Pourquoi est-il devenu tendance, en France, de calomnier
McDonald plutôt que Marie ou Père Dodu ? Le contenu d’une
boîte estampillée « recette traditionnelle » est-il meilleur pour notre
santé qu’un cheeseburger ? Rien n’est moins sûr : il faut, par exemple,
compter 239 kilocalories pour 100 grammes de certaines quiches
lorraines industrielles contre 224 pour 100 grammes de Big Mac.
La critique ne serait-elle pas notablement
d’ordre culturel et dirigée contre
« l’expansionnisme ricain » ?
L’enthousiasme de nombreux
Français pour le clown aux
grands pieds met pourtant à
mal la réputation mondiale
de notre gastronomie.
Avec environ 60 nouveaux
restaurants ouverts chaque
année, le pays de José Bové
compte en effet parmi les
marchés les plus florissants
du clown en question.
Nargué par les leitmotivs
des nutritionnistes
pro-fruits et
légumes et après
le film Super Size Me (dans lequel
le réalisateur prend 11 kilos après avoir mangé des hamburgers pendant
un mois), le leader des fast-foods, soucieux de son image, a instauré
un nouveau marketing nutritionnel : la salade et les yaourts ont fait leur
apparition sur sa carte, tandis que le sel tend à disparaître de ses frites.
Au tribunal médiatique de la « malbouffe », bien d’autres firmes sont
placées sur le banc des accusés, surtout depuis que l’Afssa(1) et l’Inserm(2) ont tiré la sonnette d’alarme, en 2002 : l’excès de sel favorise les maladies
cardiovasculaires. Selon les recommandations du Plan national Nutrition Santé, la dose journalière maximale pour un individu
devrait être de 6 grammes de sel par jour et non de 10, comme c’est
le cas actuellement dans nos pays industrialisés. Si près de 80 % du sel
consommé provient des préparations industrielles, c’est sans doute avant
tout parce que le sel permet de compenser le manque de saveur d’aliments
ayant souvent de faibles coûts de production, comme ces poissons panés
servis à la cantine qui contiennent rarement plus de 50 % de poisson !
Il reste donc à espérer que les firmes en question trouveront de moins en
moins d’acheteurs pour leurs produits trop salés et ne se borneront plus,
alors, à nous seriner via leurs annonces qu’il faut faire du sport, manger
des fibres, éviter de manger trop gras, trop salé, et cetera.
(1) Agence française de sécurité sanitaire des aliments
(2) Institut national de la santé et de la recherche médicale
Aurélie GOUGNARD - étudiante en master 1 « biologie-santé » à l’Université de Nantes et Julie DANET
• Tous obèses ? Francis Delpeuch, Bernard Maire et Emmanuel Monnier (Dunod, 2006)
• Voir le dossier sur le site du Point
«Des OGM dans mon assiette ? Non merci ! », déclare la grande
majorité des Français quand on les interroge. Cette défiance
est-elle justifiée ?
Un OGM contient deux types de molécules que l’organisme non
modifié ne contenait pas : une séquence d’ADN portant un (ou
plusieurs) transgène et une ou plusieurs protéines nouvelles qui sont
les produits de ce transgène. A priori, les risques liés à l’ingestion de
l’ADN transgénique lui-même sont inexistants dans la mesure où
l’intégration, par voie digestive, d’ADN étranger dans notre propre
génome n’a jamais été démontrée. Nous consommons tous les jours
les gènes d’animaux et de végétaux sans devenir boeuf ou salade !
Il faut en revanche vérifier que les protéines nouvelles ne sont ni
toxiques ni particulièrement allergènes. Des tests doivent donc être
réalisés sur chaque plante génétiquement modifiée (GM) avant
d’autoriser sa mise sur le marché à des fins alimentaires. à ce jour,
aucune étude n’a permis de conclure de façon décisive à la nocivité
d’un aliment GM mais certains résultats contradictoires invitent à
la prudence et remettent sans doute en cause autant les modèles
animaux (rats ou souris), habituellement utilisés pour ces tests, que
l’aliment GM lui-même. Par ailleurs, la législation française impose que
la présence d’OGM dans un aliment soit signalée au dessus d’un seuil
de 0,9 %, certains aliments industriels pouvant contenir en moindre
proportion divers additifs issus d’OGM. C’est le cas de la lécithine de
soja, une substance lipidique utilisée comme adjuvant du cacao, mais,
que celle-ci provienne de soja GM ou non GM, il s’agit toujours de la
même molécule.
