurs éducatifs locaux dans la construction d’actions pédagogiques. Ses stands thématiques permettent aux enseignants de monter des projets avec leurs classes tout en bénéficiant sur place de la collaboration d’un animateur professionnel. Les expositions, toujours interactives et animées par un tel médiateur, sont conçues pour voyager et pour être installées presque n’importe où. Le CCSTI situé à Sablé-sur- Sarthe en accueille certaines, ce qui permet au grand public de s’y rendre le week-end et aux scolaires de les fréquenter en semaine. Selon Anne Mercier, «l’expérience montre que de nombreux visiteurs sont entraînés par les enfants venus une première fois avec leur classe. Les actions menées auprès des scolaires portent leurs fruits en élargissant la fréquentation aux familles.» Maine Sciences envisage d’autres formules séduisantes qui puissent être facilement intégrées au milieu rural et à des animations locales déjà existantes. à défaut de conférences qui, à moins d’être données par des célébrités, se révèlent peu suivies même dans une cité comme Le Mans, il s’agit de créer l’événement au coeur des villages. à l’instar de la péniche Science Escale (lire ci-contre), des expositions embarquées à bord d’un camion pourraient par exemple sillonner de nombreuses contrées.

En complément...

Site de Maine Sciences

Dossier de presse

• Colloque régional Sciences et Loisirs, le 5 juin 2008 à l’Hôtel de Région à Nantes : Renseignements,

Tél. 02 41 72 14 21

Un duo plein d'allant

Deux jeunes chercheuses étrangères ont choisi de venir à Nantes faire leurs thèses et souhaitent participer à la diffusion des connaissances.
Anne Le Pennec

L’une est libanaise, l’autre est chinoise. Depuis octobre 2007, Rim Noureddine et Yi Sun sont inscrites à l’École doctorale Chimie-Biologie de l’Université de Nantes et préparent des doctorats en génétique et en biochimie dans le même bureau de l’École nationale vétérinaire de Nantes (ENVN).

Chercher et partager

Dans l’équipe Interaction tique-parasitehôte (ITPH) de l’unité de recherche BioEpAR (Biologie, épidémiologie et analyse de risques, Inra/ENVN) dirigée par Alain Chauvin, on est aux petits soins pour Ixodes ricinus. Cette espèce de tique répandue en France est un matériel de choix pour étudier la transmission de maladies animales via les tiques, telles que la babésiose qui touche en particulier les bovins et, dans certains cas, les humains (notamment les personnes ayant subi une ablation de la rate). Rim et Yi y passeront trois ans. Elles ont démarré en même temps leurs thèses, celle de Yi étant financée par la Région des Pays de la Loire, celle de Rim par la Région et l’Inra. « Travailler côte à côte nous permet de nous épauler et d’échanger au jour le jour sur nos préoccupations », précise Rim. Une même ambition anime les deux jeunes femmes : mener à bien leurs recherches et décrocher le titre de Docteur avant de gagner celui d’enseignant-chercheur. Cependant, la seule activité de recherche ne leur suffit pas : « L’enseignement et la vulgarisation permettent de s’ouvrir aux autres, de partager ses connaissances et d’enrichir sa démarche de recherche », jugent-elles de concert.

Saisir les opportunités

Yi a rejoint l’équipe de l’ENVN à l’occasion d’un stage lui permettant d’obtenir l’équivalence nécessaire pour faire valoir en France ses diplômes vétérinaires chinois. Elle n’avait pas imaginé venir dans l’Hexagone auparavant mais un programme de coopération euro-chinois dirigé par Chantal Boulard, de l’Inra à Tours, a fait naître cette opportunité. « Il y avait un projet de recherche sur une espèce du parasite Babesia qui n’existe pas en Chine, explique Yi. Pour y participer, il fallait venir l’étudier ici, à Nantes. Cette idée m’a plu. » En isolant par des techniques biochimiques certaines protéines du parasite de la babésiose, le protozoaire Babesia divergens, qui permettent à celui-ci de pénétrer dans les globules rouges des bovins, la jeune femme espère trouver les protéines spécifiquement impliquées dans ce mécanisme d’invasion afin de mieux comprendre son déroulement et, par la suite, de maîtriser la maladie.

Suivre ses envies

Rim a rejoint l’Université de Lille 1 après avoir décroché son baccalauréat francolibanais. « Ce dernier m’a ouvert la porte de l’université française et m’a permis de faire de la génétique comme j’en avais envie depuis la troisième », explique-t-elle. Depuis qu’elle est dans l’équipe ITPH, c’est au patrimoine génétique des tiques qu’elle s’intéresse. L’étude de certains de leurs gènes qui jouent un rôle dans la vection (l’acquisition et la transmission) des agents pathogènes microscopiques comme Babesia divergens, a pour but de mettre en évidence les pressions de sélections exercées sur les tiques par ces agents. Les données de « génétique des populations » ainsi établies sont précieuses pour mieux comprendre la propagation des maladies transmises par les tiques afin de les contrecarrer. « Jusqu’ici, mon travail a essentiellement consisté à rassembler les informations existant dans la littérature scientifique, témoigne Rim. Il me faut également réunir un maximum d’espèces du genre Ixodes. Cela va me permettre de comparer la vitesse d’évolution des gènes en question entre les différentes espèces. » Certains spécimens, conservés dans l’alcool, lui sont envoyés des différents continents grâce à des collaborations avec des chercheurs étrangers mais la jeune femme fait parfois elle-même le déplacement, comme récemment en Tunisie, pour en rapporter.

Yi Sun (à gauche) et Rim Noureddine ont spontanément sollicité Têtes Chercheuses pour expliquer leurs travaux. © Anne Le Pennec

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