• la spécialisation
réactionnelle (à gauche) :
les réactifs A et B donnent
le produit P grâce au
catalyseur C qui peut être
réutilisé ;
• l’accélération de la cinétique réactionnelle : le chemin qui passe par le tunnel représente un chemin réactionnel plus rapide et moins consommateur d’énergie que le chemin associé à une réaction sans catalyse.
Pour fabriquer du savon, les Gaulois
ajoutaient des cendres de bois à un
mélange de graisse animale et d’eau porté
à ébullition. Au XVIIIe siècle, on produisait de
l’acide sulfurique en brûlant du salpêtre avec du
soufre. Durant des siècles, de nombreuses autres
réactions chimiques furent exploitées sans qu’on
connaisse ou qu’on explique le rôle joué par des
ingrédients tels que les cendres ou le salpêtre.
Au coeur du XIXe siècle, le chimiste suédois
Jöns Jacob Berzelius comprend que maintes
réactions relèvent d’un même phénomène,
qu’il nomme catalyse (du grec ancien katalusis :
dissolution, décomposition) et qu’il décrit
comme la capacité d’une substance à « réveiller
les affinités latentes » des réactifs. On découvre
peu après que les enzymes agissent souvent,
au sein des cellules des êtres vivants, par un
effet similaire : la catalyse enzymatique.
La physique au service de la chimie
Titulaire en 1887 de la première chaire de chimie
physique à Leipzig, l’Allemand Wilhelm Ostwald,
inspiré par Berzelius, définit la catalyse comme
l’action accélératrice d’une substance sur une
transformation chimique.
Comme ses contemporains, Ostwald travaille
à caractériser les réactions chimiques. à la
fois chimiste et physicien, il aborde cette
problématique en s’appuyant sur la notion
d’énergie. Il s’intéresse ainsi à la cinétique
(vitesse) d’une réaction et à son énergie
d’activation, énergie qu’il faut fournir pour initier
la réaction.
Il comprend que la catalyse accélère une
réaction « directe » en la remplaçant par une
autre réaction dont l’énergie d’activation est
moindre : les liaisons chimiques des réactifs,
rompues ou formées au contact du catalyseur,
étant différentes de celles de la réaction directe,
le temps, la pression ou la température
nécessaires à la formation du produit sont
réduits ; de plus, le catalyseur n’étant pas
consommé lors de la réaction, il peut être
réutilisé pour d’autres transformations. Ostwald
montre également que l’emploi d’un catalyseur
particulier permet d’obtenir un produit de
façon préférentielle lors de réactions donnant
habituellement plusieurs produits différents.
L’industrie finance la recherche
En 1900, Ostwald met au point un procédé de
préparation d’acide nitrique et de nitrates (utilisés
pour la fabrication d’engrais ou d’explosifs) par
oxydation de l’ammoniac, ce dernier pouvant
être synthétisé à partir d’azote atmosphérique
grâce aux travaux de Fritz Haber et Carl Bosch.
Déclinés à l’échelle industrielle pour le compte de
l’entreprise allemande BASF, ces procédés sont
d’abord utilisés pour la fabrication d’explosifs lors
de la Première Guerre mondiale avant de servir
à la fabrication d’immenses quantités d’engrais
répondant aux besoins mondiaux croissants.
Grâce à la catalyse, les industriels gagnent
du temps et dépensent moins d’énergie.
Cependant, les recherches sur la catalyse
sont essentiellement empiriques, et BASF est
contraint de tester plus de 2 000 catalyseurs au
cours de 6 000 expériences pour, finalement,
n’en retenir qu’un. Investir dans la recherche
pour mieux comprendre les phénomènes
catalytiques et éviter ces tests coûteux devient
par la suite un enjeu majeur.
Il faut attendre les années 60 pour que
l’exploration et l’exploitation de ces
phénomènes connaissent de grandes avancées.
Le développement des appareils de mesures
physiques et de techniques d’investigation
(calorimétrie, spectroscopie, chromatographie,
cristallographie par rayons X, etc.) permet alors
de suivre et d’analyser finement les étapes
intermédiaires des réactions.
Aujourd’hui, outre les procédés de fabrication, la catalyse intéresse particulièrement la lutte contre les pollutions. En 2007, un autre chimiste allemand, Gerhardt Ertl, a reçu le prix Nobel pour ses travaux sur la chimie des surfaces. Celle-ci concerne notamment l’amélioration des pots catalytiques qui, par simple contact, diminuent la toxicité des gaz d’échappement en transformant, par exemple, le monoxyde de carbone (CO) et des oxydes d’azote (NOx) en dioxyde de carbone CO2 et en diazote N2.
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