Au delà des polémiques actuelles portant sur les plantes GM, qui prennent aussi en compte des aspects économiques et environnementaux, le génie génétique reste un outil puissant pour améliorer la valeur nutritionnelle des plantes de grande culture, rendant possible d’augmenter leur teneur en vitamines et en acides aminés ou la digestibilité des graines. Des chercheurs ont ainsi créé un riz contenant du bêta-carotène, le précurseur de la vitamine A dont la carence est source de pathologies graves, fréquentes en Asie du Sud- Est. L’obtention de ce Golden rice (riz doré) a pourtant donné lieu à une controverse importante qui retarde son utilisation(4)
Jean-Noël HALLET, biologiste, Professeur émérite à l’Université de Nantes
• Voir la brève suivante sur l'histoire remarquable du riz doré
par Jean-François BOUHOURS, directeur de recherche émérite de l’Inserm à Nantes
« Ce riz pourrait sauver un million d’enfants par an », titrait en couverture le magazine américain Time du 31 juillet 2000. Il faisait allusion au golden rice, ce riz transgénique légèrement jaune, contenant du bêta-carotène, qui venait d’être obtenu par deux chercheurs, Peter Beyer, de l’Université de Fribourg, en Allemagne, et Ingo Potrykus, de l’Institut polytechnique fédéral suisse à Bâle. Le bêta-carotène est l’ingrédient indispensable à partir duquel notre intestin synthétise la vitamine A. Or, si le riz contient un peu de bêta-carotène dans les parties vertes, il n’en contient pas dans les grains. Cette absence de bêta-carotène dans la nourriture principale de millions d’êtres humains provoque des carences qui conduisent à la cécité ou à la mort de centaines de milliers d’enfants chaque année. C’est pourquoi l’idée a germé en 1992 de produire un riz génétiquement modifié capable de synthétiser du bêta-carotène dans ses grains.
Un exploit accueilli inégalement
Le bêta-carotène étant un lipide dont la synthèse nécessite au moins trois enzymes, il fallait introduire trois gènes dans le génome du riz et faire en sorte que ces gènes « s’expriment » dans le grain. Le problème était ardu ; les deux chercheurs ont pourtant réussi à produire un riz légèrement doré (GR-1 : Golden Rice n°1) contenant 1,6 microgramme de bêta-carotène par gramme de riz, une concentration toutefois insuffisante pour satisfaire aux recommandations de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Le GR-1 était un prototype insuffisant mais plein de promesses, or les chercheurs ont immédiatement fait l’objet d’une campagne mondiale de dénigrement et de sarcasmes organisée par Greenpeace. Le principal argument alors avancé par cette association foncièrement opposée à toute utilisation d’OGM a porté sur le problème de la ration quotidienne de riz nécessaire pour pallier la carence en vitamine A : il aurait fallu, pour ce faire, qu’un enfant de deux ans mange 2 kilos de riz doré par jour ou qu’une femme allaitante en mange 6 par jour.
Un nouvel espoir en suspens
Par la suite, la société européenne Syngenta a repris les recherches. En introduisant des gènes plus efficaces, elle a réussi à produire un riz qui contient 36 microgrammes de bêta-carotène par gramme. Ce nouveau riz doré (GR-2) permet de répondre aux besoins nutritionnels en bêta-carotène préconisés par l’OMS. La mise au point n’est pourtant pas terminée. En effet, l’introduction d’une nouvelle plante nourricière doit tenir compte des habitudes et des goûts des consommateurs. Le GR-2 a été développé à partir de la variété de riz Japonica qui pousse bien en laboratoire ou en serre mais qui pousse mal dans les rizières asiatiques. Les chercheurs de l’Institut international de recherche sur le riz (Inde, Philippines, Vietnam) travaillent donc à croiser la variété Indica, très répandue en Asie, avec la variété Japonica GR-2 pour obtenir une nouvelle variété qui conserve les qualités agricoles, culinaires et gustatives de Indica tout en gagnant la capacité de Japonica GR-2 à produire du bêta-carotène. Les premiers essais de culture en milieu ouvert sont en cours.
