Pour porter la culture scientifique et technique aux confins des territoires sarthois et mayennais, Maine Sciences a eu l’idée d’emprunter les voies navigables. Pittoresque et dénué de connotation culturelle élitiste, ce projet baptisé Science Escale et mis en place avec le CCSTI de Laval gomme les kilomètres qui séparent souvent le public de ce type de manifestation. Les visiteurs sont accueillis sur le ponton d’une péniche avant de rejoindre un espace de 40 m2 dédié à une exposition interactive et des ateliers sur le thème de l’eau permettant d’appréhender la biodiversité et l’écologie des systèmes aquatiques. L’accès est gratuit bien que l’opération soit coûteuse pour ses nombreux partenaires (déplacement des animateurs, location du bateau, frais de gasoil, etc.). La péniche navigue durant l’automne sur la Sarthe, au printemps sur la Mayenne et depuis peu sur l’Oudon. Dans les petites communes où elle accoste pendant 2 à 4 jours, l’école est en général assez proche pour que les élèves venus en journée y entraînent leurs parents, frères ou soeurs en fin d’après-midi.
© www.ohazar.comPeu d’habitants des campagnes se rendent spontanément dans les centres culturels des grandes villes pour y visiter des expositions scientifiques. En plus de la distance à parcourir, ce public doit aussi dépasser un préjugé selon lequel de tels lieux seraient réservés à certaines élites. Il semble donc opportun de provoquer sa rencontre avec des spécialistes des sciences (chercheurs, médiateurs...) en utilisant d’autres moyens que des manifestations misant seulement sur une bonne attractivité. C’est pourquoi Maine Sciences, centre de culture scientifique, technique et industrielle (CCSTI) situé au carrefour de la Sarthe, de la Mayenne et du Maine-et-Loire, a décidé de développer des animations décentralisées. Pour Anne Mercier qui dirige cette association depuis sa création il y a 12 ans, «il est en effet indispensable d’aller au devant du public rural avec une démarche originale afin de susciter son intérêt, voire de frapper directement à sa porte, même si c’est toujours la qualité des contenus qui lui permettra finalement de s’approprier les savoirs et d’être sensibilisé à la démarche scientifique.» En se rendant sur des lieux de vie sociale (écoles, salles communales, etc.), Maine Sciences, parmi d’autres associations qui privilégient les initiatives de proximité et la découverte des sciences par l’expérimentation, accompagne les acteurs éducatifs locaux dans la construction d’actions pédagogiques. Ses stands thématiques permettent aux enseignants de monter des projets avec leurs classes tout en bénéficiant sur place de la collaboration d’un animateur professionnel. Les expositions, toujours interactives et animées par un tel médiateur, sont conçues pour voyager et pour être installées presque n’importe où. Le CCSTI situé à Sablé-sur- Sarthe en accueille certaines, ce qui permet au grand public de s’y rendre le week-end et aux scolaires de les fréquenter en semaine. Selon Anne Mercier, «l’expérience montre que de nombreux visiteurs sont entraînés par les enfants venus une première fois avec leur classe. Les actions menées auprès des scolaires portent leurs fruits en élargissant la fréquentation aux familles.» Maine Sciences envisage d’autres formules séduisantes qui puissent être facilement intégrées au milieu rural et à des animations locales déjà existantes. à défaut de conférences qui, à moins d’être données par des célébrités, se révèlent peu suivies même dans une cité comme Le Mans, il s’agit de créer l’événement au coeur des villages. à l’instar de la péniche Science Escale (lire ci-contre), des expositions embarquées à bord d’un camion pourraient par exemple sillonner de nombreuses contrées.
• Colloque régional Sciences et Loisirs, le 5 juin 2008 à l’Hôtel de Région à Nantes : Renseignements,
Tél. 02 41 72 14 21
L’une est libanaise, l’autre est chinoise.
