Pas de réponse toute faite mais
une réflexion au travers de
l’expérimentation. Tel est l’objectif des
Petits débrouillards, une association
nationale d’animation scientifique active
depuis 1997 dans les Pays de la Loire.
Ses trois antennes départementales (Loire-
Atlantique, Sarthe, Maine-et-Loire) permettent aux
enfants d’appréhender certains phénomènes par le jeu, par l’expérience
et en utilisant du matériel de la vie quotidienne.
Afin d’encadrer ses activités périscolaires salariées ou bénévoles,
l’association offre aussi la possibilité, en particulier aux lycéens et aux
étudiants, de se familiariser avec les pratiques d’éveil aux sciences et aux
techniques. Lors d’une formation de 40 heures, les futurs animateurs
découvrent diverses expériences tout comme le feront les enfants :
observation, manipulation, formulation d’hypothèse, discussion,
vérification... S’ils apprennent ensuite quelques ficelles de l’animation
avant de se lancer sur le terrain en binôme, ils sont également invités à
faire preuve d’imagination pour introduire de manière ludique chaque
expérience ainsi qu’à débattre sur les méthodes pédagogiques ou sur
la culture scientifique et technique.
Plusieurs sessions de formation sont proposées chaque année. La prochaine aura lieu à Nantes sur trois week-ends de novembre et décembre 2008. Les Petits débrouillards se déplacent également à la rencontre du grand public, notamment lors de la Fête de la science. Cette année, en partenariat avec l’association Métrodiff et le service éducation de la Ville de Nantes, ils proposeront dans le quartier des Dervallières, le 19 novembre, divers ateliers suivis, à 18 heures, d’une conférence sur la métrologie animée par Marie-Ange Cotteret, cofondatrice de Métrodiff. Mesurer des performances sportives, calculer une empreinte écologique, évaluer l’incertitude d’une mesure... Dans cette discipline peu médiatisée qu’est la métrologie, on mesure beaucoup de choses mais tout est affaire de précision ! Les ateliers en question permettront aux visiteurs de faire quelques manipulations amusantes afin, par exemple, d’étalonner une règle.
Adieu Poissons, adieu Reptiles... Place aux
Actinoptérygiens, Chondrichthyens et
autres Sauropsides !
Mais quel est donc ce remue-ménage
zoologique ?
L’Homme proche de la sardine…
Il y a une cinquantaine d’années, à la lumière
des travaux sur l’évolution des espèces et
forts de nouvelles techniques d’investigation
du vivant, les systématiciens ont commencé
à réviser l’approche traditionnelle de la
classification des espèces animales fondée sur
leurs ressemblances morphologiques et sur la
complexité apparente de leurs anatomies. Le
système des cinq groupes de Vertébrés (Poissons,
Reptiles, Amphibiens, Oiseaux et Mammifères) a
alors perdu progressivement de sa cohérence.
La nouvelle systématique, qualifiée de
phylogénétique, classe les
animaux en répondant
à la question « ''Qui
est plus proche de
qui ?'' » relativement
aux structures
anatomiques
(squelette, muscles,
organes) et aux gènes,
afin d’établir des liens
de parenté avec un haut
degré de fiabilité. Ainsi peut-elle
proposer une histoire plus
cohérente de l’évolution des
lignées animales. On constate
alors que les Crocodiles sont
plus proches des Oiseaux que des Serpents
ou que la sardine est bien plus proche de
l’Homme que du requin !
Faut-il alors abandonner le mot poisson ?
Non. Comme l’indique Guillaume Lecointre,
chercheur au Muséum national d’histoire
naturelle, « classer les animaux est nécessaire pour rendre le monde intelligible mais à chaque besoin correspond une classification appropriée. Afin d’être efficace, celle du gastronome, qui s’intéresse aux arômes et aux textures, ne peut coïncider avec celle du biologiste pour lequel les différences anatomiques et comportementales sont les plus significatives ».
inférieur au lombric...