Le fait que le riz doré soit destiné en priorité aux populations pauvres et que la société Syngenta se soit engagée à fournir gratuitement les semences aux agriculteurs dont les revenus sont inférieurs à 10 000 dollars par an ne désarme pas les opposants aux plantes GM. Ils redoutent que la généralisation de la culture du riz doré n’ouvre la voie à une acceptation et une généralisation des autres cultures GM.
Le Pôle Enfant de Cholet, pôle de compétitivité constitué en
2003, rassemble des professionnels d’horizons divers dans le but
d’améliorer les structures d’accueil et les produits destinés aux enfants.
à partir du constat selon lequel les produits alimentaires sont
élaborés en tenant compte d’observations émises uniquement par
des adultes, un projet de recherche nommé "DisMoiGoût" a été lancé
afin de développer une méthodologie d’évaluation des préférences
alimentaires des enfants de plus de 4 ans. Ce projet, soutenu par la
Drire(1) et la Région des Pays de la Loire, fait collaborer l’Enitiaa(2),
l’école de management Audencia et l’école de design, à Nantes.
L’évaluation en question recourt à deux types de tests d’analyse
sensorielle : des tests « descriptifs », destinés à quantifier objectivement
les caractéristiques d’un aliment (odeur, saveur, texture...), et des
tests « hédoniques » évaluant les sensations de plaisir ou de déplaisir
ressenties lors de la dégustation. Les capacités de concentration et
d’expression verbale des enfants étant bien plus limitées que celles des
adultes, l’Enitiaa a mis en oeuvre des études impliquant une centaine
d’enfants avec deux approches principales : comparer les réponses des
enfants aux tests descriptifs à celles d’adultes et essayer différents outils
(mots, pictogrammes...) ou protocoles de tests, afin de mieux cerner en
quoi les méthodes classiques sont inadaptées à la connaissance précise
des préférences des enfants.
Pour comprendre les résultats de ces études, une enquête réalisée par
le Lesma(3), à Audencia, s’attache à analyser tout ce que peut évoquer
aux enfants les produits qu’ils ont testés. En effet, les préférences
alimentaires ne résultent pas uniquement des saveurs et des arômes
perçus individuellement : elles sont aussi le fruit d’un apprentissage
influencé par un contexte familial et social.
Enfin, un protocole d’analyse sensorielle fiable nécessite de suivre des
règles de bonne pratique, avec un endroit calme et des conditions les
moins anxiogènes possibles. L’École de design a entrepris de réaliser
un kit mobile avec des objets attrayants pour les enfants, qui permettra
de pratiquer des tests dans des lieux divers et de façon standardisée.
à terme, ce matériel sera employé par six industriels implantés en
région (Biofournil, Brioche Pasquier, Charal, Fleury Michon, l’Abeille et
les Vergers de la Blottière) et partenaires du projet, en vue de mieux
cibler leurs innovations destinées aux enfants
(1) École nationale d’ingénieurs des techniques et des industries
agricoles et agroalimentaires
(2) Direction régionale de l’industrie de la recherche et de l’environnement
(3) Laboratoire de recherche en stratégie et marchés des produits agroalimentaires
Leslie DULON, ingénieur, chef de projet DisMoiGoût à l’Enitiaa-Nantes
Une pomme : un produit simple en apparence, mais qui n’a aucune raison
d’être considéré comme banal ! à chaque acte d’achat, le consommateur
doit pouvoir retrouver la diversité des caractéristiques sensorielles propres à
chaque variété : une texture plus ou moins croquante, juteuse ou fondante ; des
arômes typiques ; une saveur plus ou moins sucrée, acide ou astringente...
L’équipe « Qualité du fruit » de l’IFR Quasav(1) travaille selon deux axes de
recherche en vue de fournir aux professionnels de la filière des moyens de mieux
maîtriser ces caractéristiques.
