DOSSIER
Domestiquer les végétaux

Botanique et biodiversité

Un botaniste dans la cité

Héritier spirituel d’Aimé Bonpland, grand botaniste
français qui permit à l’impératrice Joséphine d’assouvir
sa passion pour les plantes, Claude Figureau nous éclaire
sur la diversité végétale de notre planète et de notre région.
Claude FIGUREAU, directeur du Jardin botanique (Jardin des plantes) de Nantes
Claude Figureau ©OndS

La biodiversité méconnue
Le mot « biodiversité » a investi les discours quotidiens après l’adoption, au Sommet de la Terre de Rio de Janeiro, en 1992, de la Convention internationale sur la diversité biologique. Son usage courant, bien que fluctuant selon les points de vue de ses utilisateurs, tend à désigner de façon comptable la multiplicité des espèces vivantes qui peuplent tout ou partie de la Terre. Or, pour les scientifiques, ce terme inclut la diversité génétique sans cesse renouvelée par le brassage des gènes dû à la reproduction sexuée. La biodiversité est ainsi celle de tous les individus, même à l’intérieur des espèces et de leurs populations ; elle est aussi celle des écosystèmes dont chaque unité est composée des individus d’un milieu donné, de ce milieu et des interactions dont ces individus et ce milieu font l’objet. La diversité génétique tend spontanément à s’accroître ; ce processus est au coeur de l’évolution. Les phénomènes géologiques et climatiques comme les glaciations participent à cette évolution, favorisant le développement d’espèces et l’extinction de certaines autres. Il y a 300 millions d’années, par exemple, alors que les Angiospermes (qui se reproduisent sexuellement par leurs fleurs) n’étaient pas encore apparues, il existait d’immenses forêts marécageuses d’arbres gigantesques à l’origine du charbon fossile. Plus de 240 000 espèces vivantes de plantes à fleurs sont répertoriées aujourd’hui mais cette connaissance, comme celle de la diversité des écosystèmes, reste encore très incomplète. Dans les années 1970, plusieurs organisations internationales(1) ont lancé un premier signal d’alarme : les disparitions d’écosystèmes et d’espèces sont beaucoup plus fréquentes que par le passé, à cause de l’urbanisation, de la déforestation et de l’agriculture intensive, surtout dans les zones tropicales et équatoriales ainsi qu’en milieux aquatiques, marécageux et littoraux.

Les enjeux de la botanique
L’état de la biodiversité végétale des Pays de La Loire est alarmant, lui aussi : sur 1 621 espèces spontanées (non domestiques) recensées il y a 30 ans, 121 ont disparu et 121 autres sont en grand danger. La ville est un lieu privilégié de raréfaction des espèces. Jadis, les cantonniers « nettoyaient » manuellement les trottoirs, les fossés et les bosquets en arrachant la végétation spontanée. Ayant fini d’un côté, ils recommençaient de l’autre mais une flore diversifiée se maintenait néanmoins. Puis les désherbants chimiques sont venus à bout des herbes « folles » et la ville est devenue « propre ». L’emploi massif d’herbicides n’est plus de mise mais il semble que la prolifération actuelle de végétaux parasites ou envahissants, que certains spécialistes considèrent comme une nouvelle cause de large perte de biodiversité, provienne en grande partie de la perturbation de nombreux écosystèmes par l’Homme. Il est en tout cas de notre responsabilité de préserver le patrimoine végétal naturel. à cette fin, les jardins botaniques conservent environ 25 % de la flore phanérogamique (plantes à graines) mondiale. L’activité du botaniste, autrefois limitée à la reconnaissance et à la classification des végétaux, s’est aujourd’hui étendue à leur étude biologique, physiologique et écologique. Cependant, le développement de la biologie cellulaire et moléculaire dans les formations de l’enseignement supérieur s’est fait souvent au détriment de la connaissance des espèces et de leurs milieux et les botanistes sont de plus en plus rares. Aussi, tandis qu’on connaît de mieux en mieux les mécanismes intimes du végétal, l’idée selon laquelle la connaissance de la flore progresserait tous azimuts est-elle erronée.

Les jardins du renouveau
La botanique connaît cependant un renouveau dans certains établissements, peut-être insufflé par l’intérêt croissant des citoyens pour le thème de la biodiversité. Par exemple, en 1988, la Ville de Nantes a rouvert le cours municipal créé en 1836 dans son jardin botanique. Cette formation, qui accueille 50 élèves d’âges et d’horizons divers, est depuis peu complétée par un cours de botanique systématique (dédiée au classement des espèces) dispensé par l’Université permanente de Nantes à près de 80 élèves, dont une trentaine à Saint-Nazaire. Ces passionnés font souvent partie d’associations qui avivent l’engouement du public pour la découverte de la richesse fragile de la flore. Outre ses missions pédagogiques, le Jardin botanique de la Ville de Nantes, fondé par Louis XIV pour les apothicaires, conserve des collections d’espèces exotiques (conservation dite ex situ). Il collabore avec l’antenne nantaise du Conservatoire botanique de Brest à des travaux d’investigation et de conservation in situ sur des espèces menacées dans notre région, en particulier l’Angélique des estuaires (lire la brève sur l'Angélique).

(1) en particulier le World Wide Fund, le International Union for Conservation of Nature et le Botanical Gardens Conservation International

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