© iStockphoto / Robert ChurchillMaîtriser la composante végétale du
paysage est devenu primordial pour
les aménageurs du territoire, notamment parce
que les exigences portant sur nos relations
avec la nature se font très pressantes. Les
multiples rôles prêtés aux végétaux témoignent
cependant de la complexité de ces relations.
La demande de présence et de respect de la
nature, qui émane à la fois des habitants, des
touristes et des scientifiques, trouve en partie
sa réponse dans la préservation d’espaces
menacés d’abandon ou de transformation
rapide par l’urbanisation et par l’industrialisation
de l’agriculture. Dans les Pays de la Loire, les
efforts portent en particulier sur la sauvegarde
des zones humides, considérées comme des
écosystèmes riches et fragiles, telles que les
basses vallées angevines, les marais de Brière
ou le lac de Grand-Lieu, et sur le maintien de
« trames vertes » aux abords des villes, incluant
en majorité des bois et des zones agricoles.
à cette fin, de multiples outils de gestion sont
mis en place, allant de simples inventaires de
sensibilisation à des réglementations strictes ;
des actions concertées visent à maintenir
l’existant (par exemple, le classement de certains
bois et l’allocation de primes pour l’entretien des
prairies inondables), à contrôler son évolution
(limitation ou interdiction des plantations de
peupliers en fonds de vallée) ou à le remodeler
entièrement (projet de plantation d’une forêt de
1 400 hectares autour de Nantes).
On assiste ainsi à un cumul, sur un même territoire,
de mesures de protection dont les conséquences
s’enchevêtrent et dont l’articulation, l’efficacité
et la perception par les différents acteurs locaux
sont de plus en plus aléatoires. Les nouveaux
défis qui en découlent pour les équipes de
recherche pluridisciplinaires travaillant sur les
paysages et leurs écosystèmes nécessitent de
bien comprendre les rapports que nous avons
avec la nature et les attentes profondes qui
se cachent derrière chaque demande. Sous un
regard très anthropocentrique, les végétaux
apparaissent en effet comme des instruments de
projets qui tendent à opposer plantes utiles et
plantes nuisibles, bonnes et mauvaises herbes,
espèces du terroir et espèces envahissantes,
arbres nobles et arbres quelconques, etc.
« Le cumul des mesures de protection rend leur efficacité aléatoire »
Par exemple, dans les vallées inondables, la volonté de protéger les biens et les personnes
des crues et des pollutions tend à dénigrer des
ensembles arborés comme les peupleraies,
accusés de perturber l’écoulement des eaux ou
de polluer les sols et les eaux via la
décomposition de leurs feuilles, au profit des
prairies dites naturelles et capables de jouer
un rôle de tampon.
De plus, le désir de valoriser les aspects
culturels et mémoriels du paysage, qui a poussé
à inscrire une portion de la vallée de la Loire
au patrimoine mondial de l’Unesco, encourage
la préservation de végétaux dits patrimoniaux
(fritillaire pintade des prairies, frêne têtard...)
et l’éviction de certains autres plus récents
comme les nouvelles plantations de peupliers
à présent jugées nuisibles au dégagement des
points de vue autour de sites inscrits ou classés
(corniche angevine, pointe de Bouchemaine,
roche de Mûrs, etc.) ainsi que le peuplier d’Italie
auparavant prisé pour sa forme élancée. C’est
cette même recherche d’identité au travers de la
végétation qui conduit actuellement à replanter
des noyers et des amandiers dans le Saumurois.
Les inquiétudes sur la biodiversité viennent
ajouter d’autres attentes et justifier d’autres
types de choix. Par exemple, les vieux arbres sont
privilégiés pour les insectes xylophages qu’ils
abritent. Par ailleurs, l’essor des loisirs de plein
air multiplie les refontes de décors végétaux.
Au final, il n’y a rien de très nouveau dans
l’utilisation des végétaux mais la complexité
de la nouvelle demande de nature conduit
à des solutions plus controversées et parfois
contradictoires. Par exemple, sur l’île Mouchet,
près d’Ancenis, on arrache les frênes et on
reconstitue les prairies bocagères d’autrefois,
tandis qu’à l’ouest de Nantes, au contraire,
les élus ont lancé un programme de plantation
au milieu des prairies bocagères tombées en
friche. Les attentes d’ordre patrimonial justifient
des actions très différentes derrière des objectifs
pourtant similaires quant au paysage et à la
biodiversité.
L’approche scientifique de tels projets permet de
mieux distinguer leurs arguments socioculturels
et écologiques puis de les évaluer afin de proposer
des scénarios pouvant satisfaire davantage et
de façon durable les diverses attentes •
Têtes chercheuses ©2007 |
mentions légales |
contactez nous |
page d'accueil |
Réalisation : Intelliance 2007