La prise en compte des points de vue,
des savoirs et des usages ainsi que
la participation active des populations est
devenue incontournable dans les projets de
développement durable (DD). La viabilité de
ces projets requiert en effet que les populations
concernées y adhèrent pleinement, mais cette
mobilisation se révèle souvent défectueuse
dans la pratique, pour plusieurs raisons.
Des divergences de vues ou d’intérêts
En premier lieu, la notion de DD et celle
de participation ont des sens très variables
selon les individus ou les institutions. La
première décline divers degrés d’exigence et
de durabilité (on dit aussi « soutenabilité »).
Grosso modo, le degré « très faible »
généralement adopté par les économistes
néoclassiques (cf. article "La quête de l'équilibre), ignore la possibilité
de dégradation des ressources irréversible
et dommageable pour l’Homme ; le degré
« faible », majoritaire, accepte les dégradations
environnementales ou sociales dès lors que des
investissements compensatoires (indemnités
de chômage, stations d’épuration...) ont été
effectués ; le degré « fort » ne se satisfait pas
de telles compensations et veut conserver les
écosystèmes actuels ; le degré « très fort », se
veut moral en ajoutant au précédent un « droit
de la Nature » et prône l’arrêt de la croissance.
En second lieu, outre les problèmes liés à
l’histoire politique du pays ou de la région
ainsi qu’aux moyens financiers et humains, la
mise en oeuvre du DD est souvent limitée par
le système de la démocratie représentative :
l’avis majoritaire à un niveau national est
parfois contraire à l’avis majoritaire local, et
certains groupes sociaux, mal représentés, sont
peu enclins à participer (tels les jeunes adultes
occidentaux, par exemple). Elle bute aussi sur
l’attitude « pas dans mon jardin » de plus en
plus répandue : on reconnaît la nécessité d’une
décharge pour gérer les déchets mais on refuse
qu’elle soit implantée près de chez soi.
Le fossé entre tradition et changement
Des travaux en cours portant sur le parc
national du Diawling, dans le delta mauritanien
du fleuve Sénégal, éclairent le problème de
la disparité des points de vue. Ce parc a été
créé en 1991 pour remédier à la dégradation
du milieu et à la disparition induite d’activités
socio-économiques après la construction de
deux barrages destinés à réguler le débit du
Sénégal. Il visait à concilier la restauration de
l’environnement, grâce à l’inondation artificielle
d’une partie du delta, et un développement
local fondé sur la collaboration de la population
à la gestion du parc.
Or, la série d’enquêtes et d’entretiens que nous
avons menée méthodiquement montre que la
perception du territoire et de son exploitation
varie au sein d’une même communauté,
notamment selon le sexe, l’âge ou le métier.
Elle permet ainsi de comprendre pourquoi,
à l’exception des pêcheurs takhredient,
les différents groupes de la population, en
particulier les éleveurs, ont peu collaboré
au projet, risquant alors de le faire échouer.
L’acceptation de nouvelles formes de gestion ne
sont en effet pas aisées pour des populations
qui ont toujours puisé ce dont elles avaient
besoin dans les ressources naturelles locales,
dont la gestion traditionnelle possède à leurs
yeux des bienfaits déjà prouvés.
Redorer son paysage
Dans la région Tadla-Azilal, au Maroc, un projet
franco-marocain d’atlas des paysages, auquel
notre unité participe, vise à inventorier les
éléments paysagers et à analyser leur perception
par les habitants. Très marginalisé sur le plan
économique et politique, enclavé et soumis à
une forte dégradation de la végétation et des
sols, ce territoire montagneux connaît un exode
important. Des tentatives de revalorisation sont
menées actuellement via le développement
du tourisme et la création d’un géoparc
(avec une mise en valeur de particularités
géologiques) mais l’efficacité de ces démarches
est douteuse. Les enquêtes montrent en effet
que les populations ne perçoivent plus leur
espace comme « digne d’être vécu ». Or, sans
leur participation convaincue, une valorisation
touristique paraît d’emblée vouée à l’échec.
Il est toutefois possible que la meilleure connaissance des paysages issue de la réalisation de l’atlas ravive l’intérêt des habitants du Tadla-Azilal pour leur région et inspire alors une politique adaptée d’aménagement et de revalorisation économique.
• Parc National du diawling en Mauritanie
Pour les étudiants et chercheurs :
• Hamerlynck O., 1996. Plan de gestion du Parc National du Diawling et de sa zone périphérique 1996-2001, Mauritanie, PND, UICN, 63 p.
• Hamerlynck O., Duvail S., 2003 - La restauration du delta du fleuve Sénégal en Mauritanie- Série bleue viii, UICN, Gland, Suisse et Cambridge RU, 88 p
Têtes chercheuses ©2007 |
mentions légales |
contactez nous |
page d'accueil |
Réalisation : Intelliance 2007