Faire parler les données

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François-Charles WOLFF, Professeur à l’IEMN-IAE,

Les transferts financiers entre générations participent de façon considérable à la redistribution des richesses. Il convient toutefois de distinguer les transferts publics, organisés par l’État ou par les Collectivités locales, des transferts réalisés au sein des familles : les seconds (aides régulières, donations, héritages) sont très inférieurs aux premiers (pensions, dépenses d’éducation...) mais représentent néanmoins plusieurs dizaines de milliards d’euros chaque année, en France.

Ces solidarités familiales, qui s’effectuent principalement au bénéfice des jeunes, réduisent les inégalités de ressources entre les générations. Mais, comme d’autres phénomènes en marge de l’économie de marché, elles demeurent encore peu connues ; leur évaluation et leur explication sont délicates.

À défaut de pouvoir préciser directement les motivations de tels transferts, il est possible de les éclairer par élimination d’hypothèses. Par exemple, deux modèles sont proposés quant au don des parents à leurs enfants : dans le premier, les parents verseraient d’autant plus d’argent à leurs enfants que ces derniers sont peu fortunés ; dans le second, ils en donneraient en contrepartie de services fournis par leurs enfants (aide ménagère, transport, hébergement...), et d’autant plus que ces derniers sont fortunés, donc susceptibles de rendre davantage de services.

Ces deux hypothèses sont testées à partir de données collectées (notamment par l’Insee) auprès d’individus interrogés sur les dons reçus de leurs parents. Le volume du don peut dépendre de caractéristiques diverses (situation, âge, milieu social, etc.) des enquêtés et de leurs parents. Le recours à l’économétrie est alors nécessaire. Celle-ci consiste à estimer, par une technique mathématique dite de régression linéaire ou non-linéaire, l’influence spécifique de tel ou tel facteur sur une variable à laquelle on s’intéresse. Il est ainsi possible de dégager l’influence du niveau de ressources des bénéficiaires sur le volume des dons, indépendamment d’autres facteurs tels que le revenu des donateurs.

à ce jour, la seconde hypothèse n’a pas été infirmée en ce qui concerne la France. En revanche, les résultats de nos travaux conduisent à rejeter la première hypothèse : ils montrent que les jeunes défavorisés ne reçoivent pas davantage d’argent de leurs parents que les autres jeunes, à ressources égales des parents ; ceux qui sont peu diplômés ou sans activité en reçoivent même moins. Parmi les jeunes qui ne vivent plus chez leurs parents, les étudiants et les jeunes ménages sont les plus aidés.

De la même façon, il apparaît que les Français conditionnent peu leurs dons d’argent de poche à la réussite scolaire de leurs enfants. De nombreuses idées reçues peuvent être ainsi étayées ou infirmées.

En complément...

Pour les étudiants et chercheurs :

• Barnet-Verzat C., Wolff F.C., (2001), « L’argent de poche versé aux jeunes : l’apprentissage de l’autonomie financière », Économie et Statistique, n° 343, pp. 51-72

• Cordier M., Houdré C., Ruiz H., (2007), « Transferts intergénérationnels entre vifs : aides et donations », Insee Première, n° 1127.

• Wolff F.C., Attias-Donfut C., (2007), « Les comportements de transferts intergénérationnels en Europe », Economie et Statistique, n° 403-404, pp.117-141

DOSSIER
Les richesses de l'économie

Économie sociale et économétrie

Le bénévolat dévoilé

Lionel PROUTEAU, Maître de conférences, directeur de l’Ipag, Institut de préparation à l’administration générale, et chercheur au Lemna (Université de Nantes)

Les associations sont les acteurs majoritaires de l’économie sociale (cf. les mots de l'économie et Économie et gestion solidaire). Elles emploient, en France, près de deux millions de salariés, souvent à temps partiel, soit un million d’emplois en « équivalents temps plein ». Elles mobilisent de nombreux bénévoles dont le travail a longtemps été ignoré des économistes et des statisticiens, car non déclaré, non valorisé par un salaire et inégalement comptabilisé par les associations elles-mêmes, ce qui le rend difficilement mesurable. Toutefois, depuis quelques années, les bénévoles font l’objet d’une attention nouvelle. C’est ainsi que l’Insee(1) a réalisé une enquête importante en 2002, la première du genre.

Cette enquête conduit à estimer à 13 millions le nombre de bénévoles dans notre pays. Leurs motivations sont diverses : s’ils évoquent très souvent leur désir d’être utiles à la société, ils sont nombreux également à déclarer vouloir rencontrer d’autres personnes, s’épanouir ou défendre une cause.

L’enquête de l’Insee a également permis de mesurer le volume global du travail bénévole : 820 000 emplois en équivalents temps plein, en 2002, dont une moitié concerne les domaines du sport, de la culture et des loisirs ; 720 000 sont exercés au sein d’associations, tandis que les autres le sont en majorité dans des organismes publics, à l’instar de l’aide apportée par des parents dans les écoles.

Les informations collectées, encore trop partielles, sont analysées par des chercheurs, notamment à l’Université de Nantes. Il s’agit, en particulier, de mieux comprendre les facteurs qui favorisent l’engagement bénévole. Par exemple, on observe qu’il est plus important dans les zones rurales où l’activité associative permet de pallier le manque de services de proximité, qu’il augmente avec le niveau de diplôme et qu’il tend à se transmettre d’une génération à l’autre.

Outre une forme de reconnaissance à l’égard des bénévoles, ces études apportent de nouvelles connaissances utiles aux projets d’économie sociale. Elles doivent toutefois être multipliées et menées sur le long terme afin de mieux cerner l’évolution des besoins et des comportements.

(1) Institut national de la statistique et de données économiques, www.insee.fr

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En complément...

Site de France bénévolat

Les associations en France, poids, profils et évolutions - Viviane TCHERNONOG

Pour les étudiants et chercheurs :

• Prouteau L (1997), « Les chemins du bénévolat », Futuribles, n° 226, pp. 45-60, article repris sous le titre « Le bénévolat : pourquoi et comment ? » dans Problèmes économiques, n°2 570, 27 mai 1998, pp. 22-27.

• Prouteau L, Wolff F.C. (2004), Le travail bénévole : un essai de quantification et de valorisation, Économie et Statistique, n° 373, pp. 33-56. Article repris sous le titre « Estimer le travail bénévole » dans Problèmes économiques, n° 2 888, 7 décembre 2005, p. 37-45.

• Tchernonog V., 2007, Le paysage associatif français - Mesures et évolutions, Paris, Dalloz-Juris associations.

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