Les décisions du chef d’entreprise, parfois
lourdes de conséquences humaines,
dépendent souvent de valeurs morales, des
convictions ayant des fondements philosophiques
ou religieux. Ces valeurs prescrivent comment
se comporter envers autrui et déterminent en
bonne partie le sentiment de responsabilité
personnelle dans les difficultés de l’entreprise.
L’exploration de telles influences, qui fait
l’objet de différentes théories, permet de mieux
comprendre la gestion d’une entreprise et de
ses ressources humaines, mais elle se heurte à
une question de méthode : comment s’assurer
du lien de causalité entre les valeurs morales et
les comportements observés ?
Considérons par exemple la mise en place
par deux dirigeants d’un partage de bénéfice
entre tous les salariés. Le premier fait ce choix
parce que, pour lui, le bénéfice résulte de la
collaboration de tous au sein d’une communauté
de travail, alors que le second a décidé de
profiter des réductions d’impôt accordées à
ceux qui appliqueraient un tel intéressement.
Les comportements sont identiques mais les
motivations diffèrent. Pour surmonter l’obstacle,
le chercheur doit comprendre, grâce à des
entretiens en profondeur avec le dirigeant,
comment ses valeurs se sont élaborées et
maintenues depuis son enfance, et à quels
précédents échecs ou réussites leur mise en
application a conduit.
De 1995 à 2002, une démarche de ce type a été appliquée à l’étude de l’influence des valeurs chrétiennes d’une vingtaine de dirigeants de PME de l’ouest de la France sur la gestion de leur entreprise. Elle a montré qu’une majorité d’entre eux veut partager les bénéfices au nom d’une conception chrétienne de l’entreprise comme communauté d’intérêts et de réalisations personnelles, donc par fidélité à la valeur chrétienne de solidarité. En revanche, seule une minorité de dirigeants se conforme à la valeur de subsidiarité prônée par l’Église, qui consiste à accepter de déléguer des responsabilités : chez la plupart, l’homme de pouvoir prend le pas sur l’homme chrétien, et le goût de gouverner seul l’emporte sur la satisfaction du partage des responsabilités.
• L’éthique de l’entreprise à la croisée des chemins, dir. J. Lauriol et H. Mesure (L’Harmattan, Paris, 2003)
Pour les étudiants et chercheurs :
• BAUER, M. Les Patrons de PME entre le Pouvoir, l'Entreprise et la Famille. 1e éd. Paris : Interéditions, 1993. 245 p. L'entreprise.
• CASTRO, JL. Une approche exploratoire de l'influence des valeurs catholiques du dirigeant de PME sur son mode de management, la doctrine sociale de l'église catholique à l'épreuve de l'entreprise ». In LAURIOL, J., MESURE, H. L'éthique d'entreprise à la croisée des chemins. Paris : L'Harmattan, 2003, chap.5, p.111-137
• CASTRO, JL. L’éthique d’entreprise : réalité ou oxymore ? » In GILBERT, P., GUERIN, F., PIGEYRE, F. Organisations et Comportements, nouvelles perspectives. Paris : Dunod, 2005, chap. 14, p. 375-401. Coll. Gestion Sup
• CHABOT, JL. La doctrine sociale de l'Eglise. 2e éd. Paris : PUF, 1992. 127 p. Que sais-je?
• WACHEUX, F. Méthodes qualitatives et recherche en gestion. Paris : Economica, 1996. 290 p. Gestion.
L’économie sociale et solidaire (ESS, cf. les mots de l'économie) inclut un principe
de solidarité qui implique des relations étroites entre ses différents
acteurs. C’est pourquoi elle mobilise surtout des réseaux (associations,
mutuelles, fondations, Collectivités locales et territoriales, coopératives
bancaires et financières...) opérant dans une même zone géographique.
L’un des principaux moyens d’action de l’ESS est le microcrédit. Cet outil
financier proposé par certaines banques donne l’accès à des crédits
modestes de taux faible que n’accordent pas les autres établissements
financiers, par manque de rentabilité ou de garanties de remboursement.
Il permet, par exemple, à un particulier ou à une structure peu fortunée
de créer une petite entreprise, d’acheter un véhicule, de développer un
service d’aide à domicile...
Si les recherches sur le microcrédit ont pour finalité une extension
efficace de cette pratique, elles permettent avant tout de mieux connaître
les déséquilibres et les besoins économiques et sociaux d’un territoire.
Notre unité de recherche a réalisé en 2005 un atlas qui recense 37 000
établissements d’ESS dans les Pays de la Loire (en majorité, des petites
associations), avec leurs secteurs d’activités et le nombre d’emplois qu’ils
ont créés. Des disparités géographiques importantes s’en dégagent. En
particulier, maintes zones rurales comportent peu de tels établissements.
Pour mieux identifier les besoins et leurs évolutions, l’analyse économique et géographique de l’équipe Fimosol (associant le Carta, d’autres chercheurs de l’ouest de la France, l’État(1) et le Crédit municipal de Nantes) est accompagnée d’enquêtes sociologiques qui ajoutent des informations qualitatives aux données collectées. Si la pluridisciplinarité de ce groupe de recherche est motivée par les enjeux à la fois économiques, sociaux et territoriaux du microcrédit, le travail en commun permet surtout une meilleure efficacité : d’une part, il impose de s’accorder sur le vocabulaire (par exemple, pour l’économiste, l’adjectif local est relatif au territoire concerné par une politique donnée ; pour le géographe, il réfère au lieu de vie, donc à de courtes distances) ; d’autre part, face à une même information, l’économiste, le sociologue et le géographe ne verront pas forcément les mêmes aboutissants, mais connaître la vision de chacun aide à mieux saisir la complexité du problème et à réaliser un travail plus cohérent avec celui des collègues. Il s’agit ainsi d’asseoir une cohésion scientifique au service de la cohésion sociale.
(1) via le HCSA, Haut commissariat aux solidarités actives contre la pauvreté, et la DIIESES, Délégation interministérielle à l’innovation, à l’expérimentation sociale et à l’économie sociale
Têtes chercheuses ©2007 |
mentions légales |
contactez nous |
page d'accueil |
Réalisation : Intelliance 2007