Si le chômage n’est pas réductible totalement
à cause du temps nécessaire pour trouver
un emploi en adéquation avec ses compétences,
un nombre élevé de chômeurs traduit cependant
un dysfonctionnement du marché du travail.
Il faut donc, outre des formations professionnelles
adaptées au marché du travail, que celui-ci
soit régulé par des politiques économiques
publiques. Les économistes du travail peuvent
non seulement évaluer ces politiques mais
aussi les inspirer en apportant des réponses à
des questions telles que celles-ci : Comment
la Banque centrale européenne peut-elle
réduire le chômage ? Comment conserver en
Europe des emplois pour les moins qualifiés ?
Comment redonner une place aux seniors dans
les entreprises ? Quelle assurance-chômage
permet de maintenir un bon niveau de vie tout
en incitant à la reprise d’emploi ?
Diagnostiquer l’impact d’une politique
Pour ce faire, l’économiste doit partir de
l’observation de données statistiques afin de
détecter les effets des mesures en vigueur.
L’analyse des données consiste notamment à
comparer le devenir d’un ensemble de personnes
ayant bénéficié d’une politique et celui d’un autre
ensemble qui n’en a pas bénéficié. Par exemple,
si la politique est appliquée uniformément à
toute la population d’une même région, alors
ce sont les différences interrégionales qui vont
permettre d’évaluer son impact.
Cette analyse statistique permet de diagnostiquer
l’efficacité d’une politique. Est-ce suffisant ?
Non : même si la politique semble efficace,
le décideur public doit toujours se demander
comment l’optimiser. L’économiste a alors
recours à un deuxième instrument d’analyse :
un modèle théorique macroéconomique (voir
page 8) lui permettant de prévoir l’incidence
d’une nouvelle politique. Il construit d’abord un
modèle qui cherche à reproduire, en fonction des
règles de la politique en vigueur, les statistiques
utilisées lors du diagnostic. Le modèle est validé
si les données calculées sont suffisamment
proches des données observées. L’économiste
est alors en mesure de prévoir les impacts de
différentes règles alternatives puis, en fonction
des résultats, de proposer la réforme qui semble
la meilleure. Voici deux exemples sur lesquels
notre équipe a travaillé(1).
Proposer des mesures alternatives
Dans les pays industrialisés, les changements
technologiques des années 1980 ont fragilisé la
position des employés peu qualifiés, certaines de
leurs tâches pouvant désormais être effectuées
par des robots ou dans des pays où les coûts
de main d’oeuvre sont moindres. Avant que
les nouvelles générations, mieux formées, ne
remplacent les anciennes, des politiques ont dû
être mises en place pour que les moins qualifiés
ne soient pas exclus du marché du travail.
La politique décidée en France, en 1996, a alors
consisté à réduire les charges pesant sur les
emplois rémunérés moins de 1,3 fois le salaire
minimum. Nos travaux indiquent qu’elle a réduit
en effet de 2 points le taux de chômage des peu
qualifiés. Le moindre coût du chômage permet
de compenser la baisse des recettes liées à
l’allègement des charges.
Cependant, cette politique a un coût : outre la
baisse des recettes liées aux charges, elle fait
augmenter la proportion d’emplois de très bas
salaires, qui sont parmi les moins productifs.
Il est alors montré qu’une réduction des charges
sur un intervalle de salaires plus large aurait,
pour un même coût budgétaire, une efficacité
plus grande sur la production globale, avec
un peu moins d’emplois sauvés mais une
productivité moyenne accrue.
Par ailleurs, la France est l’un des pays de
l’OCDE(2) où le taux d’emploi des seniors (55-
64 ans) est le plus faible, où l’on prend sa
retraite le plus tôt et où les pensions de retraite
sont les plus élevées. Nos travaux montrent
qu’une politique consistant à augmenter les
pensions, pour ceux qui choisiraient de ne partir
qu’après 65 ans, permettrait d’accroître de 23
points (de 19 à 42%) le taux d’emploi des
60-64 ans. Sachant qu’il faut avoir un travail
pour bénéficier de ces pensions plus élevées,
davantage de quinquagénaires sans emploi
seraient alors incités à en retrouver un. Le taux
d’emploi actuel des 55-59 ans serait alors accru
de 13 points.
L’idée reçue selon laquelle « les vieux laissent
la place aux jeunes » peut laisser croire que
cette augmentation réduirait le nombre
d’emplois disponibles pour les plus jeunes.
Au contraire, comme tend à l’étayer le graphique
ci-dessous, le surplus d’activité économique qui
en résulterait aurait un effet positif sur toutes
les catégories d’âges.
(1) travaux réalisés par S. Adjemian, A. Chéron, F. Langot,
S. Ménard, E. Moreno-Galbis, T. Sopraseuth et Y. Zénou
(enseignants-chercheurs du Gains) et financés par des
ministères des gouvernements français et belge, par la
Commission européenne, la Banque centrale européenne
et la Banque de France
(2) Organisation de coopération et de et de développement économique, qui regroupe 30 pays industrialisés
Pour les étudiants et chercheurs :
• S. Adjemian, M. Darracq Pariès and F. Smets A Quantitative Perspective on Optimal Monetary Policy Cooperation between the US and the Euro Area, European Central Bank Working Paper, 2008.
• J.O. Hairault, F. Langot and T. Sopraseuth « The Pre-Retirement Job Search: A Basic Explanation of the Older Worker Employment», Journal of European Economic Association, 2008 à paraître
• A. Chéron, J-O Hairault and F. Langot « A Quantitative Evaluation of Payroll Tax Subsidies for Low-Wage Workers: An Equilibrium Search Approach » Journal of Public Economics, 2008.
• E. Moreno-Galbis and H. Sneessens “Low-Skilled Unemployment, Capital-Skill Complementarity and Embodied Technological Progress", Louvain Economic Review, 2007.
• S. Menard, "Optimal unemployment insurance with non-separable preferences," Economics Letters, 2006.
• Ballester, C., Calvó-Armengol, A. and Y. Zenou, « Who's who in networks. Wanted: the key player », Econometrica, 2006.
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