D’une part, elle développe des méthodes instrumentales permettant de mesurer
de façon reproductible et rapide un ensemble de caractéristiques physicochimiques
ayant un impact sensoriel. Il s’agit de tests de compression ou de pénétration et de
mesures de la modification de signaux lumineux ou sonores lors de leur parcours dans
le fruit. En effet, ces signaux sont différemment altérés selon la composition chimique
(teneur en sucre, en eau) et la structure (densité des cellules, épaisseur des parois
cellulaires) du fruit. à partir des ces outils, il est possible d’établir des profils ou « cartes
sensorielles » permettant de comparer les variétés ainsi que leurs évolutions au cours
du temps, notamment lors de leur conservation. Ces profils sont confrontés à des
résultats d’analyses sensorielles en laboratoire spécialisé et des tests de dégustation
entrepris à l’ESA (Ecole supérieure d’agriculture) et à l’Inra, à Angers.
D’autre part, il importe de comprendre l’origine de la variabilité observée, non
seulement entre les variétés (à cause de facteurs génétiques) mais également au
sein d’une variété, en fonction des conditions climatiques, du sol, des pratiques
culturales ou de l’histoire de l’arbre (facteurs écophysiologiques). Grâce à
l’identification des différents facteurs influençant chaque étape de la construction
du fruit au verger, il est possible de mieux prévoir les qualités des fruits à la récolte
et de proposer des méthodes de conduite de culture permettant de valoriser au
mieux le potentiel qualitatif de chaque variété.
(1) Institut de formation et de recherche « Qualité et santé du végétal » (Angers)
Pascale GUILLERMIN, Maître de conférences à Agrocampus Ouest (Institut national d’horticulture et de paysage), chercheur à l’UMR « GenHort », Génétique et horticulture (Inra/Agrocampus Ouest/Université d’Angers)
Que penser de ces yaourts censés « rééquilibrer la flore intestinale » ou « faire
baisser le mauvais cholestérol », ou encore des céréales « qui évitent les
fringales entre les repas » ?
L’attractivité des « aliments santé », nommés parfois alicaments, et le souci
croissant de transparence envers le consommateur imposent aujourd’hui de
prouver les affirmations relatives aux bénéfices apportés par ces aliments, aussi
appelées « allégations nutritionnelles et de santé ». Le règlement européen
CE 1924/2006 indique en effet que de tels messages apposés sur les emballages
doivent être justifiés scientifiquement. C’est pourquoi les industries alimentaires
multiplient les demandes d’essais cliniques.
De telles études, effectuées sur des volontaires, ont un déroulement identique à celui
des essais pharmaceutiques. Cela dit, un médicament est censé guérir ou participer à
la guérison d’une maladie ; ce n’est aucunement la fonction d’un aliment.
En France, tout projet de recherche clinique sur un produit pharmaceutique ou
alimentaire doit être soumis à un comité d’éthique (le Comité consultatif de protection des personnes) et déclaré aux autorités (l’Afssaps). Dans le cas d’un
produit alimentaire, le protocole d’étude est défini avec des médecins cliniciens et
divers experts scientifiques afin de démontrer l’intérêt de l’aliment ou de l’ingrédient,
tout en s’assurant qu’un maximum de paramètres influents (caractéristiques des
volontaires, conditions de l’ingestion...) a été pris en considération. Il tient compte
également des souhaits et des contraintes de l’industriel. Les propriétés évaluées
doivent être à la fois pertinentes pour la communauté scientifique et facilement
comprises par les consommateurs dans le message marketing final.
Il existe actuellement une sollicitation importante de la part des producteurs
d’ingrédients (pâtes, poudres ou liquides pour les industries) dont les
innovations sont foisonnantes. Les études sont fréquemment menées sur les
thèmes suivants : désordres lipidiques et glucidiques, maladies cardiovasculaires,
ménopause, santé intestinale... et les allégations sur les pots des yaourts sont
ainsi plus fiables qu’auparavant.
Murielle CAZAUBIEL, directrice de la société Biofortis (issue d’une start-up fondée au CHU de Nantes).
