L’ Orobanche est une plante parasite dépourvue de racines. Également privée d’organes chlorophylliens, elle se fixe aux racines de plantes hôtes pour y prélever l’eau et les nutriments nécessaires à son développement. On en dénombre une centaine d’espèces dans les régions subtropicales et tempérées de l’hémisphère Nord, principalement autour de la Méditerranée. La majorité d’entre elles ne menace pas la survie d’autres espèces végétales mais certaines ont récemment évolué dans des espaces de cultures économiquement importantes (fève, tournesol, colza, tabac, tomate, chanvre textile...) pour en devenir des adventices (qui colonisent une culture de façon indésirable) dominantes et ravageuses. La lutte contre l’Orobanche est difficile : un seul pied produit plus de 500 000 graines, d’où un taux de reproduction très élevé ; microscopiques, ces graines sont facilement disséminées par le vent, les machines et les récoltes. Aucune méthode de lutte actuellement autorisée en France, qu’elle soit biologique, chimique, génétique ou liée à des pratiques culturales visant à prévenir la dissémination des graines, n’est efficace pour enrayer la prolifération du parasite ou pour améliorer la tolérance des cultures à ses attaques. L’ Orobanche ramosa, par exemple, est en expansion non contrôlée dans les cultures de colza et risque d’empêcher la production attendue de biocarburants. Notre laboratoire explore plusieurs voies pour tenter néanmoins d’enrayer ce fléau naissant, peut-être favorisé par le réchauffement du climat. D’une part, il s’agit de mieux connaître les caractéristiques biologiques et métaboliques du parasite, ses diverses espèces et ce qui les différencie, quels autres végétaux (comme certaines mauvaises herbes) favorisent sa prolifération... D’autre part, nous cherchons à identifier des sources de résistance durable (gènes, protéines, substances toxiques pour l’Orobanche, etc.) chez les espèces hôtes cultivées et chez des espèces sauvages voisines, ce qui devrait permettre de sélectionner les variétés de culture les plus résistantes ou de les améliorer par une voie classique de croisement génétique.
Culture de l’Armoise annuelle au Kenya © Xavier Simonnet (Mediplant, Suisse)Trente siècles avant Jésus-Christ, les Sumériens répertoriaient déjà les usages de plantes médicinales sur des tablettes d’argile. Aujourd’hui, près de deux tiers des médicaments commercialisés sont d’origine naturelle et nous sommes loin d’avoir fini de recueillir, à des fins pharmaceutiques ou cosmétiques, les fruits de la biodiversité – tant que celle-ci sera préservée ! – et du long processus évolutif des végétaux. Avec le succès croissant des appellations « beauté, santé, bien-être », le recours aux produits végétaux sera même appelé à s’amplifier. L’inventivité de la chimie humaine demeure modeste, comparée à celle des plantes. Afin de tirer le meilleur parti du gigantesque éventail de molécules naturelles, notamment des « métabolites secondaires » qui permettent par exemple aux plantes de refouler leurs prédateurs herbivores, les plus grandes compagnies pharmaceutiques créent des plates-formes biotechnologiques capables d’analyser jusqu’à 100 000 extraits végétaux en une seule journée ! Malgré ces investissements considérables, les nouveaux médicaments ne sont pas légion et nécessitent toujours au moins dix ans d’études. Les chercheurs s’intéressent en priorité aux plantes des forêts primaires intertropicales où l’endémisme (le fait qu’une espèce ne vit que dans une seule région) est important. Celui-ci offre en effet plus de chances de découvrir des molécules originales, dont l’exploitation dépendra néanmoins de leurs débouchés économiques. Par exemple, les chimanines, molécules très actives contre les leishmanioses (de graves affections viscérales ou cutanées fréquentes en Afrique et en Amérique du Sud) ont été caractérisées il y a une quinzaine d’années par notre laboratoire dans le cadre d’une coopération francobolivienne. Faute de valorisation économique rapide, elles n’ont pas encore fait l’objet d’un véritable développement en dépit de leur emploi au moins aussi efficace, plus facile, moins toxique et moins onéreux que celui des antileishmaniens actuellement commercialisés. à l’inverse, l’Armoise annuelle ou Qinghao, plante d’origine asiatique apparentée à « notre » estragon aromatique et reconnue depuis plus de 20 siècles par la pharmacopée chinoise comme un fébrifuge (antifièvre) efficace, a récemment fait l’objet d’un vaste programme de développement soutenu par l’Organisation mondiale de la santé. On tire de cette plante, aujourd’hui cultivée en Afrique de l’Est, des dérivés très actifs contre le paludisme, un fléau qui affecte plus de 400 millions de personnes dans le monde •
• Le magasin du bon Dieu : Les extraordinaires richesses médicales des plantes et des animaux, P. Potier et F. Chast (Ed. Lattès, 2001).
• Les plantes médicinales : vertus et traditions, C. Monnier et P. Potier (Ed. Privat, 2002).
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