La percée de la systématique phylogénétique
constitue un virage conceptuel qui dépasse la
seule sphère des sciences naturelles ; on peut le
comparer à celui de Copernic qui osa cesser de
placer la Terre au centre de l’Univers. Dans les
« cladogrammes », en effet, l’Homme n’a plus
la position singulière et finale que lui allouent
les arbres classiques de l’évolution partant
des bactéries pour s’élever selon une complexité
croissante.
Les critères employés pour construire ces arbres
classiques sont chargés d’un anthropocentrisme
souvent théologique : ils nous dépeignent
comme les animaux les plus évolués, bien
que tous les êtres vivants héritent de la même
durée d’évolution ; le classement des autres
espèces s’appuie sur ce qui leur manque
pour ressembler à l’Homme, visant ainsi à
justifier une vision du Monde dans laquelle
seuls quelques restes d’animalité brutale nous
séparent de la perfection divine. Ainsi a-t-on
rangé les animaux dépourvus de vertèbres
dans le groupe « inférieur » des Invertébrés.
Or, définir un groupe par l’absence d’un attribut
relève d’une logique très pauvre, voire absurde
scientifiquement, car il manque à tout animal
une multitude d’attributs possibles que nous
serions bien incapables de lister même si elle
n’était pas infinie.
Nous nous sommes placés au-dessus de la
taupe à cause de notre capacité à discourir
sur elle (ou, sur un plan anatomique, du
développement de notre néocortex) mais cette
comparaison ne dit pas ce qu’est une taupe.
Et si une taupe pouvait nous évaluer en fonction
de ses centres d’intérêt, nous lui paraîtrions
sans doute inférieurs au lombric ! Comme
l’ajoute Guillaume Lecointre, l’enjeu est ici de
débarrasser la science de jugements de valeur
qui lui sont incompatibles.
...ou singe parmi d’autres ?
La systématique phylogénétique a été introduite dans les manuels scolaires il y a quelques années seulement. Elle suscite aussi des refontes dans les expositions publiques, notamment au Muséum de Nantes qui vient de rouvrir sa galerie de vertébrés après deux ans de travaux. Pierre Watelet, directeur de cet établissement, précise que « ''la mission originelle d’un muséum est d’exposer la diversité du vivant et d’expliquer son organisation. Notre galerie et notre collection d’animaux naturalisés devant être restaurées, nous en avons profité pour les réorganiser en cohérence avec la nouvelle systématique.'' »
L’équipe du muséum, aidée par un comité scientifique incluant des enseignants et des chercheurs, dont Guillaume Lecointre, a notamment cherché à livrer des explications rigoureuses qui soient accessibles et concises. Comme l’indique Luc Remy, adjoint de Pierre Watelet, « un accompagnement était nécessaire mais il ne devait pas entamer le plaisir du visiteur à voir de près de nombreux animaux connus et inconnus, une profusion qui donne un sens concret à la biodiversité. » Afin de présenter efficacement un discours parfois ardu ou éloigné de ce que tout un chacun a appris à l’école, Sylvie Le Berre, attachée de conservation et responsable des publics au Muséum, a grandement participé à la mise au point des panneaux explicatifs et de l’accompagnement des visites. « Les visiteurs comprennent bien la démarche scientifique qui conduit à réviser la classification des espèces. Cependant, reconsidérer la place de l’Homme et accepter de le voir comme un singe parmi d’autres est parfois moins aisé. Il existe aussi une difficulté fréquente à envisager que certains attributs anatomiques, comme le trou (ou fenêtre) dans la mandibule des Oiseaux et des Crocodiliens, n’aient peut-être jamais eu de fonction biologique, ou encore que l’évolution ne soit pas régie par des raisons d’être. » Une fréquentation importante vient aujourd’hui récompenser l’équipe du muséum, et Sylvie Le Berre de constater avec satisfaction : « De plus en plus d’adolescents viennent observer nos vitrines spontanément, hors du cercle familial ou scolaire, et les enseignants, notamment des professeurs de philosophie, se montrent très intéressés par notre travail pédagogique dans l’optique d’étayer le leur ».
Têtes chercheuses ©2007 |
mentions légales |
contactez nous |
page d'accueil |
Réalisation : Intelliance 2007