• Portrait d'entrepreneur : Murielle Cazaubiel
• Voir la brève suivante "À la loupe de l'AFSSA"
L'Afssa, Agence française de sécurité sanitaire des aliments, est un établissement public indépendant, de veille, d'alerte, d'expertise, de recherche et d'impulsion de la recherche. Il contribue à l'amélioration de la santé humaine et animale, de la santé des végétaux et de la qualité sanitaire de l'environnement.
Au sein de la DERNS (Direction de l’évaluation des risques nutritionnels et sanitaires) et coordonné par l’UENRN (Unité d’évaluation sur la nutrition et les risques nutritionnels), le Comité d’experts spécialisé (CES) « Nutrition humaine » est chargé de rédiger des avis ou des recommandations sur des thèmes de santé publique en rapport avec la nutrition. Il assure le traitement des dossiers industriels d'autorisation : mise sur le marché, revendication d'une allégation nutritionnelle, enrichissement (avec des nutriments intéressants pour la santé) d'un aliment de consommation courante, utilisation d'un nouvel ingrédient.
Plus généralement, les missions de l’UENRN couvrent de larges domaines de la nutrition humaine :
- l'évaluation des risques nutritionnels et des propriétés nutritionnelles des substances alimentaires ;
- l'évaluation des messages faisant référence à la santé, de plus en plus utilisés pour la promotion des denrées alimentaires ;
- l'élaboration des références nutritionnelles (recommandations) pour la population ou pour des groupes de populations sains ou en situation pathologique ;
- la formulation d'avis et de recommandations sur les principaux thèmes de santé publique en lien avec la nutrition.
Il existe aujourd’hui 9 autres CES à l’Afssa, qui concernent les additifs, l’alimentation animale, les biotechnologies, les eaux, les encéphalopathies spongiformes, les matériaux au contact des aliments, la microbiologie, les résidus et les contaminants chimiques et physiques, et la santé animale.
Lors d'une saisine (sollicitation officielle) par une institution publique, les spécialistes scientifiques du comité concerné se réunissent pour élaborer une réponse sous forme d'avis, à partir des éléments du dossier. Ils sont alors tenus de faire état de leurs éventuelles collaborations avec l’industrie dans le cadre des Déclarations publiques d'intérêt et, à chaque question posée, il en est tenu compte afin d'assurer l'indépendance des expertises produites par l'Agence.
Ces comités rendent également des avis sur des projets de textes réglementaires : transposition en droit français des directives européennes, arrêtés et décrets d'application.
par Martine CHAMP, directrice du CRNH, Centre de recherche en nutrition humaine de Nantes, directrice adjointe de l’UMR Phan, Physiologie des adaptations nutritionnelles (Inra/Université de Nantes),
et Jean-Marie BARD, Professeur de biochimie à l’UFR de pharmacie de l’Université de Nantes, responsable du département de biologie oncologique, Centre de lutte contre le cancer Nantes-Atlantique (Centre René-Gauducheau, site nord du CHU de Nantes à Saint-Herblain),
membres du CES « Nutrition humaine » de l’Afssa
© www.ohazar.comLe PNNS, Programme national Nutrition Santé,
recommande de consommer 5 fruits et légumes
chaque jour, ces aliments riches en fibres (comme
les céréales complètes) contribuant alors à une
prévention substantielle de certaines maladies.
En effet, il est à présent démontré qu’une
alimentation quotidienne comprenant au moins
25 grammes de fibres réduit les risques de diabète,
d’hypercholestérolémie (excès de cholestérol
néfaste pour les artères), de cancer de l’intestin
ou de l’estomac. L’action anticarcinologique (de
prévention des cancers) provient non seulement
des nombreux micronutriments anti-oxydants
contenus dans les aliments riches en fibres,
via des processus assez bien connus, mais
également des fibres elles-mêmes, par des
processus encore mal connus.