Depuis octobre 2007, Rim Noureddine
et Yi Sun sont inscrites à l’École doctorale
Chimie-Biologie de l’Université de Nantes et
préparent des doctorats en génétique et en
biochimie dans le même bureau de l’École
nationale vétérinaire de Nantes (ENVN).
Chercher et partager
Dans l’équipe Interaction tique-parasitehôte
(ITPH) de l’unité de recherche BioEpAR
(Biologie, épidémiologie et analyse de risques,
Inra/ENVN) dirigée par Alain Chauvin, on est
aux petits soins pour Ixodes ricinus. Cette
espèce de tique répandue en France est un
matériel de choix pour étudier la transmission
de maladies animales via les tiques, telles
que la babésiose qui touche en particulier
les bovins et, dans certains cas, les humains
(notamment les personnes ayant subi une
ablation de la rate). Rim et Yi y passeront
trois ans. Elles ont démarré en même temps
leurs thèses, celle de Yi étant financée par la
Région des Pays de la Loire, celle de Rim par
la Région et l’Inra. « Travailler côte à côte nous permet de nous épauler et d’échanger au jour le jour sur nos préoccupations »,
précise Rim.
Une même ambition anime les deux jeunes
femmes : mener à bien leurs recherches
et décrocher le titre de Docteur avant
de gagner celui d’enseignant-chercheur.
Cependant, la seule activité de recherche
ne leur suffit pas : « L’enseignement et la vulgarisation permettent de s’ouvrir aux autres, de partager ses connaissances et d’enrichir sa démarche de recherche »,
jugent-elles de concert.
Saisir les opportunités
Yi a rejoint l’équipe de l’ENVN à l’occasion
d’un stage lui permettant d’obtenir
l’équivalence nécessaire pour faire valoir
en France ses diplômes vétérinaires
chinois. Elle n’avait pas imaginé venir
dans l’Hexagone auparavant mais un
programme de coopération euro-chinois
dirigé par Chantal Boulard, de l’Inra à
Tours, a fait naître cette opportunité.
« Il y avait un projet de recherche sur une espèce du parasite Babesia qui n’existe pas en Chine, explique Yi. Pour y participer, il fallait venir l’étudier ici, à Nantes. Cette idée m’a plu. »
En isolant par des techniques biochimiques
certaines protéines du parasite de la
babésiose, le protozoaire Babesia
divergens, qui permettent à celui-ci
de pénétrer dans les globules
rouges des bovins, la jeune
femme espère trouver les
protéines spécifiquement
impliquées dans ce
mécanisme d’invasion afin
de mieux comprendre
son déroulement et,
par la suite, de maîtriser
la maladie.
Suivre ses envies
Rim a rejoint l’Université de Lille 1 après avoir décroché son baccalauréat francolibanais. « Ce dernier m’a ouvert la porte de l’université française et m’a permis de faire de la génétique comme j’en avais envie depuis la troisième », explique-t-elle. Depuis qu’elle est dans l’équipe ITPH, c’est au patrimoine génétique des tiques qu’elle s’intéresse. L’étude de certains de leurs gènes qui jouent un rôle dans la vection (l’acquisition et la transmission) des agents pathogènes microscopiques comme Babesia divergens, a pour but de mettre en évidence les pressions de sélections exercées sur les tiques par ces agents. Les données de « génétique des populations » ainsi établies sont précieuses pour mieux comprendre la propagation des maladies transmises par les tiques afin de les contrecarrer. « Jusqu’ici, mon travail a essentiellement consisté à rassembler les informations existant dans la littérature scientifique, témoigne Rim. Il me faut également réunir un maximum d’espèces du genre Ixodes. Cela va me permettre de comparer la vitesse d’évolution des gènes en question entre les différentes espèces. » Certains spécimens, conservés dans l’alcool, lui sont envoyés des différents continents grâce à des collaborations avec des chercheurs étrangers mais la jeune femme fait parfois elle-même le déplacement, comme récemment en Tunisie, pour en rapporter.
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