Les transferts financiers entre générations
participent de façon considérable à la
redistribution des richesses. Il convient toutefois
de distinguer les transferts publics, organisés
par l’État ou par les Collectivités locales,
des transferts réalisés au sein des familles :
les seconds (aides régulières, donations,
héritages) sont très inférieurs aux premiers
(pensions, dépenses d’éducation...) mais
représentent néanmoins plusieurs dizaines de
milliards d’euros chaque année, en France.
Ces solidarités familiales, qui s’effectuent
principalement au bénéfice des jeunes, réduisent
les inégalités de ressources entre les générations.
Mais, comme d’autres phénomènes en marge de
l’économie de marché, elles demeurent encore
peu connues ; leur évaluation et leur explication
sont délicates.
À défaut de pouvoir préciser directement les
motivations de tels transferts, il est possible de les
éclairer par élimination d’hypothèses. Par exemple,
deux modèles sont proposés quant au don des
parents à leurs enfants : dans le premier, les
parents verseraient d’autant plus d’argent à leurs
enfants que ces derniers sont peu fortunés ; dans
le second, ils en donneraient en contrepartie de
services fournis par leurs enfants (aide ménagère,
transport, hébergement...), et d’autant plus que
ces derniers sont fortunés, donc susceptibles de
rendre davantage de services.
Ces deux hypothèses sont testées à partir de
données collectées (notamment par l’Insee)
auprès d’individus interrogés sur les dons reçus
de leurs parents. Le volume du don peut dépendre
de caractéristiques diverses (situation, âge, milieu
social, etc.) des enquêtés et de leurs parents.
Le recours à l’économétrie est alors nécessaire.
Celle-ci consiste à estimer, par une technique
mathématique dite de régression linéaire ou
non-linéaire, l’influence spécifique de tel ou tel
facteur sur une variable à laquelle on s’intéresse.
Il est ainsi possible de dégager l’influence du
niveau de ressources des bénéficiaires sur le
volume des dons, indépendamment d’autres
facteurs tels que le revenu des donateurs.
à ce jour, la seconde hypothèse n’a pas
été infirmée en ce qui concerne la France.
En revanche, les résultats de nos travaux
conduisent à rejeter la première hypothèse : ils
montrent que les jeunes défavorisés ne reçoivent
pas davantage d’argent de leurs parents que les
autres jeunes, à ressources égales des parents ;
ceux qui sont peu diplômés ou sans activité en
reçoivent même moins. Parmi les jeunes qui ne
vivent plus chez leurs parents, les étudiants et les
jeunes ménages sont les plus aidés.
De la même façon, il apparaît que les Français conditionnent peu leurs dons d’argent de poche à la réussite scolaire de leurs enfants. De nombreuses idées reçues peuvent être ainsi étayées ou infirmées.
Pour les étudiants et chercheurs :
• Barnet-Verzat C., Wolff F.C., (2001), « L’argent de poche versé aux jeunes : l’apprentissage de l’autonomie financière », Économie et Statistique, n° 343, pp. 51-72
• Cordier M., Houdré C., Ruiz H., (2007), « Transferts intergénérationnels entre vifs : aides et donations », Insee Première, n° 1127.
• Wolff F.C., Attias-Donfut C., (2007), « Les comportements de transferts intergénérationnels en Europe », Economie et Statistique, n° 403-404, pp.117-141
Les associations sont les acteurs majoritaires de l’économie sociale
(cf. les mots de l'économie et Économie et gestion solidaire). Elles emploient, en France, près de deux
millions de salariés, souvent à temps partiel, soit un million d’emplois en
« équivalents temps plein ». Elles mobilisent de nombreux bénévoles dont
le travail a longtemps été ignoré des économistes et des statisticiens, car
non déclaré, non valorisé par un salaire et inégalement comptabilisé par
les associations elles-mêmes, ce qui le rend difficilement mesurable.
Toutefois, depuis quelques années, les bénévoles font l’objet d’une
attention nouvelle. C’est ainsi que l’Insee(1) a réalisé une enquête
importante en 2002, la première du genre.
Cette enquête conduit à estimer à 13 millions le nombre de bénévoles
dans notre pays. Leurs motivations sont diverses : s’ils évoquent
très souvent leur désir d’être utiles à la société, ils sont nombreux
également à déclarer vouloir rencontrer d’autres personnes, s’épanouir
ou défendre une cause.
L’enquête de l’Insee a également permis de mesurer le volume global
du travail bénévole : 820 000 emplois en équivalents temps plein, en
2002, dont une moitié concerne les domaines du sport, de la culture
et des loisirs ; 720 000 sont exercés au sein d’associations, tandis que
les autres le sont en majorité dans des organismes publics, à l’instar de
l’aide apportée par des parents dans les écoles.
Les informations collectées, encore trop partielles, sont analysées par des
chercheurs, notamment à l’Université de Nantes. Il s’agit, en particulier,
de mieux comprendre les facteurs qui favorisent l’engagement bénévole.
Par exemple, on observe qu’il est plus important dans les zones rurales
où l’activité associative permet de pallier le manque de services de
proximité, qu’il augmente avec le niveau de diplôme et qu’il tend à se
transmettre d’une génération à l’autre.
Outre une forme de reconnaissance à l’égard des bénévoles, ces études apportent de nouvelles connaissances utiles aux projets d’économie sociale. Elles doivent toutefois être multipliées et menées sur le long terme afin de mieux cerner l’évolution des besoins et des comportements.
(1) Institut national de la statistique et de données économiques, www.insee.fr
• Les associations en France, poids, profils et évolutions - Viviane TCHERNONOG
Pour les étudiants et chercheurs :
• Prouteau L (1997), « Les chemins du bénévolat », Futuribles, n° 226, pp. 45-60, article repris sous le titre « Le bénévolat : pourquoi et comment ? » dans Problèmes économiques, n°2 570, 27 mai 1998, pp. 22-27.
• Prouteau L, Wolff F.C. (2004), Le travail bénévole : un essai de quantification et de valorisation, Économie et Statistique, n° 373, pp. 33-56. Article repris sous le titre « Estimer le travail bénévole » dans Problèmes économiques, n° 2 888, 7 décembre 2005, p. 37-45.
• Tchernonog V., 2007, Le paysage associatif français - Mesures et évolutions, Paris, Dalloz-Juris associations.
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