Les fibres alimentaires sont des glucides
complexes (de très grosses molécules)
partiellement digérés par l’intestin grêle. Leur
effet protecteur envers le cancer colorectal est
supposé découler de la synthèse de butyrate,
un acide gras à chaîne courte issu de
la fermentation des fibres par la flore bactérienne
colique. Le butyrate, qui est le « carburant » du
côlon, tend en effet à inhiber l’inflammation et la
prolifération tumorale (caractéristique d’un cancer)
des cellules épithéliales coliques (de la surface du
côlon).
Ces actions protectrices nécessitent que le butyrate
soit transporté à l’intérieur des cellules coliques
par une molécule nommée MCT1. Or, nous avons
récemment montré que, chez l’Homme, MCT1 est
moins actif que le transporteur du glucose GLUT1
lors d’une inflammation intestinale ; les cellules
épithéliales coliques utilisent alors le glucose, et non
plus le butyrate, comme principale source d’énergie,
ce qui entraîne une perte des effets régulateurs du
butyrate. Cette permutation entre butyrate et glucose
pourrait ainsi contribuer à la survenue du cancer lors
de maladies inflammatoires chroniques de l’intestin,
comme la maladie de Crohn et la rectocolite
hémorragique. Des études complémentaires sont
en cours dans notre laboratoire pour mieux en
comprendre les mécanismes déclencheurs.
Ronan THIBAULT (médecin nutritionniste au CHU de Nantes), et Jean-Pierre SEGAIN, chargés de recherche à l’unité mixte de recherche Phan, Physiologie des adaptations nutritionnelles (Inra/Université de Nantes)
Succombons-nous aux plaisirs du sucre de façon excessive ?
Le sucré est la saveur préférée du nourrisson ; il le demeure chez la plupart
des individus. L’attirance particulière pour les aliments sucrés semble due en
bonne partie à la sécrétion induite d’endorphines, des substances qui provoquent
dans le cerveau des sensations de plaisir.
Les sucres, glucides au goût sucré, sont des molécules simples, comme le glucose
et le fructose présents dans les fruits, ou comme le saccharose, sucre de canne ou
de betterave constitué d’une molécule de glucose et d’une molécule de fructose.
D’autres glucides, nommés parfois « sucres lents » (à tort, car ce ne sont pas
des sucres et leur assimilation n’est pas souvent lente), sont des molécules plus
complexes, comme l’amidon du pain, des pâtes, des pommes de terre ou du riz.
Dans une alimentation équilibrée, les glucides simples et complexes devraient,
ensemble, constituer environ 50% de l’apport calorique journalier, l’autre moitié
étant constituée de lipides (35%) et de protéines (15%).
Les sucres sont souvent décriés en tant que source de problèmes de santé.
Les auteurs du rapport Glucides publié en 2004 par l’Afssa ont dénoncé les
« abus de sucres », et notamment celui de boissons sucrées qui serait largement
responsable du développement du surpoids et de l’obésité chez les jeunes.
Cette position, partagée par certains cliniciens et chercheurs, est contestée par
d’autres et par des industriels de l’alimentation. Avec l’étude récente INCA2
selon laquelle la consommation de sucres chez les enfants de 3 à 14 ans, en
France, tend à diminuer légèrement, la guerre des statistiques n’est pas finie,
mais la contestation s’appuie aussi sur la remise en cause de la
notion de « sucres lents » et de l’idée associée que ces glucides
complexes seraient toujours moins néfastes pour la santé que
les glucides simples ou « rapides ».
Si des recherches récentes indiquent, par ailleurs,
que l’assimilation des nutriments par l’organisme
dépend de la façon dont ils sont structurés dans
l’aliment (lire Des aliments bien charpentés), les glucides consommés en excès
sont en partie transformés en graisses
stockées, et il est certain que les surpoids
observés sont généralement dus à un apport
calorique total (lipides et glucides) excessif par
rapport à l’activité physique.
Martine CHAMP, directrice du Centre de recherche en nutrition humaine de Nantes et directrice adjointe de l’UMR Phan (Inra/Université de Nantes)
• Sucre & santé, le Livre blanc (Cedus, 2008)
• Site de l'interprofession du sucre
• Glucides et santé : Etat des lieux, évaluation et recommandations - Dossier PDF sur le site de l'Afssa
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